Daphne du Maurier, l’Auberge de la Jamaïque

Nous partons pour les landes de Cornouailles où Sherlock Holmes faisait errer son chien des Baskerville. Le vent parcourt toujours les étendues vallonnées où paissent parfois des moutons entre des buissons de genets. Le soleil est revenu depuis la fin de la matinée et rend le paysage bucolique plus qu’inquiétant. Il faut l’imaginer la nuit quand roulent de gros nuages et que la tempête sur la mer prépare les naufrages à voile.

C’est à l’auberge de la Jamaïque, où nous allons, que Daphne du Maurier a situé son roman gothique de naufrageurs. Elle est aujourd’hui l’attraction touristique du lieu, rachetée il y a quelques années pour en faire une sorte de Mourierland avec ses extensions, petit musée, bar, dégustation de fromages, boutique d’artisanat et de produits de ferme. L’exploitation commerciale de ce relais de poste en granit gris, bas de plafond, qui sert de décor au roman de naufrageurs, rabote le côté rude du paysage et de la construction.

L’auberge était isolée dans le roman, quelques maisons se sont construites depuis alentour, et le tout fait partie du village de Bolventor. Des rumeurs complaisamment reprises dans l’auberge font état de fantômes et autres bruits incongrus. Parmi les fantômes, un homme retrouvé mort sur la lande, et deux enfants, une petite fille du temps de Victoria aux longs cheveux blonds bouclés qui rit, et un petit garçon appelé Tommy qui semble avoir 5 ou 6 ans. Il a été aperçu au musée, dans les toilettes des dames et, bien sûr, dans la chambre numéro cinq. Tout cela pour exciter les imaginations et faire vendre, bien entendu. Mais nous n’avons pas dormi à l’Auberge, sait-on jamais ?

Le musée « des naufrageurs » n’a pas beaucoup d’intérêt, il est composé surtout d’images, de photos et d’articles concernant Daphne du Maurier. Mais un piège à homme trône dans l’entrée, une grosse mâchoire d’acier à craquer un tibia comme rien. Le gouvernement, début XIXe, en plaçait sur les hauts de falaise et dans les sentiers menant vers les plages pour dissuader les naufrageurs qui ne pouvaient les voir la nuit. Le musée comprend trois pièces qui recèlent quelques lettres de la Reine, du Prince Philip et du Prince Charles à Daphneet à son mari. On y trouve également des lettres personnelles de Daphne à sa meilleure amie Maureen Baker-Munton, révélant des secrets de sa vie privée, ainsi que de nombreuses photos anciennes d’elle et de sa famille. D’autres illustrations mettent en lumière les expériences de guerre de son mari : Frederick « Boy » Browning, commandant de la 1ère division aéroportée lors de la bataille d’Arnhem, dont le film « Un pont trop loin » est tiré. « L’Auberge de la Jamaïque se dresse aujourd’hui, accueillante et bienveillante, un établissement sans alcool sur la route de vingt miles entre Bodmin et Launceston. Dans le récit d’aventure qui suit, je l’ai imaginée telle qu’elle aurait pu être il y a plus de cent vingt ans ; et bien que des noms de lieux existants figurent dans les pages, les personnages et les événements décrits sont entièrement imaginaires.» Ainsi écrit Daphne du Maurier en 1936 dans la préface de son roman.

Le restaurant « des naufrageurs » sert le pie du jour, mais aussi quelques plats classiques comme saumon, steak, côtelettes d’agneau, salade « Jamaïca Inn Burger », frites, patates rôties, pain à l’ail… La dégustation de fromages, comprise dans le prix d’entrée du billet, consiste en trois sortes produits localement : du brie, du bleu, et du yarg, un fromage à pâte sèche dont la croûte verte a pour origine les orties qui l’enveloppent durant sa maturation. En 1939, Alfred Hitchcock a réalisé en ce lieu son film de même nom que le roman, La Taverne de la Jamaïque. En 2005, la chanteuse Tori Amos a évoqué cette auberge dans sa chanson « Jamaica Inn » de l’ album « The Beekeeper ».


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