Tom nous fournit quelques explications globales sur l’hydrographie d’Angkor. Le site comprend les ruines d’une dizaine de capitales royales qui se sont superposées et imbriquées dans un réseau hydraulique, aujourd’hui asséché. Ces villes datent toutes du IXe au XIIIe siècle. Chaque nouveau roi manifestait sa légitimité en recréant réservoirs, temples et palais, d’où la multiplication des capitales. Elles ont été progressivement abandonnées par le lent processus de transfert du royaume vers Phnom Penh et le delta du Mékong.
Le Cambodge est sujet à la mousson et l’eau est surabondante une saison avant de manquer à la suivante. Survivre exige donc de capter l’eau et de la gérer par un réseau de réservoirs ou baray et de canaux d’irrigation. Une aristocratie militaire a mis en place dès le IXe siècle ce système en branchant sur les rivières des réservoirs artificiels, les barays, surélevés par rapport au niveau des terres à irriguer par des digues. La distribution des eaux est alors assurée par la déclivité. Ce qui permet deux à trois récoltes par an. Et qui augmente la population, donc la puissance militaire et économique du pays, nécessaire aussi pour l’entretien : d’incessants travaux de curage et d’exhaussement des digues.
Au XIVe siècle, une succession de grandes sécheresses puis de moussons violentes ont déstabilisé le système, déjà fragilisé par l’érosion des sols due à la déforestation, pour pousser les élites à migrer vers le delta du Mékong, plus prospère économiquement. Le royaume d’Angkor chute en 1431, date jésuite tirée d’une chronique thaïlandaise, mais qui signale seulement qu’Angkor n’est plus capitale. Elle n’est pas pour autant abandonnée et demeure un centre monastique et religieux. Cependant, le passage au bouddhisme theravada rend les monuments plus impermanents, en bois principalement, qui n’ont pas laissé de traces sauf de grandes esplanades en pierres sur lesquels ils étaient peut-être montés. .
Jacques Népote, ancien chargé de recherche au CNRS et ex-directeur de la revue Péninsule explique : « Au centre de chaque terroir considéré s’érige un « temple-montagne » de type Bakong, Bakheng, Pre Rup, Takeo… qui représente le mont divin, au sommet duquel est érigé le symbole divinisé de la force royale, un linga. À cette « montagne » sont adjoints deux temples complémentaires dont la fonction est de légitimer le roi : celui dédié à ses ancêtres féminins, « maîtresses du Sol » – type Prah Ko – et celui dédié aux ancêtres masculins, vecteurs de la fonction royale – type Lolei. À l’aplomb et « au pied » de ce temple-montagne, est édifié le palais où réside le roi en tant qu’être vivant. Au cœur du palais, se trouve un bâtiment très particulier, dont le prototype est le Phiméanakas, où le roi vient rejouer tous les soirs le mythe de fondation du royaume en allant coucher avec l’une de ses concubines habillée en Serpente. »
Puis nous allons à l’hôtel car il est déjà plus de 16h30 et tous les sites ferment vers 17h30. L’hôtel est le Seam Siem Riep à quatre étoiles comme d’habitude. Il est de très bon standing avec une climatisation déjà mise dans la chambre grâce à une seconde carte d’accès. Un plateau de fruits est offert sur la table, que je dévore illico : trois petites bananes, une grappe de longanes et une goyave verte. Il faut toujours emporter un canif pour éplucher dans ses bagages de soute.
Le dîner a lieu à l’hôtel, à 20 heures. Demain, nous partons à sept heures avec un petit-déjeuner à partir de six heures, pour une très longue journée de visites. Le dîner est bon mais trop copieux : salade de mangue, plats aux trois spécialités, poisson à la tomate, bœuf sauté aux légumes, curry de légumes, riz au jasmin, et dessert de riz gluant bourratif. Le pétrole fête aujourd’hui ses 80 ans et offre l’apéritif à tout le monde, c’est une gentille attention. Le restaurant a préparé un gâteau avec une unique bougie, une génoise fourré d’une crème en conserve de couleur rose, au goût américain. Tous les réglages des éclairages et de l’alarme se font sur un tableau de bord posé sur la table de nuit. Mais qui enlève la clé de la chambre en sortant remet tous les réglages zéro, et il faut à nouveau rentrer l’heure qu’il est et l’heure de l’alarme pour le réveil.






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