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Valmigère et Wernert, La merveilleuse histoire de Simone Veil

Simone Veil a eu une vie étonnante, ballottée par les lames de fond du XXe siècle desquelles elle a su émerger puis savoir y nager. Son histoire n’est en rien « merveilleuse » – ce qui ne se dit que des choses – mais admirable. Elle s’insère dans une collection d’« histoires merveilleuses » déclinées sur l’Europe, le Parlement européen, Strasbourg… Jean-Louis de Valmigère est président de la Fondation pour Strasbourg, ce qui explique qu’il fait livre de tout ce qui concerne sa ville. Simone Veil fut présidente du Parlement européen à sa création avant d’être des années députée européenne.

Son existence fut celle d’une femme, juive française née Jacob, emportée dans les bouleversements du nazisme, la défaite, l’Occupation, l’arrestation, la déportation, avant d’entrer en résilience d’abord grâce à sa mère et ses sœurs, au scoutisme laïc, puis après-guerre avec son mari Antoine Veil devenu énarque, elle-même faisant trois enfants et des études de magistrate. Elle avait passé les épreuve du bac à 16 ans juste avant d’être déportée. Dès lors, sa carrière au service de l’État s’envole, malgré le machisme dominant.

Elle s’occupe des prisons, de la réinsertion des mineurs délinquants que le film de François Truffaut Les 400 coups met en lumière, devient secrétaire du Conseil supérieur de la magistrature, puis entre au cabinet de René Pléven avant de devenir ministre de la Santé sous Giscard dans le gouvernement Chirac. Après le « manifeste des 343 salopes » (ainsi surnommées par Charlie hebdo), elle présente durant trois jours éprouvants à l’Assemblée le projet sur l’IVG qui légalise l’avortement, alors qu’au moins 300 000 femmes chaque année y ont recours clandestinement, à l’étranger pour les plus riches, dans les arrières-cuisines des avorteuses pour les autres. Les insultes nazies et antisémites sont légion, marquant combien la droite classique reste bête et égoïstement ancrée dans ses préjugés bourgeois catholiques xénophobes. Mais elle tient tête et l’emporte avec la raison, en femme héritière des Lumières. L’avortement restera pour elle (et pour toute femme) « toujours un drame », mais le « désordre » engendré par les avortements clandestins à hauts risques est une plaie sociale qu’il vaut mieux éradiquer, à l’exemple des pays voisins.

Sur la demande de Valéry Giscard d’Estaing, Simone Veil conduit la liste UDF aux européennes qui l’emporte sur le RPR de Jacques Chirac (qui ne croit pas à l’Europe mais reste souverainiste). Dans la foulée elle est élue en 1979 première femme présidente du Parlement européen. Elle ne se représentera pas, faute du soutien des députés RPR qui ont la rancune tradi tenace mais restera députée européenne jusqu’en 1993. Elle sera nommée ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville par Édouard Balladur en 1993.

De 1998 à 2007, elle est membre du Conseil constitutionnel. Elle est élue en 2008 à l’Académie française après avoir écrit son autobiographie, Une vie, et entre au Panthéon en 2018, couronnement de son ascension. Désormais merveille du monde, selon ce petit livre illustré de quelques images et de témoignages, pas trop mal écrit malgré quelque jargon techno et phrases à la mode, Simone survit dans la mémoire comme exemple humaniste et comme femme exemplaire.

Jean-Louis de Valmigère et Eva Wernert, La merveilleuse histoire de Simone Veil, 2022, Hervé Chopin éditions, 127 pages, €14,50 e-book Kindle €9,99

Attachée de presse BALUSTRADE : Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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