
Que penser d’un « conseiller » garde du corps, ex-militaire de la British Army en Irlande du Nord, qui refuse un contrat de tuer de 100 000 $ ? Pour un Américain, cela ne s’est jamais vu ; dans leur mentalité, c’est pratiquement impossible. Et pourtant cela est car nous sommes à Londres, pas à Dallas, et Thomas Lang ne s’achète pas comme un vulgaire amoral yankee.
Pourtant, cette affaire va le mener loin, au travers des services secrets, dans le juteux commerce des armes. Mais non seulement il refuse de tuer Mr Woolf, mais en plus il le prévient ; cela ne se fait pas dans les services parallèle des États-Unis. Pire, il se persuade de tomber amoureux de la fille Woolf, Sarah, aux yeux innocents mais qui apparaîtra sous son vrai jour durant les pages.
Car tout est sens dessus-dessous dans cette histoire, ce pourquoi le lecteur a un peu de mal à accrocher au début. Rien n’est simple, tout se complique. Un marchand d’armes est un commerçant, donc fait du marketing – logique. Pour cela, il engage des gens sans scrupules pour simuler des attentats, afin de prouver l’efficacité des armes qu’il vend – condamnable. Et il n’hésite pas à faire tuer tous ceux qui se mettent en travers de sa route, y compris les attentés lorsque cela sert sa démonstration – ignoble.
C’est de tout cela que Lang devra se débrouiller, avec son caractère de roquet, sa propension à boire trop, à rouler vite en Kawasaki, et son ironie ravageuse. Un exemple parmi d’autres : « Étudiant mon passeport comme si elle n’en avait jamais vu aucun, la fille de la réception m’a soumis pendant vingt minutes la liste phénoménale des choses que les hôteliers suisses tiennent savoir avant de vous laisser dormir dans leur lit. Le deuxième prénom de mon prof de géo en troisième ne m’est pas tout de suite revenu en mémoire, et j’ai franchement hésité sur le code postal de la sage-femme qui a accouché mon arrière-grand-mère. Cela mis à part, je m’en suis tiré haut la main » p.288. Et il commence fort. La première phrase est : « Imaginez que vous deviez casser le bras de quelqu’un ». Cela pose son auteur, non ?
Il pense vite et traduit bien, Thomas Lang. Il se prend des coups et riposte, se fait tabasser et ligoter mais s’en sort. C’est qu’il est précieux : un tireur d’élite incomparable dont le marchand d’armes Pat-Rohnim Murt (Naihm Murdah en version originale) a besoin pour les attentats. Un cosmopolite au nom levantin. Il joue donc le jeu, mais avec l’aval des services britanniques en la personne de son ami David Solomon du ministère de la Défense, qui l’appelle « maître ». Dans ces coups tordus, nul ne sait si les Anglais sont les toutous de l’Oncle Sam ou de perfides albionistes jouant leur propre jeu…
Hugh Laurie n’est pas un inconnu de ceux qui lisent. Né en 1959, Écossais formé à Eton et Cambridge, il a été acteur, notamment de la série célèbre Dr House, mais aussi Peter’s Friend de Kenneth Branagh, Stuart Little de Rob Minkoff, les 101 Dalmatiens de Stephen Herek… Il est chanteur et pianiste, père de trois enfants dont l’aîné va aborder la quarantaine.
Le roman est paru il y a trente ans mais n’a été traduit en français QUE lorsque la notoriété de l’acteur de série a été établie. Misère de la littérature… C’est pourquoi il apparaît un peu décalé, sans smartphone in Internet, ni ADN, ni caméras de surveillance. Un attentat perpétré par les États-Unis, du moins par un puissant magnat privé aidé de services parallèles, était à l’époque audacieux. Les attentats réels du 11-Septembre, qui ont rabattu le caquet des vantards impérialistes et poussés le bon peuple au repli vengeur, a empêché d’en faire un film. Reste le livre : ceux qui lisent encore s’en délecteront. Le roman est régulièrement réédité au Royaume-Uni.
Hugh Laurie, Tout est sous contrôle (The Gun Seller), 1996, Points Seuil 2010, 427 Pages, €10,20, e-book Kindle €7,49
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