Henry Monnier, Scènes populaires et Les bas-fonds de la société

Le père de l’immortel Monsieur Prudhomme, prototype du bourgeois érudit content de lui, fut un employé aux écritures avant d’apprendre la lithogravure. Il devint caricaturiste avant d’écrire des scénettes prises sur le vif et des pièces de théâtre. Né en 1799 et portraituré par Balzac sous le nom de Bixiou dans Les employés en 1838, il a croqué à belles dents la société de son temps jusqu’à sa mort en 1877. De Louis XVIII le gros jusqu’à Napoléon le petit, la palette fut large !

Monnier s’intéresse surtout aux petites gens, la classe montante depuis la Révolution que « les socialistes » des années post-68 ont prolongé. Il observe leurs travers, les voit monter sur leurs ergots, clamer leur égoïsme, pontifier leur savoir livresque, faire chorus avec le voisin ou la voisine, jalouser les autres. Le choix opéré par l’éditrice est édifiant – en 1984, en pleine ère Mitterrand, ce n’est pas par hasard. S’il nous fait parfois rire, il nous en apprend surtout beaucoup sur « le peuple », ces petit-bourgeois arrivistes, et sur la société du XIXe siècle tant chantée par les romantiques et les révolutionnaires. Ce n’était pas bien beau…

Les concierges ne considéraient la moralité des locataires qu’en fonction du montant de leurs étrennes ; les témoins en cour d’assise ne racontaient pas ce qu’ils avaient vu mais ce qu’on leur avait dit s’être passé ; les titis se pressaient à la guillotine pour voir tomber les têtes ; une garde-malade ne pensait qu’à voler du bois et un soufflet dans la chambre du mourant ; la femme du condamné ne venait lui rendre visite au cachot que pour rafler ses hardes avant qu’il soit exécuté.

Un voyage en diligence est un condensé de sociologie. Cette ancêtre du TGV était fort inconfortable, prise entre le conducteur pressé par l’horaire, les voyageurs qui se haussaient du col pour obtenir le « respect » auquel ils croyaient chacun avoir droit – sans aucun souci des autres -, la « vieille dame » et la « jeune fille » étaient en buttes aux malotrus, les aubergistes se sucraient sur la bête pour la rassasier en les assommant par le prix du monopole, et ainsi de suite.

C’est plus vache que dans Balzac, moins sexuel que dans Zola, plus réaliste aussi. Avec une préface pour connaître le bonhomme et sa vie, et des notes pour préciser ce qui est oublié aujourd’hui.

Henry Monnier, Scènes populaires (1841) et Les bas-fonds de la société (1862), choix d’Anne-Marie Meineinger, Folio 1984, 313 pages, €3.40 occasion Fnac (non référencé sur Amazon)

Les bas-fonds de la société, Réimpression à l’identique de l’édition originale numérisée par Gallica, édition de 1862, impression à la demande chapitre.com

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