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Aventure amazonienne au Venezuela

Le Venezuela est à la mode, pour son malheur. Le chavisme, ce communisme maoïste primaire dont se réclame Mélenchon, est un échec retentissant. Je suis allé en 2004 dans ce pays, qui n’est plus visitable pour un moment, bien que figurant toujours au catalogue du voyagiste Terre d’aventures – mais sans la partie sur l’Orénoque parmi les Indiens.

Etait-ce la lecture, vers 12 ans, de L’expédition Orénoque-Amazone d’Alain Gheerbrant, effectuée de 1948 à 1950 et parue en Livre de Poche en 1964 ? Mon père m’avait offert ce livre, qui actualisait Jules Verne. J’avais lu La Jangada, roman qui se passe principalement sur un radeau sur l’Amazone. Pour moi enfant, l’Amazonie et sa jungle représentait la quintessence du milieu aventureux, la nature dans son exubérance, les hommes et les bêtes dans leur naturelle sauvagerie. L’intelligence de l’explorateur devait suppléer à ces obstacles, à cette indifférence suprême de la nature qui se contente de croître et de dépenser sa vitalité par toutes ses formes. Alain Gheerbrant et ses compagnons étaient peut-être les derniers explorateurs de ce siècle où je suis né, en des terres inconnues, parmi de vrais « sauvages » qui n’avaient jamais rencontré de Blancs et vivaient nus « comme des cochons », selon leurs cousins missionnarisés et habillés.

Le trek prévu au Venezuela en mars 2004 ne va pas dans les forêts profondes, inaccessibles, qu’a parcourues Gheerbrant parmi les Indiens. Lui est passé à l’extrême sud du Venezuela, dans la Sierra Parima ; nous irons plus à l’est, à la frontière brésilienne. Nous finirons dans le delta de l’Orénoque, parmi les Indiens proches de la côte, largement en contact avec la civilisation depuis des dizaines d’années.

L’avion décolle à 6h40 pour Amsterdam. Nous avons deux heures d’escale à errer parmi les harengs sous vitrine et les CD à bas prix avant de prendre un Boeing 767 pour Caracas. Le vol est rempli de Chinois qui vont – ou reviennent – en famille à Cuba. La propension du président du Venezuela Hugo Chavez de prendre modèle sur Fidel Castro explique que Caracas soit devenue un hub pour l’île caraïbe.

Je suis assis dans l’avion entre un membre du groupe et un Roumain qui retourne au Venezuela en touriste. Christian, né en 1936, veut « grimper le Roraïma » malgré ses 68 ans. L’autre voisin, à ma droite, engage la conversation en anglais. Je crois avoir compris qu’il travaille « dans les affaires » mais il me dit aussi que « quand il était dans l’armée », il a fait un exercice à la frontière pakistanaise. Il va au Venezuela pour voir les filles – plus faciles et plus plantureuses que chez lui, le rhum et le soleil en plus. Faut-il le croire ? Il me tient une conversation fumeuse sur Bush, la CIA, la déstabilisation de l’Amérique latine et de l’Irak. Il en ressort – et c’est intéressant – une vision d’Europe centrale des relations internationales, alimentée des documentaires de Discovery Channel sur un substrat d’éducation totalitaire. La paranoïa et la théorie du complot y tiennent une grande place. Elevé en dictature, on ne peut imaginer que le monde marche tout seul : il lui faut des responsables. Bien sûr, « l’information est manipulée » et « les hommes ne sont pas ce qu’ils paraissent ». Ainsi, le 11-Septembre ne serait pas l’œuvre de Ben Laden : « il a remercié ceux qui l’ont accompli, mais il n’a pas dit que c’était lui – c’est donc un coup de la CIA. » Pourquoi ? « – mais pour pousser les Conservateurs au pouvoir et favoriser les dépenses militaires ». C’est tellement « évident » qu’il n’y a rien à discuter, et je m’arrête là.

Il est intéressant de noter que cette observation de 2004 se révèle en grand en 2019 : les pays ex-soviétiques d’Europe centrale sont frileux, paranoïaques, complotistes. Ils élisent des réactionnaires à poigne pour les « protéger » comme du temps de papa Staline, tant ils sont effrayés du monde.

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