Lian Hearn, Le clan des Otori 3 – La clarté de la lune

Le troisième tome de la saga, chroniquée ici pour les deux premiers tomes.

Nous avions laissé Takeo passer l’hiver au monastère de Terayama, entre le moine guerrier qui l’entraîne et le moine amant qui lui est fidèle. Dès le printemps en germe, Kaede qui n’y tient plus se déplace au monastère pour y retrouver celui qu’elle aime depuis qu’elle l’a vu aux côtés de sire Shigeru Otori. Les deux se retrouvent, s’aiment fiévreusement, se marient. Sans autorisation des seigneurs, ce qui est plutôt léger ; sans tenir compte des conseils des autres, ce qui est désinvolture. Cette précipitation adolescente va précipiter le drame.

Les oncles Otori, qui contestent désormais l’adoption de Takeo et veulent sa mort, tout comme la Tribu qui l’a condamné pour trahison aux ordres reçus et pour ne pas avoir rapporté les registres sur elle tenus par Shigeru, surveillent le monastère et n’attendent qu’une occasion pour fondre sur Takeo et le tuer. Ils lui envoient par messagers la tête de son professeur de Hagi, vieux fidèle de Shigeru, en signe d’hostilité. Les messagers sont tous tués par les paysans qui font allégeance à Otori Takeo.

Mais celui-ci doit fuir par la montagne, encore enneigée et mal gardée, avec son épouse et les guerriers qu’il a pu rassembler en une année, soit un peu plus de mille. Makoto le moine amoureux l’accompagne, ainsi que Jiro, jeune fils de fermier qui veut devenir guerrier. Il sera occis d’une flèche destinée à Takeo, lancée par un Kurita de la Tribu qui cherche à accomplir sa mission de tuer et que Takeo tuera. Le Japon médiéval est impitoyable et seuls les plus forts survivent.

Après diverses péripéties dont un fleuve en crue, un pont provisoire édifié par les parias menés par Jo-An, un Invisible comme Takeo lorsqu’il était encore enfant dans son village de montagne, une bagarre avec des bandits, le couple retrouve Shirakawa, les terres de Kaede, et Maruyama, celles dont elle a héritée de dame Naomi. Takeo prend sous son aile le jeune Sugita Hiroshi de 11 ans, fils de guerrier, intelligent et bien formé par son père, tué aux bornes du domaine, qui lui jure allégeance. L’été se passe à remettre en ordre la maison et les terres.

Mais Takeo, toujours instable et fonceur, désire recouvrer son fief de Hagi et punir ses oncles de la mort de son père adoptif Shigeru. Il veut pour cela investir la ville par la mer, via les bateaux des pirates menés par son ami d’adolescence Terada Fumio, fils du chef. Il se rend donc sur la côte avec Makoto mais en laissant Kaede et Hiroshi. Fatale erreur ! Le seigneur de la cour Fujiwara, qui la veut dans sa collection de beaux objets, s’est « fiancée » officiellement avec elle avant qu’elle ne parte rejoindre Takeo au monastère et revendique ses droits au mariage, en accord avec les seigneurs, dont Araï, devenu prépondérant grâce à la guerre. Il l’invite à lui rendre visite, ce qui est plus un ordre qu’une prière, et l’emprisonne ; son escorte est tuée, sauf Hiroshi qu’un cheval capricieux emballé fait réussir à s’enfuir.

Fujiwara se mariera officiellement avec Kaede la semaine d’après. C’est dès lors une vie de recluse qui attend la jeune femme, sans distraction ni sexe puisque Fujiwara est pédé et préfère nettement l’acteur adolescent Mamoru. Par mépris pour son amour envers Takeo, qu’il souhaite voir mort, Fujiwara offre en cadeau de mariage un godemiché de bois à Kaede dans un joli coffret. L’autrice insiste sur les femmes comme objets de troc ou d’alliance, obéissantes par la force et sans personnalité car sans éducation. Kaede fait justement exception, ce pourquoi elle est jugée « dangereuse » et que les seigneurs l’isolent pour la neutraliser.

De retour de mission, Takeo se précipite chez Fujiwara mais est arrêté par une double armée, celle du sire et celle d’Araï, qui ne lui a pas pardonné sa disparition avec la Tribu lorsqu’il a voulu le récompenser après la mort d’Iida. Les soldats Otori, bien formés, sont trop peu nombreux pour vaincre et Takeo ordonne le repli à marche forcée vers la côte, où il compte se réfugier sur l’île des pirates, Oshima. Mais les éléments s’en mêlent, un typhon empêche les bateaux de sortir et l’armée d’Araï approche. Takeo doit se rendre, il sauvera ainsi la vie de ses hommes s’ils transfèrent leur allégeance de sa personne à celle d’Araï.

Celui-ci joue la colère face aux siens, puis négocie en privé. Il gracie Takeo à condition que celui-ci l’aide à vaincre ses oncles Otori et à prendre la ville de Hagi entre deux bras du fleuve et la mer, réputée imprenable. Takeo lui dévoile son plan d’approche par la terre et par la mer, ce qui séduit le guerrier. Les deux se mettent donc en route pour préparer le coup de main. Pas question de récupérer Kaede mais sa jeune sœur Hani lui est offerte par Araï. Elle n’a encore que 10 ans et pas question de la baiser à cet âge, encore que les Japonais médiévaux ne devaient pas s’en priver, mais l’autrice est anglo-saxonne, donc plus puritaine que la vérité. Il se trouve surtout que Takeo reste éperdument amoureux de Kaeda, et que c’est réciproque. Il ne saurait donc accepter mais réserve diplomatiquement son avis auprès d’Araï pour après la bataille.

Laquelle est un succès, Takeo investit de château de Hagi par la mer, tue en combat singulier chacun de ses oncles et même leurs fils. Au moment de faire jonction avec l’armée d’Araï, celui-ci ordonne d’un coup d’éventail de tuer ses alliés à coups de flèches. Il trahit, ce qui était courant parmi les seigneurs de la guerre. Takeo outré voudrait le défier au sabre mais son ami pirate Terada, qui a pillé un bateau d’étrangers, a découvert une arme à feu et appris à s’en servir. Il tue d’un seul coup le seigneur félon d’une balle qui transperce son armure. Un brutal tremblement de terre bouleverse le champ de bataille juste après, comme la colère de Dieu contre la félonie, le château s’écroule, tuant les femmes et les enfants dont Takeo ne savait que faire, et les armées se débandent. Ce même tremblement de terre, à des lieues de là, fait s’écrouler et brûler la maison de Fujiwara au moment où il allait faire torturer et mettre à mort son médecin et Shizuka, ex-suivante de Kaede maîtresse d’Araï qui lui a donné deux fils de 12 et 10 ans. Araï, qui a vu son fils naturel périr de variole, voudrait bien récupérer ses deux fils bâtards. Mais le cadet Taku commence « avec le début de la puberté » (à 10 ans selon l’autrice) à maîtriser des pouvoirs et Takeo l’a déjà pris sous son aile. Kaede en réchappe, mais pas sa chevelure qui prend feu.

Se reposant dans la demeure de Shigeru, épargnée par le désastre, Takeo doit encore affronter Kuredo, le chef de clan Kurita de la Tribu, qui vient de nuit pour le tuer. Il perd deux doigts de la main droite dans la lutte mais survit au poison dont la lame était enduite, et parvient, avec l’aide de Kenji et de Taku qui fait un instant diversion, à tuer le maître qu’il n’aurait probablement pas pu vaincre tout seul.

Après ces événement, Otori Takeo est reconnu comme le seigneur d’une mer à l’autre, englobant ses terres, celles de sa femme et celles conquises par Araï. Il retrouve son amour Kaede et s’occupe de la prospérité des champs et des gens, suspendu à la prophétie qui veut qu’un jour il meure de la main de son fils. Avec Kaede, il n’a que trois filles ; son seul fils, de Yuki tuée par la Tribu pour éradiquer sa fidélité à Takeo, est jalousement élevé loin de lui dans un lieu secret, afin de le former à tuer.

Fin du tome trois, final selon les premières intentions de l’autrice. Elle a trois enfants, elle a rédigé trois tomes, chacun dédié à l’un d’eux semble-t-il. Une postface donne quelques indications sur « quinze ans après ». Takeo est toujours vivant. Mais ensuite ?…

Lian Hearn, Le clan des Otori 3 – La clarté de la lune, 2004, Folio 2017, 437 pages, €8.80

L’ensemble des tomes

Catégories : Japon, Livres | Étiquettes : , , , , ,

Navigation des articles

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :