Agatha Christie, Les écuries d’Augias

Six des douze nouvelles publiées dans divers magazines à partir de 1939, et réunies sous le mythe des travaux d’Hercule, le demi-dieu musclé grec ayant donné son prénom au détective bourgeois belge œuvrant chez les Britanniques. Chaque travail du héros antique est illustré à l’époque contemporaine par des maux bien contemporains.

La première nouvelle, qui donne son titre au tome 2 du recueil français, est en effet un grand nettoyage : celui de la presse de caniveau, qui use de fausses images, fausses nouvelles et faux témoignages pour susciter un scandale politique. Rien de nouveau entre hier et aujourd’hui, sinon le détective aux petites cellules grises.

Tel la chère loque, le dénommé Hercule, bien planté dans la terre du bon sens et de l’observation aiguë, va démonter les fake news à la Trompe du torchon X à la Musk nommé Rayons X. Le Premier ministre du Royaume-Uni fait l’objet d’une accusation de malversations, complètement inventées. Comme il dément, paraissent dans la presse des photos compromettantes de l’épouse du même Premier ministre au bras d’un jeune danseur argentin à Paris. Et la suite est à venir…

Poirot, convoqué pour aider, comme Sherlock Holmes le fit en son temps, enquête – et des indices le conduisent à soupçonner le faux. Il retrouve la doublure de la Première dame et la fait citer au procès. C’est édifiant… et la rumeur s’écroule aussitôt. Il faut dire que c’était avant les ravages viraux des réseaux sociaux informatisés. Mais les faits sont les mêmes, la procédure est la même, le démontage est le même.

Pour le reste, le Taureau de l’île de Crète est un jeune homme soumis à une machination sordide ; il se croit affublé d’une tare congénitale… sans se douter que son père n’est pas son père. Les Chevaux de Diomède introduisent la cocaïne dans la société, via un vieux hobereau, récemment installé, et ses trois « filles » fêtardes et volages. Les Troupeaux de Geryon met en scène un gourou de secte, chimiste inspiré qui injecte à ses victimes la drogue de l’extase, avant de les faire passer de vie à trépas par une maladie qu’elles sont plus susceptibles que les autres d’attraper. Les pommes d’or du jardin des Hespérides est un calice mis aux enchères, acquis par un collectionneur contre son concurrent, mais volé avant qu’il puisse le tenir entre les mains ; Poirot le retrouve, dans un lieu inattendu, simplement par déduction, et il fait à son heureux propriétaire, à qui il le rapporte, une proposition elle aussi inattendue. La capture de Cerbère met en scène un gros chien, gardien d’un bar de fêtards, l’Enfer, où les diablotins cornus font griller de la viande sur le feu tandis que des hôtesses circulent entre les tables et que des éphèbes entièrement nus s’ébattent dans un bassin. Le chien sert de coffre-fort à une poudre bien connue qui se vend sous le manteau.

Nouvelles courtes, écrites sec, parfois elliptiques, comme si certaines étaient des scénarios de romans policier non aboutis. Mais on retrouve ce bon vieux Hercule dans son rôle de Poirot qui donne du goût au pot.

Agatha Christie, Les écuries d’Augias – Des travaux d’Hercule tome 2(The Labours of Hercules), 1947, Le Masque, 1978, 190 pages, €5,00

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