Sylvain Runberg et Grun, On Mars – 01

Nous sommes dans un siècle et sur Mars. La Terre a décidé qu’il était nécessaire de coloniser la planète pour préparer le futur. Pour cela, les bonnes vieilles recettes sont remises au goût du jour. Comme en Australie au 19ème, les condamnés à plus de cinq ans sont envoyés automatiquement au bagne sur la planète rouge, afin d’effectuer les travaux d’aménagement écologiques.

Il s’agit de construire des canaux pour irriguer, de bâtir des villes et de planter des arbres génétiquement modifiés pour entourer la planète d’oxygène. Comme quoi l’écologie bien pensée conduit au goulag – avec d’aussi bonnes intentions que Staline. Car les écolos sont comme les communistes : persuadés de détenir seuls la vérité et qu’il y a urgence pour tout le monde. La « dictature provisoire » de quelques-uns sur la masse s’en trouverait donc justifiée.

L’histoire cueille Jasmine, ex-flic qui a pris 20 ans pour avoir descendu une junkie de 15 ans fille du ministre de l’Industrie anglais lors d’une descente en équipe dans un mauvais lieu. C’est injuste mais politique. Elle se retrouve embarquée pour six mois en vaisseau pour un exil sur Mars au milieu de violeurs récidivistes, assassins et autres criminels. Mais la règle de ce milieu est simple : on ne parle jamais du passé ni de pourquoi on est là. Le seul objectif est la survie.

Chacun est seul, même si un pasteur-escroc brésilien unit une bonne partie des condamnés sous la houlette de Dieu, opérant un syncrétisme audacieux des religions terrestres. Jasmine, qui refuse au premier abord, s’aperçoit vite qu’elle a tout intérêt à rejoindre la secte. Ses adeptes sont une puissance, de sorte que les contradictions ne manquent pas dans ce nouveau monde impitoyable de pionniers. D’autant que de mystérieux « solitaires » minent le sol et sabotent les travaux…

Ce premier épisode d’une série qui ne va pas manquer de prendre de l’ampleur est alléchant et bien dessiné. Le trait net et fouillé de Grun, les couleurs orangées ou bleutées des scènes martiennes composent un univers onirique prenant. Une vingtaine de pages de bonus après les 54 planches permettent de mieux voir les détails du dessin. C’est la grâce de la bande dessinée de canaliser l’imagination dans les formes crayonnées, ne la laissant pas vagabonder à son gré. L’histoire n’en est que plus percutante.

Les auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai, chacun ayant déjà largement publié, comme il est rappelé en page 80. Ce « coup de cœur des libraires de la Fnac » mérite la lecture. L’espace et l’anticipation reviennent – enfin ! – sur le devant de la scène, après des décennies western ou roman dessiné. Non sans un message politique que l’on devrait méditer !

Sylvain Runberg et Grun, On Mars – 01 Un monde nouveau, 2017, éditions Daniel Maghen, 80 pages, €16.00

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4 réflexions sur “Sylvain Runberg et Grun, On Mars – 01

  1. Il faut probablement être français pour sentir tout ce que l’écologie « politique » dans ce pays centralisateur et jacobin, à l’école du catholicisme romain et du pouvoir absolu royal, tenté sans cesse par les théorie unificatrices allant de la Bible au communisme, peut avoir de totalisant.
    Pour moi, une écologie bien pensée part de la base, des gens, des communes, des pratiques – pas de l’Etat ni des Normes obligatoires décidées d’en haut par un minuscule collège d’experts auto-proclamés.
    Par exemple, réduire le parc nucléaire sans revenir au charbon, comme Merkel, passe par des micro-centrales sur les toits des immeubles et des éoliennes réduites dans les jardins. Mais il faudrait « casser » le monopole d’EDF sur la distribution électrique en France !

  2. Emportement de l’interprétation à brûle-pourpoint. Je ne persiflais aucunement sur la qualité de ta réflexion intellectuelle, qui est de haute volée, sinon, je ne lirais pas ton blog régulièrement, y compris ta recension du livre d’ Eloi Laurent. L’ironie portait surtout ton penchant à relativiser très fort les effets du réchauffement climatique. Tant pis si tu en restes à une perception littérale de mon commentaire. C’est ton choix ! Mon intention n’était pas de contester la tenue élevée, étayée et documentée de tes écrits. Je voulais juste réduire le simplisme de l’image écolo-ayatollah, étiquette que tu plaques régulièrement sur le mouvement écologiste, même si tu concèdes des exceptions au dirigisme vert.

  3. Mon « exigence intellectuelle », comme tu persiffles, est de faire un compte-rendu réel des livres que je chronique. Je ne chausse pas les lunettes roses du mainstream ni n’use du langage politiquement correct. Le parallèle écologie-contrainte est dans cette bande dessinée.
    Il est d’ailleurs une tendance « naturelle » du jacobinisme et de « la gauche » française qui ne date pas d’hier. Depuis Robespierre, le démon du Bien exige de prendre la place de Dieu pour forcer les humains à entrer dans les normes de la théorie. Pour l’écologie récente, en témoigne le livre lamentablement « correct » d’Eloi Laurent, chroniqué jadis : https://argoul.com/2012/04/18/eloi-laurent-social-ecologie/

  4. Comparer les écolos aux communistes staliniens prêterait à sourire si ce parti-pris n’était teinté d’un déni absolu de la dégradation irréversible de nos conditions de vie. Lire à ce sujet « Où atterrir ?  » de Bruno Latour, une réflexion susceptible de satisfaire votre exigence intellectuelle.

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