Articles tagués : hotel cositel

Départ pour le Cotentin

En ces temps où le confinement empêche quiconque de voyager pour un temps, j’éprouve l’envie de me remémorer la Normandie l’été dernier. Dans la banlieue d’Île-de-France où je suis ces temps-ci, deux petits voisins normands s’ébattaient au jardin ce dimanche, jour d’élection. Ils jardinaient. L’un de 7 ans et l’autre de 17 ; ils avaient ôté leur tee-shirt pour prendre le soleil, signe de vie qui continue, vigoureuse et saine.

Me voici donc embarqué pour cinq jours avec la Compagnie des sentiers maritimes, agence de voyages fondée en 1993 en Bretagne, pour un périple à pieds Coutances-Grandville-Mont Saint-Michel par les grèves. Le suivi du sentier du littoral, baptisé GR 223 peut se faire tout seul, mais je préfère être en groupe. Le rendez-vous est donné en fin d’après-midi à l’hôtel Cositel de Coutances (le nom gaulois de la ville). Situé un peu à l’écart de la ville, dans un bosquet d’arbres avec un grand parking, il est calme et flanqué d’une terrasse à ciel ouvert avec bassin aux carpes. Il est en outre facile à trouver, même sans GPS, car situé juste après les stades et la piscine municipale, lieux clairement indiqués par les panneaux indicateurs.

Je choisis la voiture plutôt que le train au vu des sempiternels ennuis SNCF : prix plus élevé aller et retour que le seul carburant, changement à Caen, longueur du trajet presque équivalente à l’auto. Sans parler des retards ou des grèves pour rien, avec la trop connue liste de prétextes : trop chaud pour les caténaires, trop froid pour les rails, incendie sur la voie, arbres tombés, feu de broussailles, personnes sur les rails, problème voyageur, incident technique, retard dû au trafic… cochez la case utile. Quatre sont venus par le train depuis Paris et ont d’ailleurs subi un retard de près d’une heure en raison de « gens sur les voies ».

En voiture, j’ai eu le plaisir du paysage, les champs de blé fauchés, les prés verts et les bosquets du Perche, les vallonnements normands. Vitres fermées, climatisation légère, je glisse, avec ou sans musique, de façon feutrée aux vitesses limites. Les écolos ont fort à faire pour prouver aujourd’hui que le train, avec le monopole centralisé de la SNCF et la mainmise des syndicats, est préférable à l’automobile. Même seul. Pour aller à Coutances, je n’ai pas besoin d’autoroute : la N12, Dreux, Argentan, Flers, Vire, Villedieu-les-Poêles. Les routes permettent le 110 km/h, le 90, le 80, 70 en agglomération et 50 dans les villes, voire 30 parfois. Je découvre le ridicule des ronds-points. Toutes les petites villes en ont dans leur zone industrielle, parfois cinq ou six en enfilade tous les 500 m ! J’arrive tôt, vers 16 h, après deux pauses. Il fait beau, assez chaud, mais une courte pluie s’invite en fin d’après-midi.

A mon arrivée, une seule voiture sur le parking : l’hôtel se remplira le soir. Il semble que les voyageurs ne soient ici que de passage pour une ou deux nuits. La chambre sent le renfermé, pas utilisée depuis un moment ; elle ne comporte ni frigo, ni climatisation – il est vrai que le climat ne l’exige pas, hivers humides, étés doux. Cet hôtel me semble en sous-utilisation bien qu’à peine plus cher qu’un gîte : de 70 à 106 euros la chambre. L’hôtesse m’annonce que le rendez-vous est finalement fixé à 18h45 dans le hall. J’ai le temps de me rafraîchir et de ranger mes affaires.

Nous sommes neuf avec le guide, museau fin et jambes sèches, grand mais avec un léger bedon, arborant une tignasse bouclée poivre et sel, une barbe d’une semaine et de petites lunettes rondes qu’il masque parfois de plus larges lunettes noires. Il est diplômé accompagnateur de moyenne montagne. Pour le reste nous sommes deux garçons et six filles – plutôt mûres. La doyenne a 77 ans et a commencé à travailler à 15 ans. Elle a pris le train et est passé par Rennes et elle a dû changer de train à Grandville. Trois travaillent à l’Education nationale, une dans l’informatique et une dernière dans la formation.

Avec sa curieuse façon de présenter les choses, le guide ouvre une bouteille de cidre en « apéritif » (pour neuf), en précisant bien que c’est exceptionnel, que cela fait un trou dans le budget, et que nous devons apprécier comme il se doit cette attention inattendue. Ce ne sera que la première fois qu’il usera de cette ironie à l’envers qui prend les gens à rebours et le dessert plutôt. Le cidre bio du coin racle plutôt les intestins et fait aller rapidement aux toilettes ; il est heureux que nous n’en ayons eu qu’un demi-verre. Maniant toujours le paradoxe, il nous parle du séjour. Pour le situer, il déplie une grande carte… de l’Europe. Il présente l’essaimage viking puis explique les fortes marées par le plateau continental augmenté de la barre du Cotentin qui resserre les eaux dans la Manche. Il n’y aurait qu’un seul autre endroit dans le monde où les marées seraient aussi fortes. Notre marche se fera « selon les astres », ce qui signifie moins les étoiles que la lune et le soleil qui influent sur les marées. Le guide insiste sur la lumière changeante et toujours vive du Cotentin qui a inspiré les peintres. Il n’y a pas de peintre parmi nous, la race des amateurs se perd.

Sur ces hautes considérations, nous allons dîner. Il suffit de faire cinq mètres et de passer une porte pour nous retrouver dans le restaurant de l’hôtel. Le menu est mi-normand, mi-international, chacun peut choisir un plat parmi trois ou quatre. Je choisis la version locale : saumon fumé, cabillaud à la crème, les trois fromages de Normandie sur salade (camembert, pont l’évêque, livarot).

Catégories : normandie, Voyages | Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , | Poster un commentaire