Co-vide français

La pandémie de SARS-Covid-2 appelé Coronavirus Covid-19 met en lumière le mal français : le jacobinisme. La France centralisée, autoritaire, administrative, peine à déstocker, à faire produire ou livrer les masques de protection ; l’impréparation est manifeste malgré les précédentes alertes dues à des virus ou des catastrophes chimiques – qu’en serait-il lors d’un Tchernobyl possible ? Plus d’industrie suffisante ni diversifiée, des coûts sans cesse réduits bien que les impôts ne baissent guère, le rêve d’être le meilleur élève de la mondialisation sans en avoir les moyens techniques, financiers ni juridiques. La production de masse est en Chine et les entreprises performantes sont rachetées par les Etats-Unis. Il n’y a plus grand-chose de « stratégique », même certains composants du système d’armes du Rafale viennent des USA !

Les hôpitaux sont débordés et les médecins libéraux trop sollicités ; rien n’a été réorganisé pour donner de la souplesse et de l’efficacité au système de santé depuis des décennies (le numerus clausus des médecins, l’absence de liste de matériel obligatoire à conserver en permanence, la gestion du chiffre à l’hôpital, les budgets en baisse-rabot sans tenir compte des particularités locales, l’absence de moyens déplaçables, l’indigence relative de l’armée en renfort).

Les politiciens ont fait avant tout de la politique politicienne avant de faire une politique de la santé. Ils ont autorisé les élections municipales puis ont changé de cap drastiquement le soir-même en instituant le confinement. Les gens n’y ont pas cru vraiment et se sont retrouvés trop souvent dehors, certains partant même en vacances dans les résidences secondaires ! L’autorité – la vraie, churchillienne, gaullienne – a manqué à l’heure même où il en fallait une. L’autoritarisme des petits egos blessés, de la guerre des services, des parapluies hiérarchiques, s’est au contraire imposé plus que jamais.

L’imbécillité est manifeste : Merkel prend les Allemands pour des adultes, Macron prend les Français pour des gamins. Tout centraliser, tout ordonner, aboutit à ce que personne n’ose prendre une quelconque initiative : tous attendent des instructions, la hiérarchie tutélaire doit signer pour couvrir l’exécutant et cela prend du temps car le temps, comme le savoir, c’est le pouvoir. Donc rien ne se fait, qu’avec retards à tous les étages, efforts surhumains pour violer les procédures et les administratifs, récriminations en cascade, erreurs (ces respirateurs fabriqués par la Grande industrie française qui ne servent… quasiment à rien, étant inadaptés au traitement des atteints).

Ceux qui n’ont aucune initiative à prendre, qui n’y sont pas autorisés par les « spécialistes » ou les technocrates en haut d’échelle qui se croient dieux, en sont réduits à scruter les fautes des autres et à critiquer l’autorité. C’est le contraire en Allemagne, pays fédéral de länder où chacun est amené à se prendre en main. Les responsabilités sont réparties, la critique étalée, les oisifs qui jugent des travaux finis bien moins nombreux. Nos « régions » ne sont, à de rares exceptions près, que des circonscriptions administratives et économiques, pas des centres de culture ni de décision. C’est différent aussi aux Etats-Unis, où le président bouffon peut paonner autant qu’il veut à la télé, chaque Etat prend ses propres initiatives dans la responsabilité – et le clown peut toujours amuser la galerie. En France, on attend. Le bon vouloir, le bon plaisir, les ordres.

Le gouvernement autorise à sortir uniquement pour les courses, la santé, le chien, le jogging autour de chez soi (maxi 1 km et 1 h), mais pas pour autre chose. Et il a fallu un décret pour ça ! Même dans les rues désertes, les sentiers de montagne ou au bord de la mer, là où il n’y a personne, là où les gens peuvent être à plusieurs dizaines de mètres les uns des autres, c’est « interdit » ! Avec renfort d’hélicoptères et de drones pour ça (vous savez combien ça coûte, une heure d’hélicoptère ? Vous trouvez normal d’aller polluer les montagnes désertes avec le bruit et le pétrole du bourdon mécanisé ?). Mais égalitarisme oblige : tous pareils, j’veux voir qu’une tête ! Il ne faut pas que confinement rime avec vacances, il ne faut surtout rien perdre des habitudes de la schlague caporaliste et scolaire.

A chaque sortie, il faut imprimer, remplir et dater un bordereau agréé abscons que l’on trouve sur le site officiel, à présenter (de loin) aux flics (qui n’ont aucun masque ni gants de protection). Quelle nation paperassière ! A quoi cela sert-il de faire soi-même sa propre attestation de sortie ? Avec l’heure en plus ! Et pourquoi pas son propre arrêt-maladie ou son propre diplôme du bac tant qu’on y est ? Cela me rappelle les pensums de « lignes » à écrire pour punition de l’école primaire des années cinquante : vous me conjuguerez « je ne dois pas sortir sans raison » à tous les temps et à tous les modes. Mentalité de garde-chiourme : si c’est cela encore et toujours la citoyenneté vue par le gouvernement, cette l’éducation « nationale » pour adultes, je comprends que les bacheliers sortent du système aussi nuls et que les Français soient des veaux sous la mère !

Le travers caporaliste qui date des monastères, repris par les écoles, l’armée, l’industrie et l’administration républicaine, continue de sévir, renforcé par les instituteurs du soin qui assènent leurs vérités provisoires comme des oracles bibliques : les masques, ça sert à rien (et pis si) ; la chloroquine c’est nul (mais on ne sait jamais) ; fumer tue (mais semble protéger un peu) ; le gel hydroalcoolique est indispensable (mais le savon suffit) ; il faut une distance sociale d’un mètre (mais deux en Allemagne… qui s’en sort nettement mieux). Ils ne savent pas dire qu’ils ne savent pas ; ils ont l’autorité, donc ils savent tout : la légitimité remplace la connaissance.

Nous sommes dans la caricature in vivo (en live disent les incultes) des travers français. Là où chacun devrait répondre de ses actes en adulte responsable, citoyen et père de famille, c’est en France le règne des interdits et de la routine. Le prestige vaut mieux que l’enrichissement (réel ou personnel) ; le théâtre social est plus valorisé que l’efficacité ; la monarchie administrative peut tout, les élus rien. Personne ne fait grand-chose et ceux qui ne foutent rien passent leur temps à critiquer ceux qui osent. Evidemment, puisqu’ils ne sont responsabilisés en rien !

Retravailler ? Rouvrir les écoles ? Vous n’y pensez pas ! Mais les inégalités ? C’est pour les pauvres, tant pis pour les Grands Principes, moi je d’abord, personnellement. Elle est belle la « gauche » syndicale qui préfère sa pomme à sa morale. Comme d’habitude : tout dans la gueule, rien dans les muscles. Normal : ils assistent mais point ne participent ; ils critiquent car ce n’est point à eux de faire. Les responsables, c’est les autres, comme dans l’enfer de Sartre, à la mode gauche stalinienne ou les chiens sous Chirac : « vous ne faites que là où on vous dit de faire ».

Si la France est frondeuse, c’est qu’elle est creuse : l’Etat-c’est-moi je sais-tout en haut, infantiles irresponsables qui jugent et se moquent en bas. C’est le co-vide français.

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4 réflexions sur “Co-vide français

  1. C’est qu’il faut quitter le monde de la Bible en Bien et Mal,, devenu le monde Disney en gentil et méchant. Oui, le monde est tragique, oui il n’est pas l’idéal réalisé. Dans tout bon réside un mauvais comme le yin et le yang. mais il ne faut pas être occidental pour le percevoir.

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  2. Florian78

    La décentralisation a aussi réinventé des féodalités bien astreignantes, avec son lot de « clients » au sens romain du terme (abus de fonctionnaires territoriaux), et ses usines à gaz copiées sur celles de Paris. Aucun sens pratique et encore moins de sens de l’Etat chez ces politiques locaux issus du même moule, Sciences-Po, ENA (à supprimer). Même chose pour ce machin grotesque et coûteux appelé « Union européenne », productrice de « normes » et d’oukazes.

    L’usage de la Cour et de la monarchie absolue remonte à François Ier, Louis XIV l’a érigé en système, d’ailleurs nécessaire après la Fronde. Ses successeurs n’ont pas su le faire évoluer.
    La décentralisation d’Ancien Régime était un embrouillaminis de petits droits locaux, à tous les niveaux de la société : Calonne, esprit éclairé et ministre compétent, s’est vite rendu compte de l’impossibilité de réformer sans tout bouleverser.

    L’histoire explique décidément beaucoup de choses.

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  3. Nulle explication n’est à elle seule « cause » de tout, je vous le concède. Mais si la centralisation royale des féodaux a créé « la France » depuis Philippe le Bel, l’usage de la Cour à Versailles a suffi pour anéantir toute velléité de prendre une quelconque initiative sans l’aval du Roy. Le film Ridicule est à cet égard très parlant. Napoléon le premier a « méditerranisé » la politique en créant un droit, une foi, un empereur sur le modèle de la dictature romaine et du pater familias macho latin à partir de rien après la table rase révolutionnaire. Conclusion : infantilisme, répugnance à changer, soubresauts de révoltes qui soulèvent le couvercle, retard économique, centralisation parisienne avec « limogeage » des fonctionnaires réticents (envoyés à Limoges).
    Le centralisme peut être utile en phase de reconstruction – si le projet existe (le rationnement post-45, la construction de l’Europe de Schumann, la force nucléaire, l’émancipation énergétique sous Pompidou, Ariane, Airbus). Mais trop souvent les « gros machins d’Etat » (plan Calcul, Concorde, informatique à la française sous Mitterrand…) sont des chimères technologiques et des gouffres financiers : des projets d’ingénieurs, pas pour le public. Ce sont les Etats-Unis qui raflent ensuite la mise (carte à puce, Internet, réseaux cryptés, savoir-faire Alstom).
    Le mal français est qu’il y a trop d’Etat – et que l’Etat est « en même temps » tenu par des mains faibles. Votre critique de la modernité intellectuelle superficielle est en ce sens très juste. La télé, la flemme post-68, l’interdit d’interdire des animateurs sociaux qui se croyaient profs (ça a un peu changé, heureusement), les jeux vidiots, la tyrannie de la mode, les réseaux sociaux pour ados en mal d’identité, le narcissisme induit (les selfies à poil pour séduire) – tout cela n’incite pas à la culture personnelle, à l’intériorité qui crée, à l’épanouissement des talents. Il s’agit de ressembler, pas d’être original ; de suivre les chefs, pas de réfléchir.
    Mais presque tous les dirigeants dans le monde sont sur ce modèle : Trump le pire, Kadirov et Bolsonaro en clowns grotesques, Boris Johnson qui joue avec l’histrionnisme (son Covid l’a-t-il fait réfléchir ?). Seuls les technocrates formés à la discipline du parti communiste s’en sortent à peu près, comme des lapins Duracel dont la pile s’use : en Chine, en Russie, en Europe de l’est identitaire, et même chez Merkel, Allemande de l’est. Les carences de nos dirigeants ne sont donc pas la seule cause.
    Non, par rapport aux pays voisins (Allemagne, Royaume Uni, Espagne, Italie, Belgique, Suisse) ou aux pays occidentaux (Etats-Unis, Canada), la France a cette différence d’être le seul grand pays centralisé où les « ragions » ne sont que des départements administratifs gonflés sans vrais pouvoirs. Tout vient de Paris : qui ne peut pas tout faire, tout voir, tout payer. D’où l’attitude d’opposition permanente des élus locaux (renforcée sous Macron), le phénomène social des Gilets jaunes qui se sentent nullifiés, l’irresponsabilité permanente de l’opposition parlementaire (dont Mme Le Pen offre le désolant spectacle d’une démagogie sans aucun remède plausible et M Mélenchon l’appel encore plus latin à une dictature bananière encore plus autoritaire et centralisée).
    Le Mal français, A Peyrefitte en avait fait tout un livre et F de Closet tout un autre (Toujours plus !). Il conjugue – depuis l’enfance – la toute-puissance impériale-catholique-romaine du sommet (parent, prof, curé, adjudant, administration, politicien, expert) avec l’infantilisation des soi-disant irresponsables que nous sommes tous aux yeux des grands sachants (qui, lorsqu’une crise inédite survient, montrent qu’ils ne savent pas grand-chose). Le modèle est catholique : l’évêque, berger de son troupeau de brebis sans cesse en mal de s’égarer et en proie au grand méchant loup (en général capitaliste). Toutes nos relations sociales sont fondées là-dessus – et cela change à peine dans la famille où « les femmes » ne s’émancipent guère, basculant dans l’autoritarisme inversé.
    Ce qu’il faudrait, ce n’est pas plus d’Etat mais moins d’Etat ; plus de pouvoirs décentralisés et moins de Paris ; moins de lois, règlements et taxes en tout genre sur tout ce qui bouge qu’un encouragement (dès l’école primaire) à bouger : travailler avec les autres et proposer des idées, entreprendre.
    Participer à la décision : voilà ce qui manque le plus en France. Cela éviterait la posture du spectateur qui juge et qui critique, base de la mentalité « frondeuse » prêtée aux « Gaulois » – alors que les Belges, les Espagnols et une bonne part des Irlandais et Anglais sont tout aussi « Celtes ».

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  4. Florian78

    Le « jacobinisme » n’est peut-être pas le mal en soi.
    La France de l’Ancien Régime était en partie décentralisée pour des causes techniques d’isolement et de communications peu rapides (la plus grande vitesse est celle du cheval au galop), qui subsistent jusqu’au Second Empire (chemin de fer et télégraphe électrique), mais la politique se décidait à Paris ou à Versailles.
    Napoléon administrait la France de façon « jacobine », y compris depuis le champ de bataille, et elle ne s’en est pas trop mal portée. Elle se relève très vite après Waterloo.
    Plus près de nous, elle s’est aussi vite relevée de la dernière guerre.

    Vous connaissez la phrase du général de Gaulle sur Albert Lebrun, chef de l’Etat à qui il avait manqué d’être un chef et qu’il y eut un Etat… mais Lebrun était un aigle à côté d’un Macron, et ne parlons pas des ministricules de ce dernier. On n’imagine pas un Griveaux ou une Sibeth Ndiaye aux heures tragiques de la IIIe République (1914 et 1940, par exemple) !

    Les maux sont plutôt le manque de vraie autorité de l’Etat (due au manque de grands hommes), d’une dispersion de ses missions régaliennes, outre l’amateurisme érigé en modèle, l’absolu manque de profondeur, le vide culturel sidéral des politiques, des technocrates et des journalistes, la disparition du sens de la dignité et donc d’une élémentaire déontologie, la mentalité d’assisté encouragée par la gauche et poursuivie par la « droiche » par démagogie et électoralisme.
    Un cumul de médiocrité voire de nullité : il n’y a pas de mauvais outils, il n’y a que de mauvais ouvriers.

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