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Le secret de la pyramide de Barry Levinson

Les scénaristes inventent la première aventure de Sherlock Holmes, que son père fait débuter à l’âge adulte. Ici, Sherlock (Nicholas Rowe) est un lycéen de 17 ans à l’école londonienne vénérable (et privée) de Brompton Academy en 1870, en pleine époque victorienne. En fin de trimestre, il accueille comme voisin de dortoir un échappé d’une école en faillite, John Watson (Alan Cox). Les acteurs ont respectivement 19 et 15 ans, mais sont crédibles comme ados d’âge intermédiaire, ce qui n’est pas toujours le cas au cinéma.

Dès le premier abord, Sherlock fait montre de ses capacités d’observation et de déduction sur John, lui donnant son nom, son origine, son goût pour les pâtisseries – il se trompe seulement sur son prénom, qui n’est pas James mais John. Ce dernier veut devenir médecin comme son père et répugne aux aventures qui le détournerait de son droit chemin. Nous sommes dans le schéma classique du meneur et du raisonnable, l’un entraînant l’autre qui le contient – mais l’aide et le complète.

Des morts mystérieuses se succèdent par coups de folie, après que le spectateur ait vu une silhouette encapuchonnée de noir souffler une fléchette par une sarbacane. Les hommes touchés ont d’horribles hallucinations et finissent par se donner la mort pour y échapper, soit en se jetant par une fenêtre, soit sous les roues d’un fiacre, soit en se poignardant en croyant tuer un dragon qui leur dévore le ventre. Dans le même temps, des jeunes filles disparaissent, pas moins de cinq. Holmes, à la lecture des faits divers et des nécrologies de presse, en est intrigué : quel est le lien entre tous ces décès et disparitions ? Il y en a forcément un, les coïncidences étant rarement fortuites. Mais l’inspecteur Lestrade au nez court en forme de groin (Roger Ashton-Griffiths), à qui il confie ses interrogations, ne veut rien entendre. Il est heureux d’être dans son bureau à ne rien faire – jusqu’à ce qu’il se pique lui-même avec une épine sortie de la fameuse sarbacane, apportée comme preuve par Holmes…

Sherlock, en jeune homme normal, est amoureux de la seule fille de son âge présente dans l’établissement, Elisabeth (Sophie Ward), la nièce du professeur émérite Rupert Waxflatter (Nigel Stock), autorisé sur les instances du maître d’escrime Rathe – prononcez à l’anglaise Rathi (Anthony Higgins), à rester demeurer dans les greniers, où il poursuit ses inventions. Il expérimente en effet un engin volant à pédales, muni d’ailes de chauve-souris, que ses semi-échecs ne découragent pas de perfectionner.

Par la jalousie de Dudley (Earl Rhodes), un élève de sa classe qui voudrait s’emparer d’Elisabeth pour sa vanité de jeune mâle de la haute société, et pour avoir gagné son pari de retrouver un trophée en 60 mn, Holmes est accusé de tricherie à un examen et renvoyé de l’académie. Son professeur d’escrime dit le regretter, mais le conseil d’administration reste inflexible. Il apprécie publiquement le jeune homme, qui l’a mouché plusieurs fois au fleuret, mais se fait moucher à chaque fois qu’il se laisse prendre par ses émotions. Une leçon que Sherlock retiendra : pour être efficace, raison d’abord.

Holmes serre la main de Watson devant son fiacre qui va l’emmener chez son frère aîné, quand ils entendent des coups de sifflet et le rugissement d’alerte du rhombe d’un policeman. Un homme s’est poignardé dans une boutique de curiosités exotiques. C’est Waxflatter, qui meurt après avoir prononcé à l’intention de Holmes ce simple nom : Ithar. Watson découvrira, mais un peu tard, qu’il s’agit d’une anagramme. Il a ramassé un étrange objet en os qui ressemble à une flûte, mais que l’antiquaire de la boutique lui dit être une sarbacane égyptienne. Dans la bibliothèque bien fournie de l’école, dans laquelle Holmes revient clandestinement, il découvre avec Watson que cet instrument était utilisé par une vieille secte d’adorateurs d’Osiris, les Rame Tep.

Un temple de ces fanatiques existe en plein Londres, dans le quartier mal famé des docks, et Holmes ne peut s’empêcher d’y entraîner Watson et Elisabeth pour en savoir plus. Dans un dépotoir abandonné, il découvrent un pyramidion dont Holmes énonce qu’il pourrait s’agir du « sommet émergé de l’iceberg ». Trait d’humour britannique, le plancher pourri cède et les trois se voient glisser jusqu’en bas d’une grande pyramide en bois, dont le sommet seul émergeait. Des bruits étranges à l’intérieur : la secte en cérémonie. Un vasistas permet d’accéder aux yeux du bélier Amon, qui surmonte la scène. Des sectateurs sont en train d’envelopper de bandelettes une jeune fille inerte, droguée, avant de la porter en sarcophage. Le grand prêtre à tête d’Anubis actionne deux leviers qui font couler un liquide bouillonnant sur son corps et elle crie. « Arrêtez, elle est vivante ! » ne peut s’empêcher de hurler Holmes, et les voilà découverts et pourchassés.

Touchés de fléchettes, ils se retrouvent dans le cimetière de Londres où ils ne tardent pas à avoir chacun des hallucinations, correspondant à leurs inconscients. Seul Holmes se retrouve en proie à une hallucination « réelle », un sectateur brandissant un sabre courbe pour le trancher. Il se défend en escrimeur à l’aide d’une pique tirée de la barrière en fer d’une tombe, jusqu’à ce qu’un policeman mette l’assaillant en fuite. C’est après cette aventure que Holmes jette sur le bureau de Lestrade les fléchettes empoisonnées qui les ont touchés et que Lestrade, toujours lent à comprendre, finit par y arriver.

Dans le grenier de Waxflatter, Watson découvre une gravure représentant les camarades d’une école où le professeur est en compagnie de tous ceux qui sont morts par faux suicides après les hallucinations. Seul l’un d’entre eux est encore vivant, Chester Cragwitch (Freddie Jones), claquemuré dans son château mal protégé. Holmes et Watson lui rendent visite, conduisant ainsi sans le vouloir la silhouette à sarbacane vers sa dernière victime. Cragwitch apprend aux garçons qu’étant jeunes, et très amis, ils avaient décidé en commun de bâtir un hôtel en Égypte, pays favorable à ce nouveau sport anglais qu’est le tourisme. Lors de la construction, les ouvriers avaient mis à jour un ancien tombeau et les villageois s’étaient révoltés, conduisant la troupe à intervenir, dans ces premières années d’occupation de l’Égypte par l’empire. Depuis, la bande d’amis qui avaient renoncé à leur investissement, étaient en butte à la vengeance de deux enfants échappés du massacre et de l’incendie du village, Ithar et sa sœur.

Holmes ne tarde pas à comprendre de qui il s’agit, ce pourquoi Rathe et Mme Dribb (Susan Fleetwood), la gouvernante infirmière du collège, enlèvent Elisabeth comme cinquième momie à sacrifier à Osiris – une femme pour chaque homme tué. Holmes utilise la machine volante du professeur, améliorée grâce à ses soins, pour suivre le fiacre de Rathe jusqu’au temple secret de la secte, où Elisabeth doit être sacrifiée selon les rites. Lui et Watson ne savent que faire en assistant à la scène ; ils ne sont que deux devant une centaine de fanatiques.

Mais Holmes a une idée, fondée sur la physique : il suffit de desceller une seule poutre de l’assemblage en bois de la pyramide pour qu’elle s’écroule. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le ravage provoqué empêche le liquide bouillant de tuer Elisabeth sous bandelettes, met le feu aux tentures et au bois, fait courir les sectateurs dans tous les sens. Mme Dribb, qui s’avère être la sœur de Rathe (n’oubliez pas de prononcer Rathi), dont le nom à l’envers est Ithar, veut tuer Holmes d’une fléchette, mais celui-ci, au corps à corps avec elle, souffle le premier, ce qui exécute la meurtrière. Ithar a enlevé une fois de plus Elisabeth et l’emporte dans son fiacre, mais Watson réussit à prendre l’initiative d’user d’une corde et d’un grappin pour l’en empêcher, et sauver Holmes des flammes par la même occasion. Rathe tire au pistolet et Elisabeth, qui s’est interposée, est touchée mortellement au ventre. Sherlock Holmes affronte alors Rathe-Ithar en duel au-dessus de l’eau gelée de la Tamise, pas moins de dix centimètres de glace en cette période de petite glaciation intermédiaire. Il finit par avoir le dessus et Ithar finit sous la glace… jusqu’au post-générique, mais il faut en supporter la litanie des centaines de gens pour faire un film jusqu’au bout. Après l’enterrement d’Elisabeth, Holmes quitte Watson pour les vacances, mais ne reviendra pas à l’académie Brompton. Il promet cependant de revoir son ami, qui va poursuivre paisiblement ses études de médecine.

Premier film à intégrer une image de synthèse, le chevalier hallucinatoire sorti du vitrail, supervisée par John Lasseter à la tête du jeune studio Pixar, il n’a pas connu le succès escompté, on ne sait trop pourquoi. L’air du temps n’était peut-être pas à l’aventure, au sectarisme égyptien (qui fera le succès de La Momie en 1999), à l’exercice de la raison. On préférait les gros muscles de Schwarzy à l’adolescent longiligne, et la grêle de balles aux déductions intellectuelles.

DVD Le secret de la pyramide – Young Sherlock Holmes(Pyramid of Fear), Barry Levinson, 1985, avec Nicholas Rowe,‎ Alan Cox, Anthony Higgins, Sophie Ward, Susan Fleetwood, Paramount Pictures France 2004, doublé Allemand, Anglais, Espagnol, Français, Italien, 1h44, €5,99, Blu-ray €12,82

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