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Château de Commarque

La Ferme fleurie, chambres et gîte à La Roque Gageac, où nous allons loger le temps du séjour est tenue par un jeune couple, Martine et Alain, qui a deux enfants, une fille et un garçon. Simon, dans les 10 ans, est très pâle et un peu replet. La grand-mère Fanny tient la cuisine et le papy Sébastien, qui est un papy recomposé, tient la pépinière où il vend des roses et autres plantes. Il a planté un « arbre aux Kleenex » dont le nom scientifique est Davidia involucrata. Lors de la floraison, les pétales font comme une suite de mouchoirs entre les branches. Il s’est installé ici en 2006.

Très en verve, avé l’assent ! il adore raconter des histoires et c’est plus la manière dont il raconte qui retient l’attention plutôt que ce qu’il dit. Il nous offre chaque soir un apéritif, pour cette première fois un vin de noix. Le menu de ce premier dîner est servi ce soir sous les tilleuls et le catalpa ; il fait encore beau. Il est composé de rillettes de canard avec des cornichons, de veau marengo et d’un moelleux aux châtaignes.

Nous partons en minibus Renault Trafic pour l’église Saint-Marcel de Sireuil que nous visitons rapidement. Saint-Marcel est statufié avec son dragon au pied. Un gros monument en béton au carrefour célèbre « la Vénus de Sireuil » – qui n’a rien d’une Vénus – découverte par hasard en 1900 sous la roue d’une charrette dans l’ornière d’un chemin. C’est une femme de 91 cm de haut d’il y a 25 000 ans aux attributs féconds hypertrophiés, sculptée dans un calcaire translucide. On y admire surtout des seins, un ventre, un pubis et des fesses. Ni tête, ni membres – pas utile pour pondre. Les féministes d’aujourd’hui doivent enrager.

Nous prenons ensuite un chemin forestier jusqu’au château, à quelques heures de marche surtout dans la forêt. Nous sommes sous le charme, mais aussi sous le chêne, le châtaignier, le merisier, et l’érable de Montpellier aux feuilles plus petites que l’érable habituel. La forêt est entretenue et il y a de l’essartage par endroit. Nous sommes toujours à l’ombre et la chaleur est lourde, nous faisant transpirer et consommer largement le litre et demi d’eau emporté pour la journée.

Le château de Commarque, sur la rive sud de la Beune, n’est pas initialement un château défensif mais un lieu de pouvoir et de prestige. La première tour a été construite au XIIe siècle pour marquer le territoire, ensuite seulement le château alentour lorsqu’il s’est agi de se défendre contre les Anglais durant la guerre de 100 ans. Le terme « Anglais » n’implique pas des gens venus de l’île de Grande-Bretagne mais le plus souvent des Français partisans du duc de Gascogne qui était aussi roi d’Angleterre. Des parties du château étaient confiées à des « capitaines », chevaliers ou non, chargés de défendre leur point tandis que le donjon constituait le rempart ultime. Vers 1170, le seigneur fut capturé par traîtrise. La rançon demandée était énorme et la famille a perdu le château. Il a été racheté par des descendants depuis 1250 de la famille des Commarque.

Nous montons au plus haut du donjon où l’on a un sentiment de puissance en même temps qu’un certain vertige qui prend aux reins. Le dernier escalier est sur le vide, malgré des rambardes métalliques. Collés comme des chancres sur les murailles, des chiottes ouvertes sur le vide permettaient d’emmerder les ennemis. Elles étaient placées en décalé d’un étage à l’autre pour ne pas que le chieur du dessous en prenne sur la gueule. Ingénieux ! On les voit très bien depuis le pied du rempart.

Depuis le bas, trois étages coexistent : une grotte préhistorique avec des animaux gravés dont un superbe cheval ; un abri sous roche juste au-dessus qui a servi d’habitation au Moyen Âge ; enfin le château lui-même édifié sur les rochers par-dessus. Un petit film sur la grotte, aujourd’hui inaccessible au public car trop étroite, montre les gravures et la topographie. En face, sur le flanc de l’autre colline, s’élève le château de Laussel, sur l’autre rive de la Beune, datant du XVe siècle avant des remaniements au XIXe. Nous n’irons pas.

Bruno notre guide est venu souvent en vacances lorsqu’il était enfant puis adolescent depuis Bordeaux. Sa famille était du coin. Il a joué dans les ruines, bien conservées car loin de tout village qui aurait pu piquer les pierres et s’en servir de carrière pour bâtir la maison. Le lieu a été recouvert par la végétation jusque dans les années 1960. La tour a été condamnée longtemps, après la mort de deux scouts tombés depuis le haut lors d’un jeu de nuit. C’était l’époque de La bande des Ayacks, amitiés garçonnières, jambes nues et chemise ouverte.

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