Pour les Grecs Les dieux restent les mêmes. Ceux des Hellènes et ceux des barbares sont les mêmes dieux, seuls leurs noms changent. Hérodote pose spontanément l’équivalence entre le Zeus grec et l’Amon égyptien.
Mais les dieux se manifestent selon leur propre mode de dévoilement, dans des sanctuaires locaux. Ils n’apparaissent jamais dans la totalité de leur puissance aux humains, car ils ne saurait résister. Un dieu dévoile un aspect de sa puissance en un lieu où il a élu un sanctuaire. A ce dévoilement correspond à un rituel transmis par la tradition locale.
C’est pourquoi le transfert d’un rituel d’un lieu à un autre peut perturber le commerce des hommes avec les dieux. Ce n’est pas le dieu qui est étranger, c’est un rituel déraciné de son sanctuaire qui l’est. Ainsi, le Dieu unique des religions du Livre est le même, mais la manière de lui rendre un culte ne l’est pas du tout. Comment font les Grecs ?

Pour eux, une tradition cultuelle ne s’exporte pas, sauf si l’oracle donne son accord. Cet assentiment ne concerne pas le dieu lui-même, car il ne saurait être une imposture quel que soit son nom. Chacun reconnaît Dionysos sous les traits de Sabazios, Artémis du Brauron sous ceux de la déesse thrace Bendis, et Rhéa, fille de Gaïa et d’Ouranos ou encore l’Aphrodite du Mont Ida et enfin Déméter, sous la Cybèle phrygienne, la Mère des dieux.
La question des cités est seulement de savoir si l’innovation rituelle peut être valide ou non sur son territoire. Les lois sacrées de chaque sanctuaire interdisent qu’on déracine un culte sans l’autorité de l’oracle local, qui fonctionne par oui ou non. C’est une question d’acceptabilité de l’étranger par la population. Une fois admis le culte par l’oracle (vox populi), les étrangers peuvent conserver leur identité nationale et organiser des processions comme les citoyens. Ils peuvent même susciter leur admiration, mais seulement parce que les citoyens ont été rassurés par l’autorisation donné par l’oracle.
Il ne s’agit donc pas d’une acculturation de fait, d’un « grand remplacement » en catimini par le nombre et par la durée, mais d’une décision citoyenne. Ce qui fait toute la différence avec aujourd’hui.
Reynal Sorel, Dictionnaire du paganisme grec, Les Belles lettres 2015, 513 pages, €35.50
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