
Un polar qui reprend le thème du précédent, Les Parias, ce pourquoi le lecteur a l’impression de l’avoir déjà lu, mais il est plus abouti et abordé sous un angle différent. Si l’histoire personnelle et l’histoire criminelle se mêlent, la fin est étonnante.
Après cinquante ans, un mur s’écroule dans une cave. La maison a plusieurs fois changé de mains, les femmes qui y habitaient faisant souvent état d’un malaise. Justement, un cadavre est retrouvé derrière le mur, tué et caché là dans le silence. Qui est-il ? Qui l’a fait ? Pourquoi l’a-t-il fait ? Cela va trotter dans la tête de l’ex-inspecteur Konrad, veuf, dépressif et alcoolique (comme beaucoup d’Islandais…).
Il est de plus obsédé par la résolution du meurtre de son père Joseph, survenu un soir près des abattoirs, dans la zone des fumoirs de viande. Jamais l’affaire n’a été menée à son terme et son prédécesseur, Palmi, en retraite lui aussi, a décidé d’interroger à nouveau Konrad, alors adolescent à l’époque : et si c’était lui qui l’avait poignardé ? Sa mère venait en effet de lui apprendre pourquoi elle avait quitté la maison avec sa jeune sœur, et cela avait mis Konrad en colère. L’homme, surnommé Seppi qui est un nom de chien, était violent et aux marges de la loi. Il battait sa mère et attouchait sa fille, alors très jeune. Cela se faisait dans les années cinquante (et pas qu’en Islande, tous les collèges catho l’ont connu). Dès ses 16 ans, Konrad avait riposté à son père qui le cognait parfois, et cela avait cessé. Aurait-il, dans sa rage d’avoir appris la vérité, eu un geste de trop après sa dispute ? Comme la prescription n’existe pas pour les crimes en Islande, Konrad est dénoncé par Palmi et réinterrogé par la police. D’où sa volonté d’avancer dans l’enquête.
Deux indices nouveaux : seulement un des trois fumoirs était en route le soir de la mort de son père, quelqu’un a pu se cacher dans l’un des deux autres ; un bouton de manchette avec un insigne franc-maçon a été retrouvé sous la paille et la tourbe, peut-être perdu par le meurtrier. Qui était donc maçon en 1963 ? Entre autre un médecin, père d’un autre médecin, tous deux violeurs de petites filles. Le fils, Gustaf, est emprisonné à vie et Konrad l’a déjà rencontré. Son père était franc-maçon. Est-ce lui qui a commandité le meurtre ?
Car Seppi connaissait les trois jeunes qui ont cambriolé la maison du médecin pendant ses vacances en famille au Danemark. Il a négocié avec eux les photos pornos volées avec les devises, que le médecin avait prises de lui en action, nu sur les petites filles, et qu’il voulait absolument récupérer. L’une d’elle, violée par le père ou le fils, a été retrouvée noyée dans le lac, enceinte à 12 ans, l’ADN pointant le coupable. Sauf que les photos compromettantes ont été jetées, invendables. Seppi a-t-il payé son escroquerie de sa vie, via les nervis du médecin ?
L’un des jeunes a œuvré comme maçon dans la fameuse cave où le cadavre est réapparu cinquante ans après. Le mari, Stan, Américain de Pennsylvanie resté en Islande après son service militaire, se saoulait et battait sa femme islandaise Elisa tout en attouchant sa fille Lola – pratiques habituelles des années cinquante. Benony le gentil maçon a pris sous son aile Elisa et le mari n’a pas apprécié.
Un polar noir, dans la nuit et le brouillard islandais. C’est glauque, bien construit, humain. Toutes ces pratiques qui aujourd’hui révulsent sont remises dans leur contexte, la loi passe, les langues se délient. Les femmes relèvent la tête, le sexe se normalise et la société s’apaise. Konrad va-t-il enfin savoir ?
Arnaldur Indridason, Le mur des silences, 2020, Points Seuil 2023, 379 pages, €8,95, e-book Kindle €5,99
(mon commentaire est libre, seuls les liens sont sponsorisés par amazon.fr)
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