Bernard Minier, M le bord de l’abîme

Écrit en 2019, il n’y a pas si longtemps, le thriller commence par une citation d’Elon Musk : « J’ai accès aux IA les plus en pointe, et je pense que les gens devraient être réellement inquiets. » Tout le scénario est contenu dans la phrase. Un certain M pour Ming ressemble fort à l’Ombre jaune l’ennemi juré de Bob Morane. C’est un Chinois du continent installé à Hong Kong où les affaires sont plus faciles, a créé un empire technologique allant du smartphone aux ordinateurs et réseaux, avec des systèmes de surveillance et des capteurs corporels. Tout est conçu pour le totalitaire 2.0. Tout est surveillé, écouté, enregistré en permanence, géolocalisé, et même la montre connectée dit votre état de stress. Quoi de mieux pour assurer son emprise – dans le consentement du confort et du moindre effort ?

Hors de l’intrigue assez convenue, avec une fin plutôt décevante, Bernard Minier a le mérite d’avertir sur les dangers du tout-informatique, les dangers de la technologie, qu’elle soit privée (comme ici) ou publique (il suffit que le Parti communiste chinois se l’accapare). Tout est glauque, à commencer par l’atmosphère tropicale humide, porteuse de typhons redoutables (signes du Ciel), à poursuivre par la ville, populeuse et en grande majorité misérable, où les gens travaillent douze heures par jour pour des salaires de misère et se logent entassés dans des taudis, aux prises avec les triades, à continuer par le crime, le chantage et la drogue en vente libre.

Une Française, Moïra, est un jeune espoir de la tech, ayant travaillé chez Facebook à Paris, embauchée par Ming après des tests d’intelligence, de capacité, de stress, de psychologie, de santé. Elle a réussi haut la main et est chargée de développer le nouveau système d’IA nommé Deus (dieu en latin), afin de le former à répondre au plus près de l’humain. Le centre ultra-secret est bien gardé et les habilitations sont hiérarchiques ; or elle se trouve très vite qualifiée à haut niveau. Pourquoi ? Dans son équipe, tous ont du caractère, et certains sont borderline. Pourquoi ? Le système Deus semble prendre des biais de plus en plus négatifs, donnant des réponses pessimistes aux gens qui l’interrogent, les poussant même parfois à se suicider. Pourquoi ?

Dans la ville, des prostituées chinoises, jeunes et consentantes, sont retrouvées mortes après avoir été sauvagement torturées par des brochettes enfoncées dans les seins, le sexe, le ventre, les oreilles, les yeux. Qui est le criminel ? Un jeune policier ambitieux, Chan, sportif et musclé, qui ne boit ni ne se drogue, est chargé de l’enquête, flanqué de son compère Elijah, désabusé et touchant aux extases artificielles. Chan est solitaire, Moïra aussi ; ils vont se rencontrer, tomber amoureux tragiques, se mêler des mêmes affaires.

Une bonne intrigue bien découpée, qui attire l’attention sur la surveillance technologique généralisée et le pouvoir qu’elle donne à qui s’y abandonne sans y penser. De l’action, du sexe, des perversions. Un coupable téléguidé qu’on trouve tout seul bien avant la fin, et une fin désorientée qui laisse un goût d’inachevé. En bref, assez bon mais pas plus.

Bernard Minier, M le bord de l’abîme, 2019, Pocket thrillers 2023, 635 pages, €10,30, e-book Kindle €8,99

(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)

Un autre roman de Bernard Minier déjà chroniqué sur ce blog :


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