Dan Brown, Forteresse digitale

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Voici le premier thriller publié de Dan Brown, l’archi-célèbre auteur du Da Vinci code. Il s’agit pour la première fois de codes, ou plutôt de décodage, la cryptographie semblant fasciner l’auteur. La National Security Agency, la fameuse NSA américaine, ultrasecrète, plus puissante de la CIA, est chargée depuis 1952 – le 4 novembre à 0h01, selon Dan Brown – d’écouter, de rassembler et de décrypter tous les messages utiles de la planète. Elle fut créée sur ordre du président Truman en pleine guerre froide. Pour ce faire, tous les moyens financiers sont acquis, les meilleurs mathématiciens, informaticiens et linguistes embauchés, les ordinateurs les plus sophistiqués construits. Nous sommes au cœur de la puissance américaine, cet optimisme missionnaire à protéger le pays et la planète, alliée aux moyens les plus colossaux et aux spécialistes les plus pointus – telle est la Forteresse digitale dont Edward Snowden a livré quelques-uns des secrets réels.

Voilà un beau sujet – actuel, trépidant, enthousiaste. Conçu durant l’essor d’Internet, durant ces années de cavalcade technologique des années 1990, il répond au début de paranoïa des Freemen américains concernant les libertés publiques. Où la Défense se heurte au libre-arbitre. Où la puissance se mesure aux astuces des hackers de génie dispersés. Où le patriotisme d’un seul mène le pays tout entier au bord du gouffre. Cryptage nouveau ou génial faux-semblant ? Voici que le nec plus ultra des ordinateurs casseur de codes de la NSA est défié par un Japonais handicapé et ingénieux, viré pour insubordination. Un Japonais rescapé des suites de l’irradiation d’Hiroshima et qui est animé, secrètement, d’une méfiance profonde vis-à-vis de cette Amérique qui a lancé ses bombes. Un Japonais à trois doigts, devenu bouddhiste et expert en informatique, l’un aidant l’autre, peut-être, comme dans divers essais et romans américains parus auparavant.

Si les Italiens ont fait fleurir la comédie, les Grecs la tragédie, les Espagnols la mystique, les Allemands la philosophie, les Français le roman, les Anglais l’énigme – les Américains ont inventé le thriller. Cette forme littéraire, issue du film et de ses plans directs, coupés en courtes scènes d’action, défilant en courant une histoire qui se tient, a été poussée à son meilleur aux États-Unis. C’est un genre écrit qui convient à des individualistes pressés dont le concret est l’essentiel de la pensée. Dan Brown en est le digne relais.

Sa première tentative publiée, Forteresse digitale, recèle quand même pas mal de maladresses. Un début qui patine – mais une fin haletante. Un coupable que l’on devine dès le milieu du livre – mais des rebondissements inattendus jusqu’aux dernières pages. Des invraisemblances énormes – mais un agencement d’ensemble qui tient la route. Ce thriller, encore malhabile, mal maîtrisé, aborde un sujet en or malgré des personnages trop caricaturaux et un hymne patriotique un peu agaçant pour tout non-Américain. L’héroïne est belle à vous couper le souffle, son boy-friend passionné, scrupuleux et modeste, tous deux sont deux fois plus intelligents que la moyenne… N’en jetez plus ! Et pourtant, il y a aussi l’éventail des minorités obligatoires : le handicapé naïf et méritant, le Noir si professionnel qu’il dirige le service, la secrétaire qui pousse son intuition à braver tous les interdits, l’ancien Marine vulgaire et m’as-tu-vu qui n’est peut-être pas ce qu’il paraît, le tueur excellent comme jamais, l’obèse technicien qui sait tout et bosse jour et nuit et le week-end…

Tout est exagéré dans ce livre : l’histoire, les acteurs, les rebonds miracles, le final. Du grand écran. Et c’est pourquoi l’on marche, au fond. Même si ce n’est pas le meilleur Dan Brown, ce thriller est quand même nettement supérieur à nombre de productions américaines traduites un peu vite (dont cet inepte billion pour milliard !). Pourquoi donc les Français ont-ils attendus qu’un flot de touristes se mette en prières devant le ” tombeau de Marie-Madeleine ” (la moderne pyramide inversée du Louvre…) pour traduire – à l’envers ! – l’œuvre de Dan Brown plutôt que les œuvrettes de tant d’autres ? Avons-nous encore de ‘vrais’ éditeurs ?

Dan Brown, Forteresse digitale, 1998, traduction française 2007, Livre de poche 2009, 512 pages, €7.22

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