Somerset Maugham, Amours singulières

Mort en 1965, Somerset Maugham (prononcez môm) est né à Paris dans une famille de juristes. Orphelin de mère à 8 ans et de père à 10 ans, élevé par un oncle missionnaire anglican, il sera presque inévitablement poussé aux amours déviants par frustration d’amour – il aura une fille mais vivra avec un homme. Il fera des études de médecine, sera agent secret britannique durant la Première guerre mondiale et vivra le plus souvent à l’étranger, loin de son pays colonial, corseté et étouffant. Sa sensibilité et son expérience de sociétés diverses alimenteront son œuvre écrite, qui comporte plus d’une centaine de romans, de nouvelles et de récits. Il écrit facilement et détaille ses impressions, ce qui le rend captivant.

Amours singulières est un recueil de six nouvelles portant sur l’amour d’un homme et d’une femme. Amour contrarié le plus souvent, ou mal vu par la « bonne » société, ou encore contrarié par les circonstances. La « vertu » victorienne notamment y est épinglée. Une fois marié, les convenances interdisent toute aventure extra-conjugale, ou alors au prix de contorsions acrobatiques comme aller habiter à Rhodes et de louer en plus un appartement en ville pour ce faire.

Chaque nouvelle aurait pu faire l’objet d’un roman car toutes content une anecdote édifiante. Une femme de grande vertu tombe raide dingue d’un tout jeune homme qui, par délicatesse sociale, s’exile avant de se marier pour un temps, le temps qu’elle et lui trouve chacun un partenaire de son âge. Un riche mari complaisant qui fait salon pour honorer sa femme, poétesse très connue, part soudainement avec la cuisinière. Un homme d’âge mûr collectionne les promesses de mariage avec les femmes qui ont un certain bien ; il compte parvenir à la douzaine. Une femme moche, collet monté et vieillissante se découvre le talent caché de faire rire ses amoureux – non pour ce qu’elle dit mais par la façon dont elle le dit.

Aucun amour hors norme dans ce recueil bien conventionnel pour son temps. L’entre-deux guerres était propice à toutes les audaces mais Maugham tenait à sa réputation : pour vivre heureux, vivons caché. Il ne publie que ce qu’il est décent de publier mais, comme il écrit beaucoup et observe encore plus, ses romans et nouvelles sont toujours passionnants. La vie mondaine n’est pas négligée, pas plus que les mœurs dans les villes d’eau et les vacances en Italie. Il distille une certaine nostalgie pour un monde en ordre qui dominait la planète et était sûr de lui.

Somerset Maugham, Amours singulières (Six Stories Written in the Firts Person Singular), 1931, 10-18 1995, 320 pages, €12,26 e-book Kindle €9,99

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