Magdalen Nabb, Le gentleman florentin

Florence en décembre : tout le monde est parti pour les fêtes, ou presque. L’adjudant carabinier Guarnaccia est cloué au lit par la grippe. C’est le tout jeune Bacci, encore à l’école de police et en stage de terrain, qui est de permanence au palais Pitti, la nuit où…

Un meurtre a eu lieu dans un immeuble signoriale (résidentiel). Toutes les portes étaient fermées ; le veilleur de nuit n’a rien vu, les voisins rien entendu. Sauf une gamine, vraie garçon manqué, qui aime les pistolets et a été réveillée par deux bang ! L’un d’une arme, l’autre de la porte d’entrée. La victime est un Anglais, mais pas n’importe qui : un diplomate retraité célibataire et pas homo pour une fois (en 1981, c’était encore scandale – et ça le redevient).

Mais qui avait intérêt à cette mort suspecte ? Personne en apparence, ni ennemi, ni amant, ni amante, mais… en fouillant un peu, les enquêteurs remarquent que le personnage « changeait de meubles » tous les mois, ce qui est un peu bizarre. Ce qui l’est moins, bien que baroque, est que les déménagements avaient lieu à trois heures du matin : quand tout le monde dort, mais aussi quand les célèbres embouteillages de Florence n’ont plus lieu. L’Anglais était-il le pivot d’un trafic ? Une œuvre d’art estampillée du Ministère est retrouvée chez lui, une majolique de Della Robbia. C’est louche.

Deux inspecteurs de Scotland Yard venus de Londres par avion participent en observateurs à l’enquête, ce qui permet quelques vues savoureuses sur les mœurs des Italiens, exotiques pour eux – et pour le lecteur français qui apprécie.

Si le capitaine est un brave homme qui veut ne pas perdre la face, si le carabinier stagiaire est jeune et impulsif, l’adjudant grippé est humain trop humain. C’est ce qui fait sa faiblesse apparente et sa force profonde. On ne la lui fait pas. Il aime les gens et cherche à les comprendre en profondeur. Lui trouvera la solution, que la pure raison n’aurait su connaître. Elle est misérable mais loin du vice et plutôt inattendue.

La famille du mort, notable au Royaume-Uni, souhaite ne pas faire de vagues. Mais y en a-t-il à faire ? Le petit peuple de Florence s’attroupe volontiers autour de tout événement, commente, fait son théâtre – les drames en revanche se jouent dans l’ombre, ignorés. Alors, la mort d’un Anglais, vous parlez !

Un bon premier opus pour cette reine du crime américaine qui a choisi Florence pour territoire. Avec humour, ainsi décrit-elle les inspecteurs anglais : « Ils formaient un duo pour le moins singulier. L’inspecteur Jeffreys considérait son chef comme le produit classique d’une public-school de troisième classe, dont seule l’arrogance surpassait l’ignorance. Le chef tenait Jeffreys pour un prolétaire parvenu, aigri et dénué de tout respect. Les collègues forts de moins de préjugés estimaient qu’à son époque le chef n’avait pas son pareil pour attraper les voleurs et que le jeune homme se révélait d’une intelligence exceptionnelle. On disait qu’il se ferait un nom, à condition d’éviter qu’on le renvoie » p.35.

Magdalen Nabb, Le gentleman florentin (Death of an Englishman), 1981, 10-18 2009, 220 pages, €7.50

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