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William Hodgson, Les pirates fantômes

Lorsque j’ai lu ce livre, à la fin des années 1970, j’avais été saisi de l’atmosphère à la Edgar Allan Poe de ce roman fantastique. Né anglais dans l’Essex, l’auteur fils de pasteur quitte sa famille autoritaire très jeune pour s’engager dans la marine où il passera huit ans. Il n’a pas son pareil pour décrire les affres des pilotins, ces jeunes garçons entre 14 et 18 ans qui se préparent à devenir officiers dans la marine marchande. Dans ce roman, deux jeunes y laisseront la vie et seul un marin adulte, Jessops, survivra pour raconter l’histoire.

Elle est celle d’un bateau hanté où des « ombres » non seulement apparaissent à la nuit tombée, mais provoquent les marins montés dans la mâture, tirent leurs vêtements, leur portent de violents coups ou lâchent les drisses des voiles pourtant soigneusement ferlées. Trois d’entre eux s’écraseront sur le pont d’une nuit à l’autre, tandis que les officiers ne veulent rien voir ni comprendre.

Ils ne veulent pas effrayer l’équipage en accréditant les phénomènes étranges qui se déroulent sur le bateau. Non seulement des ombres attaquent mais des lumières apparaissent et disparaissent sur la mer, un bateau est aperçu fort près puis s’efface, comme si une brume isolait le navire à voiles du reste de l’univers. Jessops croit Williams lorsque ce dernier lui dit « qu’il y a trop d’ombres » sur ce voilier. Il écoute et rassure Tammy, le pilotin de sa bordée qui est près de devenir fou. Il réussit, sur les instances du jeune garçon, à aller trouver le lieutenant pour le convaincre. Les officiers se font peu à peu à l’irrationnel et le capitaine, sensé, réclame moult lumières pour aller dans la mâture, puis décide de ferler les voiles chaque soir pour ne pas avoir à monter la nuit.

Mais l’atmosphère s’épaissit comme si les ombres pirates, venues des profondeurs de la mer, étaient sur le point d’investir le bateau. Un étrange navire inversé révèle son ombre noire dans les abysses. L’étrangeté se révèle pas à pas, la terreur monte de chapitre en chapitre, la tension augmente d’un cran à mesure des pages. Ce roman bien écrit sait faire du cinéma et rend compte d’un monde d’hommes entre eux, sujets aux imaginations des autres et aux légendes du large.

William Hope Hodgson, Les pirates fantômes (The Ghosts Pirates), 1909, éditions Terre de brume 2002, 238 pages, €15.47

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