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Nuremberg de James Vanderbilt

Nuremberg ? N’allez pas chercher un documentaire, ni une leçon d’histoire. Ce film yankee narcissique est l’adaptation du livre de « non-fiction » Le Nazi et le Psychiatre du journaliste californien Jack El-Hai, paru en 2013, et d’ailleurs cité comme l’un des coproducteurs. Il évoque le psychiatre Douglas McGlashan Kelley (Rami Malek), capitaine du renseignement américain dans le procès du siècle, chargé d’évaluer les officiels nazis capturés pour s’assurer qu’ils soient aptes à comparaître. Jeune et ambitieux, le psychiatre pensait découvrir un trait distinctif chez ces criminels notoires. Y aurait-il un gène nazi ? Une perversion éducative ? Ces gens seraient-ils différents des autres ?

Le psy new-yorkais, adepte de l’illusion et des tours de magie, est affecté par le commandement américain à l’analyse des 22 nazis de haut rang qui doivent être jugés par le premier Tribunal international. Question de droit ou morale universaliste ? Le procureur yankee Robert Jackson (Michael Shannon) s’interroge, mais pas longtemps. Certes, il associe les alliés vainqueurs du nazisme à ce procès, et même le pape Pie XII (Giuseppe Cederna) compromis avec le nazisme « pour sauver les catholiques », mais les États-Unis gardent la haute main, en leaders moraux autoproclamés du monde libre, chargés de mission par rien de moins que Dieu lui-même afin de guider l’Humanité vers la Terre promise. Un orgueil qui le perdra, face à un Hermann Göring intelligent et narcissique (Russell Crowe), Reichsmarschall et numéro deux après Hitler. Il démontre, par le texte écrit, que les Lois de Nuremberg visant les Juifs étaient pour l’émigration et pas pour l’extermination, et que la solution n’était pas « finale », mauvaise traduction de l’allemand, mais « complète » – ce qui déstabilise Robert Jackson. Ce n’est que grâce au procureur anglais sir David Maxwell Fyfe (Richard E. Grant), qui prend la main, que le Gros maréchal sera contré, en lui faisant avouer par narcissisme que, malgré les horreurs de la guerre et des camps, qu’il affectait ne pas connaître, il aurait quand même suivi Hitler jusqu’au bout. Gloire au psy, qui avait suggéré cette tactique.

Très vite, l’action se recentre sur le duo Kelley-Göring, avec l’idée que si le Reichsmarschall flanche, tous les autres suivront. Désintoxication de la morphine, perte de poids, test de Rorschach, échange de bons procédés et de confidences – mais qui manipule l’autre ? Göring ne voit pas des vagins dans toutes les taches d’encre noire de Rorschach, comme certains autres nazis inculpés (un moment d’humour du film). Il analyse lui-même que Kelley n’est rien mais voudrait devenir quelqu’un par son travail sur les nazis ; et que lui, Göring, est devenu tout mais voudrait partir sans être contraint par l’ennemi. Condamné à mort pour crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité et complot, il utilise un tour de magie blanche que lui a obligeamment appris le psy pour subtiliser la capsule de cyanure qui mettra fin à ses jours le 15 octobre 1946 à 53 ans, volontairement, sans l’humiliation de la pendaison publique.

Reste la psychologie. Si Göring est devenu antisémite, c’est par son histoire personnelle. Son parrain Hermann von Epenstein, qui lui a donné son prénom, un ami juif très riche de son père, médecin anobli d’origine juive, a hébergé la famille dans son château récemment acheté de Veldenstein, puis acheté dans la foulée les faveurs de sa mère tous les soirs, tandis que le mari était relégué dans une chambre à l’étage inférieur. Albert, le frère cadet de Hermann, ressemblera étrangement à von Epenstein. L’argent, cette plaie des relations humaines. Quant à Hitler, mauvais peintre, médiocre soldat, il a surtout été celui qui a dit non au traité inique de Versailles dès 1922, et qui a lancé le MAGA allemand : faire une Allemagne à nouveau grande. Ce parallèle avec Trompe et sa bande de techno-fascistes n’est pas un hasard, le film étale leur psychologie en parallèle.

Le sergent Howie Triest (Leo Woodall) qui trimballe le psy Kelley et traduit de l’allemand le révèle : lui l’Américain n’est pas différent des autres Allemands, il est né et a été élevé à Munich jusqu’à l’adolescence où ses parents juifs ont pu obtenir pour lui un visa pour émigrer aux États-Unis, et ainsi le sauver. Tout le monde peut devenir nazi, même un Américain bon teint, il suffit des circonstances : un sentiment de déclin, d’humiliation nationale, le bouc émissaire facile des immigrés (juifs ou latinos ou arabes), la volonté de revanche. Les nazis, hors quelques psychopathes avérés, étaient des gens comme les autres. C’est ce que disaient la philosophe Hannah Arendt et le psychologue Stanley Milgram. Au vu de l’histoire récente, nous sommes tentés de penser la même chose. Trompe n’est-il pas charmeur, mêlé d’intuition politique et de brutalité d’apparatchik, avec le sens du théâtre médiatique – comme Göring ? Ne méprise-t-il pas la démocratie parlementaire au profit d’un régime fort, fondé sur sa personne – comme Göring ? Ne se dit-il pas antidoctrinaire mais patriote – comme Göring ? N’installe-t-il pas déjà des « camps » de migrants à expulser, sans pitié pour les familles séparées ni pour les situations brisées – comme Göring ? Ne répand-t-il pas l’idée que la dégénérescence américaine tient au métissage avec les nègres et les latinos ? Ne pousse-t-il pas à la guerre envers tous les pays rivaux de l’Amérique, en commençant par les ennemis et allant jusqu’aux « alliés » ? Ne veut-il pas « récupérer » comme s’ils étaient américains les territoires « perdus » de l’empire que seraient le Groenland, le Panama, voire Cuba et l’Islande, comme Hitler l’a fait de l’Autriche, des Sudètes et de la moitié de la Pologne ?

N’ayant pu convaincre ses contemporains malgré le maccarthysme quasi fasciste qui sévissait à plein aux États-Unis, dépressif, alcoolique, en proie a de grandes colères, son livre sur les 22 nazis n’ayant pas eu le succès escompté, le psychiatre Douglas McGlashan Kelley a mis fin à ses jours à 45 ans en 1958 – avec une capsule de cyanure, comme Göring. Mais il avait raison, Trompe et sa bande le prouve, le nazisme est dans le fruit.

Si les acteurs charment, Russell Crowe est un Göring trop sage qui n’incarne pas assez la complexité, la bouffonnerie et la vantardise du Reichsmarschall, et Rami Malek a une bouille trop mobile pour ne pas faire songer à un dessin animé, ce qui nuit à son sérieux de psy. Reste que, malgré sa longueur, je ne me suis pas ennuyé dans ce film, et que le message subliminal anti-Trump est bien senti. « Ça c’est passé ainsi parce qu’ils ont laissé faire. Quand ils ont voulu se rebeller, c’était trop tard »...

DVD Nuremberg, James Vanderbilt, 2025, avec Rami Malek, Richard E. Grant, Russell Crowe, Nour Films 2026, doublé anglais, français, 3h08, €15,50, Blu-ray €18,29

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