Maurice Daccord, Le Secret des Mages du Trident Rouge

Léon Crevette, commandant de gendarmerie, et Eddy Baccardi, ex-assureur devenu conseiller conjugal à son compte, sont amis depuis longtemps ; ils ont pris l’habitude d’échanger leurs idées sur les affaires en cours, notamment lorsqu’il s’agit de crimes, surtout de crimes sur les enfants, encore plus lorsqu’on les retrouve démembrés et sans tête. Des petites filles dans les 10 ans disparaissent une à une et la ville est en émoi. Au point que le lecteur se demande pourquoi, dès le second crime, les parents autorisent encore leurs préadotes à sortir et rentrer seules dans les rues au soir tombé…

Depuis son premier polar, chroniqué sur ce blog, l’auteur s’est enrichi et affiné : l’intrigue est plus noire et l’action mieux menée, le suspense plus haletant jusqu’au bout. Seul le dernier chapitre où tout le monde s’embrasse, ou presque, fait un peu boy-scout. J’ai compris avant le lever de rideau final qui était le coupable mais j’aurais pu me tromper. Il faut dire que le tueur en série est particulièrement retors, ne laissant aucun indice, et qu’il faut chercher midi à quatorze heures pour tenter de trouver une logique aux forfaits qu’il commet.

Le scénario est toujours le même : un soir, une fillette seule qui vient de quitter sa bande de copains marche dans la rue à deux pas de chez elle, une voiture qui s’arrête, un homme qui palabre – et la fillette monte – personne ne remarque rien ; on ne la revoit jamais vivante. Pas de viol mais de la boucherie rituelle avec une signature : une carte satanique où Jésus et Satan sont dans le même carreau, Dieu étant Diable inversé. Boucherie, religion et latin semblent la marque de l’auteur.

Crevette est commandé par une nouvelle juge tout frais sortie de promotion et d’une capitaine adjointe tout frais sortie du stage de formation. Dans ce sud provençal hâbleur et macho, où les mâles ne commandent pas un pastis mais « un 51 » et les vrais « un 102 (un double 51) », être entouré de féminin est une gageure, sinon une galéjade. Encore que l’intuition joue un rôle et la confiance aussi – plus qu’entre hommes semble-t-il.

Ellipses, argot et jeux de mots égayent le propos, toujours enlevé. Crevette en assez au bout de six meurtres et se fait muter aux Renseignements. Son commissaire le voit d’un bon œil car de l’eau s’infiltrait dans le gaz entre eux. Mais le préfet décide de faire saisir aussi la DGSI pour ce qui ressemble à une activité de secte satanique. Les notables, déguisés en mages du Trident rouge comme à Carnaval, se font peur dans des cérémonies en sous-sol où ils invoquent le diable. Mais le sacrifice d’une vierge à chaque nouvelle lune n’est plus dans le rituel depuis des siècles. Quel sadique dérangé voudrait-il donc le reprendre ?

Maurice Daccord, Le Secret des Mages du Trident Rouge – Une enquête de Crevette et Baccardi, L’Harmattan 2022, 218 pages, €20.50

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