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Port-Racine

Le Renault nous conduit au plus petit port actif de France, Port–Racine. Son nom vient du corsaire François-Médard Racine qui y avait son antre sous Napo Un. Traquant les navires anglais en 1813, il a trouvé à planquer son corsaire nommé L’Embuscade dans ce havre minuscule et isolé de 8 ares. 

Les aussières qui amarrent les canots de longueur de 5.50 m maximum forment un véritable filet par-dessus les jetées perpendiculaires. Prévert aimait beaucoup cet endroit.

Deux jeunes garçons se baignent et ressortent ruisselants mais bronzés.

L’une d’entre nous, se préoccupe d’un petit dans les 6 ans, en gilet de sauvetage, qui porte fièrement les rames du canot de son papa. Lequel l’embarque pour aller au large à la rame, jusqu’au dinghy à moteur amarré à une bouée. Ils reviendront avec et le petit rejoindra un plus grand, dans les 9 ans tout blond, resté avec le grand-père. Sans doute des sociétaires de l’association qui gère le petit port.

Nous prenons le pique-nique sur les galets au bord de l’eau, le long de la digue. Il s’agit cette fois d’une pizza froide toute faite au chèvre et tomates (un brin molle et fade), d’une salade de couscous aux pois chiches avec oignons doux et menthe, d’une part de melon jaune et d’un fromage du Mont-Saint-Michel. En apéritif, offert par la guide, du pommeau de Normandie. Avec le fromage, nous buvons le reste de Gaillac car le groupe est très sobre et n’a pas fini la bouteille hier.

Le voyage se termine à Port-Racine, ce fut un grand bol d’air pour pas cher en temps de pandémie.

FIN

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Auderville

Nous partons pour ce village où la SNSM a installé son bateau apte à intervenir sur les dangers du raz Blanchard dont le courant peut atteindre 12 nœuds. Protégé dans un bâtiment en forme de tour octogonale, deux rails perpendiculaires lui permettent par une plaque tournante de sortir par tous les temps et quelle que soit la marée. Le phare de Goury (ou de la Hague) depuis 1837 s’érige toujours en bâton mâle au-dessus des flots, cette fois écumants. Car il y a du vent, un bon force six à sept car cela moutonne fort sur la mer.

Nous suivons le sentier du Cap de La Hague, « le bout du bout » selon la formule à la mode de la guide. Le vent nous fait pleurer et empêche quasiment toute conversation. Nous comprenons tout l’intérêt des murets de pierres sèches qui brisent le souffle asséchant et retiennent l’humidité. Mais, dans un chemin creux qui remonte, la guide croise un organisateur dans l’Aubrac pour qui elle a travaillé. Le lascar aux dents écartées, « en récup », ne tarde pas à nous faire de la retape pour son coin de campagne, évidemment « très beau » comme il se doit.

Nous marchons environ 3h30 avec le retour par le village d’Auderville et le sémaphore de la Marine nationale où Edouard Branly (le fameux du quai parisien) a lancé ses premiers essais du télégraphe sans fil en 1902. Dans le village d’Auderville, la guide nous montre la maison de Paul, le héros du biopic Paul dans sa vie réalisé par Rémi Mauger en 2004, prix du meilleur documentaire du Syndicat français de la critique de cinéma en 2006. Paul Bedel est mort à 88 ans en 2018 ; il avait rencontré Jacques Chirac, l’amateur du cul des vaches, à l’Elysée.

Sur le souvenir de Miss M., quelqu’un lui en a parlé, nous visitons le tunnel du hameau de Laye, construit dans la falaise par les Allemands durant la dernière guerre. Il servait à abriter les ouvriers chargés d’élever les blockhaus. Il comprenait trois chambres qui sont aujourd’hui fermées au public – par sécurité, principe de précaution oblige – mais aussi pour préserver les chauves-souris qui y nichent et qui détestent être dérangées durant leur sommeil le jour. Six espèces, insectivores et protégées, cohabitent en toute tranquillité. Nous passons dans le tunnel obscur, éclairés par les lampes de téléphones mobiles. Hors le frisson du noir, ce tube de béton brut n’a aucun intérêt.

Le vent est toujours à décorner les bœufs et, passé le sémaphore, une dunette de galets rend la fin de marche pénible. Le vent en courant d’air constant non seulement nous aveugle de larmes mais nous déporte tant il est fort. Des oiseaux passent dans le ciel et s’amusent. Miss M. en profite pour citer le sketch des Inconnus sur la Gallinette cendrée, mais l’assistance semble être trop jeune pour se souvenir de ce morceau d’anthologie. Face au Far, un monument et une croix aux sous-mariniers morts pendant la guerre de 14 s’élève. Le sous-marin a éperonné un cuirassé ici même.

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Maison Jean-François Millet

Au hameau de Gruchy, dans la commune de Gréville–Hague, la maison natale de Jean-François Millet fait partie des sites et musées du département de la Manche. Depuis le parking, la rue en pente conduit sur la gauche à l’ancienne ferme à une centaine de mètres. A la sortie du parc est érigé le visage en bronze du barbu par Marcel Jacques en 1898. Fondue en 1941, c’est désormais une copie. Elle comporte deux dates : 1814-1875 – à peine un demi-siècle ; cet homme est mort trop tôt, à 60 ans. Il est de taille moyenne mais robuste, à encolure de taureau, très velu et barbu, les yeux bleus peu ouverts mais vifs, selon un critique du temps.

C’est dans cette Maison au puits – où le puits a disparu – qu’est né premier fils le peintre Jean-François le 4 octobre 1814 dans une famille paysanne très pieuse. Le hameau ne comportait alors guère plus de vingt à vingt-cinq familles. Il vit enfant en fermier, berger puis laboureur, il habite l’étage car le rez-de-chaussée était réservé au commun, et aide aux travaux des champs jusqu’à 20 ans. Il est envoyé à Cherbourg apprendre le dessin, puisqu’il est doué, auprès de Paul Dumouchel de l’école de David. Il monte à Paris grâce aux aides du conseil municipal de Cherbourg et du conseil général de la Manche en 1837 pour étudier aux Beaux-Arts. Ce n’est qu’à 26 ans que son Portrait de Madame Lefranc est sélectionné au Salon de 1840 ce qui lui permet d’entamer une carrière de peintre. Il se marie, sa femme meurt de tuberculose ; il se remarie à Cherbourg avec une ancienne servante, Catherine, et lui fait neuf enfants. Quiconque aime la vie et l’humain aime les enfants.

Il peint des enfants mignards et des femmes nues, ce qui lui permet de vivre modestement. C’est en 1848 avec Le Vanneur qu’il commence ses tableaux paysans, frappé par la misère à la terre sous Louis-Philippe. Il s’installe à Barbizon en 1849, à 35 ans, et ne revient qu’en de rares occasions dans son village. Sa famille n’était pas pauvre, son père possédait une dizaine d’hectares, et des grands oncles étaient lettrés, prêtre ou profs.

Une tempête de 1866 mettra à bas le vieil orme « rongé du vent » que l’enfant affectionnait au bout du village, vers ces « espaces qui m’avez tant fait rêver quand j’étais enfant », écrit-il dans une lettre à son mécène Alfred Sensier du 3 janvier 1866. Un espace qui demeure, une fois passé le hameau, un espace qui me fait rêver aussi. Une atmosphère de Club des Cinq, lecture d’enfant qui m’a marqué à vie. Une même atmosphère vivifiante de mer et de vent, de prairies odorantes et de vagues au soleil, une amitié en bande, tout un univers affectif lié au paysage, à l’espace. Au loin la mer infinie dans un ciel à perte de vue jusque dans l’au-delà perdu dans la brume.

Contrairement à celle de Prévert, la maison Millet comporte des objets du temps notamment un vaisselier, un rouet et une cheminée dans la salle commune. Les travaux agricoles et domestiques y sont évoqués non seulement par des peintures mais aussi par des instruments aratoires à l’étage. Pour 3 €, avec la réduction du Passe permis par notre première visite à Prévert, il y a plus de choses à voir et qui sont mieux présentées.

J’avoue qu’avant de regarder un court reportage de télévision sur ce village et ce peintre, je ne connaissais pas Jean-François Millet, sauf par l’Angélus très célèbre et les Glaneuses. L’Angélus est le symbole de la mentalité paysanne de la IIIe République, l’ordre éternel des champs, la régénération par les campagnes après l’humiliante défaite de 1870 : la terre ne ment pas, symbole de la patrie charnelle et de sa morale de l’effort obstiné et de l’épargne – thèmes que reprendra Pétain sur ses vieux ans. Le tableau figurait à ce titre dans les manuels du primaire. Quand l’Angélus part aux Etats-Unis, c’est un arrachement – mais aucun bourgeois français n’en a voulu. Toute une salle lui est consacré, montrant combien la peinture a dépassé le peintre et s’est déclinée sur différentes choses de décoration courante telles les porcelaines, les boules de mariage, les assiettes et même les statues en bronze pour les cheminées des maisons bourgeoises.

Diverses reproductions de tableaux figurent avec leurs explications car les originaux sont le plus souvent à Boston ou dans d’autres musées américains. D’amusants panneaux en fer découpé ornent le pied des maisons du hameau de Gruchy en souvenir des peintures de Jean-François inspirées par la vie paysanne lorsqu’il revenait chez lui. Ainsi la Maison au puits, située en face de la ferme Millet, fait figurer un petit enfant en train de pisser tout nu que sa mère tient par la chemise relevée. Une autre scène montre trois petites filles prêtes à goûter. Millet est un peintre qui aime le réel et qui aime l’humain.

Il est aussi spiritualiste, selon Barbey d’Aurevilly cité sur un panneau : l’Angélus n’est pas réalisme mais réalité – ce qui comprend aussi le spirituel. Les paysans ne sont pas des brutes, même s’ils sont frustes, ce que ne peut accepter le snobisme arriviste des intellos du temps qui voulaient se distinguer du commun. Le paysan comme mythe ou héros est inconcevable, c’est renier l’antique, le classique, le bourgeois qui veut s’élever. Et pourtant cela est – d’évidence. D’où la haine irrationnelle, sociale, des critiques d’art contemporains de Millet. Les Glaneuses, c’est la distance sociale révélée d’un coup d’œil, le travail, la misère non misérabiliste, l’honneur du labeur.

Nous dînons au restaurant à Omonville-la-Rogue comme hier, mais pas au même endroit. Bien que toujours sur le port, il s’agit cette fois du Café du port, nettement plus relevé. Un goéland massif, bien planté sur ses pattes, semble surveiller l’endroit est c’est en effet ce qu’il fait car Jojo le goéland, sauvé de la famine, empêche les autres oiseaux voraces de venir piquer les consommations des gens en terrasse. Le menu est à 29 €, plus cher de 7 € qu’hier, mais nettement meilleur. Cela dans un décor plus intime et boiseries à l’étage. Mon choix de menu comprend six huîtres de Saint-Vaast, le cabillaud du jour servi au gratin dauphinois et merveilleusement cuit, un moelleux au chocolat avec une boule de glace. Accompagné d’une bière normande artisanale bio ambrée de la brasserie de Sutter à Gisors. Elle est facturée au restaurant 6 € contre 3.10 € en boutique, doublement normal des produits. C’est l’Ictis à la tête de chat – « révélons l’animal qui est en nous » est-il gravé sur la bouteille. Elle titre 6.2° et se révèle fort agréable, l’avoine apporte de la douceur. L’oncle, la tante et la nièce prennent chacun une coupe de champagne.

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Maison de Jacques Prévert

Nous rejoignons le parking sur la baie d’Escalgrain pour des étirements en plein vent devant les spectateurs qui ne cessent de passer sur la route, et un verre de cidre offert par la guide. Le Renault nous ramène à Omonville-la-Petite avant 18 heures, heure de fermeture, pour voir la maison de Jacques Prévert. Nous rentrerons à l’hôtel à pied, il n’est guère qu’à 500 m de là.

Le poète, qui a connu le cap de La Hague dans les années 1930, a passé ici les dernières années de sa vie. Il achète la maison en 1970 et termine son existence par un cancer du fumeur en 1977, à 77 ans. Il effectue les travaux conjointement avec son ami décorateur de cinéma Alexandre Trauner qui n’habite pas très loin. Tout commence par un beau jardin ombragé aux hortensias blancs et roses, aux agapanthes dressées et à la rhubarbe géante gomera du Brésil. Un grand arbre ombrage la pelouse pour les heures chaudes. Trois petits mulâtres excités courent sur la pelouse, régentés par une matrone blanche. La maison est petite, nichée au fond et précédée d’une allée de graviers blancs. La façade est de grès gris de Normandie, courante dans le village.

L’intérieur est en revanche décevant. Il n’y a plus aucun meuble, seulement de rares photos d’enfance avec son frère Pierre, des panneaux d’exposition sur le cinéma, quelques dessins. A l’étage sont des poèmes tapés à la machine que l’on peut voir accumulés dans les tiroirs. Dans les années 1930 et 1940, Jacques Prévert créait les scénarios et Pierre Prévert la mise en scène de films bien oubliés sauf ceux réalisés par Marcel Carné (Drôle de drame, Quai des brumes, Le jour se lève, Les visiteurs du soir, Les enfants du paradis).

Une grande salle au rez-de-chaussée est ouverte sur le jardin fleuri, deux chambres à l’étage dont la chambre d’ami toute petite et celle de Jacques Prévert dont un mur entier est formé de placards. L’une des portes ouvre sur la salle de bain ce que l’on ne peut même pas voir. Un bureau lumineux comprend une longue table sur tréteaux où figurent des dessins tandis qu’autour pendent des décors accrochés au plafond devant une cheminée dessinée par un artiste. Un ange en bois clairement sexué virevolte au-dessus des têtes, niant les débats sur le sexe des anges : il est ici nettement masculin. L’une d’entre nous collectionne les anges et les images de sainte Thérèse de Lisieux.

La cuisine a été rajoutée à l’arrière de la maison dans un ancien chemin. Elle n’est qu’en rez-de-chaussée avec une verrière pour l’éclairage et visible depuis les fenêtres de l’étage. L’entrée est à 5€ et c’est assez trompeur car ne figure ici rien de personnel. Tout ça pour ça… L’intérêt principal du Patrimoine semble être la boutique de vente des œuvres de Prévert et de souvenirs, et les expositions temporaires. Une vidéo d’une dizaine de minutes rappelle la vie et l’œuvre de Jacques Prévert.

Nous sommes trois à aller directement au cimetière, devant l’église Saint-Martin. Cet évêque sanctifié de la ville de Tours, qui a partagé son manteau avec un pauvre, est le patron du lieu et même l’anse face à l’hôtel s’appelle Saint-Martin. La façade de l’hôtel comporte d’ailleurs en référence un panneau de pierre gravée représentant Saint-Martin à cheval, coupant de son épée son manteau en deux devant un pauvre hère entièrement nu.

Jacques Prévert, mort d’un cancer du poumon pour avoir fumé comme un pompier en rut, repose juste à l’entrée du cimetière avec sa femme Janine morte en 1993 et leur fille Michèle, décédée en 1986. Des stèles de pierres dressées sont gravées de leurs noms peints en vert. Au bas est un jardin planté de fleurs. De petits cairns de la superstition à la mode anglo-culcul sont agencés sur les dalles dressées par les touristes qui disent ainsi « je suis passé ». L’église, restaurée en 2012, est lumineuse mais austère. Les vitraux sont modernes. Et le masque obligatoire même quand il n’y a personne.

Nous apprendrons le soir que la mère de la patronne de l’hôtel a connu Nénette, la lavandière devenue bonne à tout faire des Prévert. Des gens célèbres ont fréquenté notre hôtel de La roche du Marais et des affiches dédicacées le rappellent.

La soirée est au restaurant pour manger des « moules–frites », réclamées paraît-il par un groupe une année précédente. Drôle d’idée. Il y a autre chose pour ceux qui n’aiment pas les moules ou ceux qui n’aiment pas les frites, ou ont peur de grossir. Le Renault nous conduit donc sur le parking d’Omonville-la-Rogue au Mar-Bella, restaurant tenu par Gabin Garcia face au port du Hable. Il y a des moules et des frites mais aussi des poissons (du jour ou non) à la plancha. La cuisine est plutôt méditerranéenne bien que l’on propose deux sortes de moules, à la normande avec de la crème, ou marinière classique au vin blanc (on lui a montré la bouteille plutôt que d’en verser dedans). La bassine de moules est bien servie et le saladier de frites de même. Je prends une bière pression Grimbergen avec tout cela, mais pas de dessert. La nourriture et l’alcool mettent en joie les filles. C’est la grosse rigolade avec Miss M. en vedette, toujours à chercher à quelle actrice ressemble Unetelle ; les hommes sont épargnés, faute de références peut-être. Nous sommes assez fatigués et, en ressortant, le froid nous saisit bien qu’il fasse doux pour la saison.

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Nez de Jobourg

Après le petit déjeuner-buffet à l’hôtel, le Renault nous emporte en 20 minutes sur un parking proche de Jobourg. Nous suivons le sentier de la falaise. Il y a du vent et quelque pluie mais le vent chasse les grains et le soleil apparaît assez souvent. Nous partons à pied de la baie d’Ecalgrain, dont le nom vient des graines « écalées », ce qui veut dire moulues, en référence aux moulins-à-vent qui autrefois peuplaient cet endroit à l’atmosphère très agitée. Nous aurons d’ailleurs du vent à l’arrivée comme au retour. Nous voyons sur la mer le phare de Goury dressé comme un dard viril autour des friselis des vagues. Le ciel est très bleu donc la mer aussi aujourd’hui.

Après le Nez de Voidries qui limite la baie d’Escalgrain, le Nez de Jobourg, 127 m au-dessus de la mer, ressemble à un vieux saurien assoupi, le bec dans l’eau. Il fait un dragon plus plausible que les fameux mugissements qu’évoquait la guide hier. Le saint a pu enchaîner bien mieux le dragon de pierre que les bruits de la mer – d’autant que les trois grottes sous le cap servaient aux contrebandiers qui avaient intérêt à entretenir la terreur. Au large, le raz Blanchard s’étend entre la Hague et Aurigny l’anglo-normande, dont nous apercevons la silhouette engourdie dans la brume. Nous croisons des familles, des couples dont un jeune avec un énorme chien allemand de race Leonberg qui ressemble à un ours et peut peser jusqu’à 80 kg. Ce croisement de Terre-Neuve et de Saint-Bernard nage très bien et sert au sauvetage en mer, nous dit la fille, ayant ramené dans sa gueule un bateau rempli d’une dizaine de personnes à l’entraînement. Il serait assez sociable et patient avec les enfants.

Nous faisons le tour du Nez (du norrois nes qui veut dire « cap »), qui n’est pas accessible aux promeneurs. De dos, il figure vraiment une colonne vertébrale terminée par une tête serpentine. Planent dans le ciel, en se jouant des courants de l’air, « les trois sortes » de goélands selon la guide (le grand, l’argenté et le marin), des mouettes (qui sont en fait des goélands plus petits), des cormorans huppés, des fulmars et même des fous de Bassan qui plongent à pic dans l’eau pour piquer un poisson. Nous avons vu un épervier crier sur la falaise. Le cap est une réserve ornithologique protégée.

Nous pique-niquons après le Nez en descendant sur une plage peu accessible. La guide a tracé un sentier dans les herbes et la gadoue qui vient se jeter la dans la mer. La copine en profite pour rouler sur les galets les quatre fers en l’air, sans aucun mal heureusement. La guide nous a préparé cette fois-ci une salade de tomates poivron vert, olives noires, féta et aneth (pour changer du basilic ?). Elle a acheté des tranches fines de rosbif à placer entre deux tranches de pain avec un peu de moutarde. Nous avons des chips, du camembert, une compote de pommes chacun, plus le petit tube de café moulu à diluer dans l’eau chaude. Une famille avec deux ados, une fille de 15 ans et un garçon de 13 ans, viennent croquer un sandwich sur les rochers à côté. Les ados, évidemment munis de smartphones, font des vidéos de la mer et des vagues ou des photos des parents. Ils sont blonds, vikings et plutôt sages.

Au loin sur le plateau, nous pouvons voir en contre-jour les tours du centre de retraitement du combustible nucléaire usé de La Hague, inauguré en 1966 et exploitée désormais par Orano. Plus vers le sud, nous pouvons entrevoir Flamanville où se construit depuis fin 2007 la centrale nucléaire EPR de nouvelle génération. Elle n’est que la troisième tranche de réacteurs à eau pressurisée dont deux sont en service depuis 1986 et fournissent chacun une puissance de 1330 MW sur le réseau électrique. La prochaine tranche en fournira 1650… quand toutes les questions et tous les problèmes seront (enfin) résolus !

Nous quittons le GR côtier pour bifurquer vers le plateau. Le sentier devient vite en chemin creux ouvert sur la lande. La guide nous montre les roches de gneiss icartiens datant du Précambrien il y à 2 milliards d’années, les plus anciennes affleurant en France. Les bruyères en fleur font un tapis mauve plus bel effet milieu du genet européen dit « à balais » déjà fané et des genets épineux aux fleurs jaunes éclatantes. Quelques digitales pourpres, des orchis et de la guimauve complètent la palette de couleurs au milieu des fougères et de l’herbe rase. Dans le sentier encaissé et caillouteux, les bâtons sont non seulement inutiles mais embarrassent.

Après le « Hameau Mouchel – Croûte à l’âne », dans un petit village paysan aux maisons de grès de plus en plus restaurées en résidences secondaires, probablement le village de Jobourg, un four à pain est entretenu par le Patrimoine. Une fenêtre permet de voir la voûte en terre réfractaire. La guide engage la conversation avec un moustachu qui n’est pas d’ici mais possède un bateau dans le port le plus proche. Il est accompagné d’une femme d’un certain âge qui jardine et d’une autre plus jeune au beau bébé blond qui cligne des yeux au soleil, un vrai petit Normand. La femme nous ouvre la porte du four à pain avec une clé, ce qui nous permet de voir la réserve de bois et l’entrée du four. L’endroit se visite mais il n’y a pas grand-chose à dire. Le moustachu dit que ce four « conservé » ne sert qu’aux yeux des (rares) touristes et déclare faire du pain dans sa cocotte-minute en bateau, ce qui est assez courant chez les marins mais étonne encore les citadines. Une fois la pâte préparée, pétrie et reposée (une nuit), il faut la poser dans la cocotte-minute huilée et faire lever à feu très doux une demi-heure. Puis fermer la cocotte et cuire 30 min toujours à feu très doux, sans la soupape. Ouvrir, ôter le pain, huiler à nouveau le fond, refermer et cuire l’autre coté à nouveau 30 min. L’essentiel est le feu très doux, le temps de cuisson peut être allongé. Le pain n’a rien à voir avec la baguette sortie du four mais ressemble plus à une sorte de pain de mie anglais.

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Bricquebec

Après la Maison du biscuit, nous faisons une pause à Bricquebec. Nous avons le temps d’aller visiter l’extérieur du château et les alentours pendant que la guide fait les courses au supermarché pour le pique-nique du lendemain.

Le château remonterait à l’époque viking, ce qui est de mythologie courante en Normandie. Le premier seigneur attesté remonte au XIe siècle avec Robert le Tort (le tordu, boiteux) sous Guillaume. Le huitième Robert de la lignée dit chevalier au Vert Lion, au XIVe siècle, effectuera des missions pour le roi de France qui le fera maréchal en 1325. Le château est propriété anglaise de 1417 à 1450 après l’invasion.

La cour intérieure, dont une partie fait hôtel, l’Auberge du Vieux Château, est entourée d’une enceinte fortifiée des 14ème et 15ème siècle. La motte domine de 17 m le reste de la ville mais on ne peut plus monter au donjon, condamné par sécurité.

Dans la cour, face à la cabane en bois de l’Office du tourisme, gît une bizarre Pyramide de mémoire réalisée par Pascal Morabito. Une resucée à la mode du Louvre choisie par Mitterrand avec du sable de la plage d’Utah et des douilles, casques et éclats d’obus de la dernière grande guerre coulés dans du béton. L’érosion est censée mettre à jour les débris métalliques qui vont tomber peu à peu (« prière de les rapporter à la Mairie » est-il écrit). C’est d’assez mauvais goût selon moi mais Miss M. apprécie le côté directement « accessible » d’un tel art. Cela élève-t-il l’âme ?

Nous dînons à l’hôtel d’une salade de tomates du jardin accompagné de billes de mozzarella et de basilic, au vinaigre balsamique. Puis une part de cabillaud sur du riz à la crème avec malheureusement trop de crème. Pour finir, des tartelettes normandes caramélisées au fer tout-à-fait délicieuses. Ce n’est pas le jeune serveur blond qui les a cuisinées cette fois-ci, bien qu’il ait suivi un CAP de pâtissier, mais la patronne elle-même. Fils d’amis de la massive hôtelière, il n’a pas achevé son CAP de pâtissier à quatre mois près, son patron se montrant tyrannique. Il a bifurqué vers un BEP d’électricien. Il travaille habituellement l’été au restaurant de l’hôtel mais va, cette année, aller passer son mois d’août en Corse. Le serveur du matin, que je prenais pour son frère en raison d’une morphologie proche, ne lui est pas apparenté ; il s’appelle Paul et suit des études d’ingénieur. Il est vrai qu’avec le masque, seule la silhouette émerge.

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Maison du biscuit

Nous prenons le Renault jusqu’à Sortosville-en-Beaumont, hameau Costard, et sa Maison du biscuit. C’est une fabrique artisanale renommée dans le coin, ouverte sept jours sur sept et qui a essaimé en produits alimentaires de luxe, pas seulement normands, allant de la charcuterie aux thés et aux alcools, en passant par les sardines en boîte, le miel, les confitures et même la porcelaine.

Je note le Meuh cola, une limeuhnade artisanale de Normandie créée en 2010 par Sébastien Bellétoile et fabriquée avec de l’équitable et du bio pour les extraits végétaux de plantes aromatiques (sans caféine). Je signale le Calvados de luxe à 23 € les 35 cl, le whisky d’orge « normand » titrant 42° appelé Thor Boyo à 44 € les 70 cl (pour le prix, j’espère que ce n’est pas l’assommoir que son nom suggère), le vinaigre de cidre plus raisonnable à 3.20 € les 50 cl, les soupes de poisson et les rillettes de poisson sans oublier, bien sûr, les incontournables financiers, sablés et cookies de la fabrique.

Il y même les conserves de viande du Petit-Chemin dans la Somme. Nous ne sommes pas seuls, il y a foule, tous masqués mais dans un lieu étroit peu aéré. C’est une sorte de Disneyland de la bouffe avec des façades reconstituées « vintage ».

Les produits sont entassés en piles et en rangées, classés par thèmes, donnant une impression d’opulence et de profusion. La lumière est tamisée pour rappeler une caverne d’Ali baba ou un pub anglais. Sur l’extérieur, les façades des « boutiques » reproduisent les enseignes anciennes, le café Mlle Odilon pour les « vins du patron », la Galerie moderne pour la bimbeloterie, A la ménagère pour les porcelaines, la crèmerie « rue des Dr Burnouf, biscuitologues », La Maison bleue pour les jeux et les « grands enfants ». Un salon de thé permet de se poser mais il est plein lui aussi comme un œuf. Les affaires marchent.

Sur le parking, en attendant les dépensières, nous avons la vision de grosses cuisses nues par la portière ouverte d’une voiture banale immatriculée dans la Manche. La femme impudique à un maillot mini et remonte ses pieds nus sur le tableau de bord, dégageant le rose gras de ses extrêmes jambons jusqu’à la fente. Miss M., qui l’a évidemment remarquée, en fait tout un discours pendant une dizaine de minutes. Cela ne choque guère qu’elle, pas même les gens à gosses qui se garent ou repartent.

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Phare de Carteret

Depuis la table d’orientation, nous pouvons contempler le panorama des dunes et de la mer que la marée fait reculer quelque peu. Nous descendons pique-niquer sur la plage immense par une coulée entre deux dunes. Des promeneurs erratiques ponctuent le paysage, parfois avec un chien ou un enfant.

Deux parapentistes en couple s’entraînent depuis la dune au-dessus en profitant du vent du large. Un voilier serre le vent d’un bord, puis de l’autre. Des cormorans sont regroupés en apostrophes noires sur l’estran, jacassant ou faisant sécher leurs ailes au soleil.

Seules deux filles vont se baigner. Elles trouvent l’eau froide mais entrent et y restent le temps que nous engloutissions notre pique-nique presque en entier. Nous déjeunons de salade de riz au thon, d’une demie boîte de maquereaux à la moutarde par personne, d’une part de pont-l’évêque de marque Graindorge (« une valeur sûre » selon la guide, qui est du coin), d’une banane, et de café en poudre avec de l’eau chaude apportée en thermos.

Nous reprenons la plage, toujours en marche nordique. La guide fait un test pour savoir si nous avons assimilé : nos traces doivent montrer que les pointes des bâtons sont exactement au milieu des pas que nous formons. Un grain visible au large depuis plusieurs minutes nous rattrape et nous tombe dessus. Ce n’est pas une forte pluie mais elle mouille.

C’est sous l’église de Saint-Germain le Scot, en ruines, que nous quittons la plage dit « de la vieille église » pour grimper sur le plateau par le sentier qui serpente. Venu d’Écosse, l’évangélisateur aurait maté un dragon. Selon la guide, la mer qui mugissait sourdement en se précipitant dans les grottes effrayait les villageois. Nul ne sait comment le saint a pu rendre inoffensif un bruit qui est resté le même après son intervention : le dragon, une fois mort, aurait dû cesser tout mugissement. L’église a été abandonnée parce que trop excentrée et n’offre plus que les trous béants des ouvertures et quelques murs dont ont été récupérées les meilleures pierres pour bâtir le village. Le grand corbeau et le faucon pèlerin nichent dans le coin.

Trois dates normandes à retenir selon la guide : 911, le traité de Saint-Clair-sur-Epte qui a fait donner le duché par le roi des Francs, Charles le Simple à Rollon ; 1066, où Guillaume le conquérant devient roi d’Angleterre en vainquant le roi anglo-saxon Harold ; 1204, le rattachement du duché de Normandie à la France par Philippe-Auguste. Miss M., toujours à en rajouter, évoque 1120 et la Blanche nef, avec le naufrage et la noyade dans le raz de Barfleur de Guillaume et Richard, héritiers directs du roi Henri 1er d’Angleterre, descendant de Guillaume. Ken Follett, dans Les Piliers de la terre, en fait un ressort de l’intrigue.

Nous suivons le sentier de falaise vers Carteret avec une vue sur les couleurs de l’herbe, des rochers, du sable et de l’eau. Je ne me lasse pas du paysage et de ses contrastes, le bleu de l’eau, le blanc du rivage, le jaune du sable, le brun du roc, le vert de l’herbe. Des silhouettes menues et quasi nues s’agitent sur une langue de sable qui s’avance dans la mer, dans l’écume des vagues ; je distingue deux mâles et une palanquée de petites filles avec un seul petit gars ; les femmes sont en avant à surveiller l’aîné avec sa planche de surf qui s’essaie tant bien que mal à tenir dessus.

Carteret se signale par l’alignement de ses cabines de bain blanches aux toits pointus de diverses nuances de gris. Au-dessus du cap de Carteret, le phare est une « maison-phare » construite en 1839 sur la falaise pour guider les bateaux jusqu’au port et leur éviter le « passage de la déroute ». A moitié détruit par les Allemands à la fin de la dernière guerre, il a été automatisé en 1976 mais reste avec un gardien jusqu’en 2012. Il se visite mais nous n’avons pas le temps de monter ses 58 marches pour contempler la mer de 85 m en surplomb.

Nous n’entrons pas dans le village mais prenons une côte goudronnée qui nous reconduit jusqu’au parking où nous effectuons cette fois les étirements requis au soleil brutalement revenu.

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Cap de Carteret

Il est sympathique de se retrouver pour le petit-déjeuner. Nous sacrifions aux rites du masque et du gel pour tout, ce qui est agaçant et peu nécessaire en ces circonstances. Mais il est vrai qu’il y a très peu de rhume et de gastro-entérite depuis la survenue du Covid. Les « gestes barrières » sont bien utiles à l’hygiène.

Nous avons cette fois trois quarts d’heure de Renault pour parvenir au parking au-dessus de Carteret. Nous nous échauffons avec les bâtons sous les yeux des badauds trop gras qui nous prennent pour des sportifs.

Nous partons par le sentier des dunes d’Hattainville et de Carteret. Ces dunes, formées par le vent qui emporte le sable de la plage, ont avancé d’un kilomètre et demi dans les terres. Jusqu’à la fin du Moyen-Âge, les paysans coupaient régulièrement l’oyat pour en faire des balais, des paniers, des nattes et rembourrer leurs toits, ce qui a laissé le sable à nu. L’air a élevées les dunes de 90 m et les a repoussées loin du rivage, obligeant à abandonner régulièrement les villages pour les rebâtir plus loin ! Ce n’est qu’au XVe siècle que les proto écolos ont compris qu’il valait mieux laisser l’oyat fixer la dune et ont décidé « d’interdire » (mot-fétiche de tout écolo à la française) leur récolte.  

Le ciel est gris, le crachin est minime et intermittent. Nous pourrions nous croire en Irlande. Le sentier borde l’herbe où s’étendent comme un tapis des fleurs mauves, bleues, jaunes. Il y a des euphorbes aux fleurs vertes, des carottes sauvages, des œillets des Chartreux rose vif, de la bruyère violette et rose, des scabieuse bleu mauve et quelques achillées millefeuilles cicatrisantes.

Les lapins de garenne grattent des entrées de terrier à peine esquissée en plein milieu du sentier, on se demande pourquoi. Les trous plus avancés sont précédés de petites crottes révélatrices. Mais certains terriers sont trop gros pour des lapins et sont probablement de renard, comme nous le verrons sur le panneau d’information un peu plus loin. Le « renard des dunes fourrées » sévit ici, malgré Miss M. qui n’y croit pas. La table d’orientation d’Hattainville, bien au-dessus de la mer et des dunes, le confirme. Ce n’est pas parce que M. n’a pas vu le renard qu’il n’existe pas.

Des sas en bois anti-bétail rompent le chemin. Il n’est pas toujours facile de les passer avec le sac sur le dos tant ils sont étroits. Mais M. a décidé de passer à deux avec une copine ; elles ont failli rester coincées.

Du haut de la dune, une centaine de mètres au-dessus de la mer, nous pouvons apercevoir Guernesey en face, deviner Serq et voir les rochers du Rit.

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Plage de Vauville et dunes de Biville

De nombreuses caravanes, tentes et camping-cars sont installés tout au bord de la plage de Vauville, longue de 7 km, en plein vent. Deux gamins vont se baigner au soleil malgré le vent. L’eau n’est guère qu’à 12° et elle semble vivifiante à leur chair préadolescente puisqu’ils restent torse nu même après être sortis de la vague. Nous marchons longuement sur la plage horizontale, dans l’anse désolée de Vauville, face au ciel immense ponctué des petites virgules des oiseaux de mer et des quelques flocons de cumulus qui traînent.

Un blockhaus effondré est peinturluré de slogans antinucléaires. La face montre un monstre tentaculaire. Un côté figure un visage avec le nez peint sous la visée rectangulaire. Le béton artificiel n’a pas résisté un demi-siècle à la montée des eaux et aux assauts de la mer. La laisse attire des oiseaux particuliers ronds comme des galets, les trois gravelots marrants au loup noir sur les yeux comme un masque de Venise : le grand, le petit et celui à collier interrompu. Ils avalent les puces de mer et autres insectes qui prolifèrent sur la pourriture. Ils nidifient directement sur le sable.

Nous montons dans les dunes blanches de Biville par le sentier de la plage bordé de piquets de bois et d’oyats pour fixer le sable. Nous n’avons pas d’entraînement et il est assez dur de déambuler en rang fatigué sous les yeux des familles installées au bord du sable, intriguées par ce groupe de bâtonneurs. Nous allons jusqu’au calvaire des dunes sur le belvédère du Thot d’où nous avons une vue générale sur la mer et les dunes, la dépression herbeuse appelée ici « mielle » où s’ébattent sans se laisser apercevoir les vipères péliade à l’iris rouge (si vous la regardez dans les yeux). Un vieux couple est assis là, une famille vaque avec de grands enfants dont un ado en Lycra noir, short bleu, casquette blanche à l’envers et pompes bordeaux qui étire ses muscles au soleil avant de partir à petites foulées. Le Christ cloué sur la croix de béton a le torse athlétique et les parties à peine voilées d’un linge.

Nous suivons le sentier de crête dans la lande de la dune grise fixée par les herbes, en retournant vers le parking de la plage de Vauville par la mare. Formée il y a six mille ans sur un kilomètre de long et la moitié de large, c’est une réserve naturelle animale créée en 1976 et gérée par le Groupe ornithologique normand. La mare bordée de roseaux est d’eau douce isolée de la mer par la dune. Des oiseaux y font nid dont la bécassine des marais, le foulque macroule tout en noir mais le bec enfariné, le colvert, le tarier pâtre en haut des buissons, la rousserolle, le traquet motteux en migration. Des rainettes arboricoles perchées sur la végétation apte à supporter leur poids coassent à certaines heures. Sur la lande, nous observons de nombreuses fleurs dont le rosier sauvage pimprenelle au fruit « gratte-cul » déjà formé, la ficaire jaune, la véronique mauve en épis, la spiranthe d’automne qui est une orchidée comme l’ophrys abeille qui n’est fécondée que par les abeilles et a une fleur en leurre qui imite la forme et l’odeur de l’abeille ! Nous croisons aussi le panicaut ombré de mauve à racines aphrodisiaques (ce pourquoi, peut-être, Miss M. l’aime beaucoup et en parle tout le temps). Dans les hameaux aux maisons éparses, toujours de grès gris normand, poussent derrière le mur de clôture de hautes roses trémières ; elles sont blanches, rose pâle ou pourpre.

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Quelques étirements devant les badauds, et toujours les deux mêmes kids en slip sur la plage qui retournent se rouler dans les vagues. Nous passons devant l’église de Biville qui recèle le sarcophage de marbre du bienheureux (béatifié) Thomas Hélye, né en 1187 et décédé prêtre de Coutances en 1257.

Nous retournons à l’hôtel vers 18 heures pour un dîner sur place à 20 heures. Préparé par la patronne Dorothée et par son aide cuisinier Killian, il consiste en une terrine de saumon accompagnée d’une demie tranche de saumon fumé, de poulet sauce basquaise aux pâtes et d’un clafoutis de grosses cerises noires. La tenancière est pansue mais le serveur est à l’inverse svelte, blond et tout bouclé.

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Paris Cherbourg

Le train est le transport de cette année : 40 € aller et retour, c’est imbattable ! Et exceptionnel probablement. C’est un TER et pas un TGV, mais qui roule vite. L’arrivée à Cherbourg est prévue à 10h16, soit 3h20 de trajet. Le train s’arrête quand même à Bayeux, Carentan, Lison, Valognes. Nous avons un retard de 23 minutes au terminus à Cherbourg dû à « des vaches à proximité de la voie », comme l’annonce le chef de train. Pas dessus, ni au bord, mais « à proximité ». D’après l’annonce, le chauffeur doit « aller téléphoner sur la voie » donc marcher une dizaine de minutes en dehors du train pour « prendre des ordres ». A l’ère du Smartphone et du TGV, cela me paraît d’un archaïque ! Le paysage est peu visible car les arbres en buissons le cachent le plus souvent, ou bien le talus. Alors, les vaches… Il n’y a pas grand monde en ce lundi 26 juillet, mais le train est double en raison du Covid. Les places sont dispersées et c’est voulu – contrairement à l’an dernier en TGV. Je remarque surtout des étudiants.

Notre hôtel est un deux étoiles, La roche du marais, dans le petit village d’Omonville-la-Petite où Jacques Prévert a vécu malade les dernières années de sa vie. L’adresse est le Hameau Mesnil, 50 440. C’est un beau bâtiment en grès gris normand, qui s’étend en T à l’arrière sur un vaste jardin planté d’une rhubarbe géante du Brésil nommé gomera, de quelques palmiers protégés du vent, et de plusieurs silhouettes en tôle découpée de chèvre et d’âne. Un gros chien nommé Riley est tout joyeux de voir du monde. Les jardins du village, devant les maisons toutes de grès en pierres apparentes, sont plantés d’hortensias le plus souvent bleus, parfois violets, roses ou même blancs. Leurs pommes sont très jolies. La plage est à un demi-kilomètre dans l’anse Saint-Martin et l’on voit la mer de loin. Elle est accessible par un sentier de la lande, mais couverte de galets. Des filles iront s’y baigner dès le soir. L’eau est froide mais supportable, même aux adultes venus d’autres régions.

Il n’est pas encore midi et nous pouvons nous changer, les chambres sont prêtes. Nous faisons les présentations, portant le masque obligatoire à l’intérieur.

Nous partons en Renault Trafic directement pour la plage de Vauville et nous pique-niquons un peu plus haut sur le parking. Des tables et des bancs de bois sont installés en contrebas de la route sur un terrain herbu près d’une rivière glougloutante enfermée sous la verdure. S’il y avait eu canicule, cela aurait été charmant mais il ne fait guère que 18° centigrades et le ciel est partiellement voilé. Au menu du pique-nique, melon, salade de pâtes avion, cuisse de poulet, Livarot et fruits. C’est banal mais copieux et varié. D’un coup de Renault, nous rejoignons ensuite le camping de la plage.

Sur le sable, nous faisons connaissance des bâtons de la marche nordique et de l’échauffement qui précède tout exercice. La marche dite « nordique » ressemble furieusement au ski de fond – sans les skis. C’est normal puisqu’elle est née d’une course de ski de fond qui un jour n’a pu avoir lieu faute de neige. Les participants étant tous venus, ainsi que de nombreux visiteurs, la course a été transformée en marche, sans les skis mais avec les bâtons. Ce nouveau sport s’est installé et fait fureur auprès des kinés et des animateurs de toutes sortes qui cherchent un nouvel élément marketing pour vendre leurs services d’entraîneurs. Il est ludique et demande peu d’effort au néophyte, avec l’attrait « santé ». Les bâtons sont censés donner la poussée qui fait aller plus vite tout en répartissant l’effort sur les bras et les jambes à la fois. C’est un sport tonique et complet mais qui, à mon avis, n’a d’utilité que si l’on marche de façon rapide sur un terrain relativement dégagé, en semi course. Les bâtons m’encombrent dans les sentiers, sur les cailloux, et ne me servent guère dans les montées et descentes. La guide dit que les bâtons aident les genoux pour descendre et permettent un appui pour monter mais je n’en suis guère convaincu, préférant conserver mes habitudes d’équilibre, vite perdues si l’on use de béquilles en toutes circonstances. Je reconnais volontiers que je manque d’habitude et d’entraînement pour pleinement apprécier, mais la semaine ne me fera pas changer d’avis. Il ne m’est pas facile de prendre des photos ou la gourde dans le sac avec les bâtons attachés par une dragonne à chaque main.

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Départ pour le Cotentin

En ces temps où le confinement empêche quiconque de voyager pour un temps, j’éprouve l’envie de me remémorer la Normandie l’été dernier. Dans la banlieue d’Île-de-France où je suis ces temps-ci, deux petits voisins normands s’ébattaient au jardin ce dimanche, jour d’élection. Ils jardinaient. L’un de 7 ans et l’autre de 17 ; ils avaient ôté leur tee-shirt pour prendre le soleil, signe de vie qui continue, vigoureuse et saine.

Me voici donc embarqué pour cinq jours avec la Compagnie des sentiers maritimes, agence de voyages fondée en 1993 en Bretagne, pour un périple à pieds Coutances-Grandville-Mont Saint-Michel par les grèves. Le suivi du sentier du littoral, baptisé GR 223 peut se faire tout seul, mais je préfère être en groupe. Le rendez-vous est donné en fin d’après-midi à l’hôtel Cositel de Coutances (le nom gaulois de la ville). Situé un peu à l’écart de la ville, dans un bosquet d’arbres avec un grand parking, il est calme et flanqué d’une terrasse à ciel ouvert avec bassin aux carpes. Il est en outre facile à trouver, même sans GPS, car situé juste après les stades et la piscine municipale, lieux clairement indiqués par les panneaux indicateurs.

Je choisis la voiture plutôt que le train au vu des sempiternels ennuis SNCF : prix plus élevé aller et retour que le seul carburant, changement à Caen, longueur du trajet presque équivalente à l’auto. Sans parler des retards ou des grèves pour rien, avec la trop connue liste de prétextes : trop chaud pour les caténaires, trop froid pour les rails, incendie sur la voie, arbres tombés, feu de broussailles, personnes sur les rails, problème voyageur, incident technique, retard dû au trafic… cochez la case utile. Quatre sont venus par le train depuis Paris et ont d’ailleurs subi un retard de près d’une heure en raison de « gens sur les voies ».

En voiture, j’ai eu le plaisir du paysage, les champs de blé fauchés, les prés verts et les bosquets du Perche, les vallonnements normands. Vitres fermées, climatisation légère, je glisse, avec ou sans musique, de façon feutrée aux vitesses limites. Les écolos ont fort à faire pour prouver aujourd’hui que le train, avec le monopole centralisé de la SNCF et la mainmise des syndicats, est préférable à l’automobile. Même seul. Pour aller à Coutances, je n’ai pas besoin d’autoroute : la N12, Dreux, Argentan, Flers, Vire, Villedieu-les-Poêles. Les routes permettent le 110 km/h, le 90, le 80, 70 en agglomération et 50 dans les villes, voire 30 parfois. Je découvre le ridicule des ronds-points. Toutes les petites villes en ont dans leur zone industrielle, parfois cinq ou six en enfilade tous les 500 m ! J’arrive tôt, vers 16 h, après deux pauses. Il fait beau, assez chaud, mais une courte pluie s’invite en fin d’après-midi.

A mon arrivée, une seule voiture sur le parking : l’hôtel se remplira le soir. Il semble que les voyageurs ne soient ici que de passage pour une ou deux nuits. La chambre sent le renfermé, pas utilisée depuis un moment ; elle ne comporte ni frigo, ni climatisation – il est vrai que le climat ne l’exige pas, hivers humides, étés doux. Cet hôtel me semble en sous-utilisation bien qu’à peine plus cher qu’un gîte : de 70 à 106 euros la chambre. L’hôtesse m’annonce que le rendez-vous est finalement fixé à 18h45 dans le hall. J’ai le temps de me rafraîchir et de ranger mes affaires.

Nous sommes neuf avec le guide, museau fin et jambes sèches, grand mais avec un léger bedon, arborant une tignasse bouclée poivre et sel, une barbe d’une semaine et de petites lunettes rondes qu’il masque parfois de plus larges lunettes noires. Il est diplômé accompagnateur de moyenne montagne. Pour le reste nous sommes deux garçons et six filles – plutôt mûres. La doyenne a 77 ans et a commencé à travailler à 15 ans. Elle a pris le train et est passé par Rennes et elle a dû changer de train à Grandville. Trois travaillent à l’Education nationale, une dans l’informatique et une dernière dans la formation.

Avec sa curieuse façon de présenter les choses, le guide ouvre une bouteille de cidre en « apéritif » (pour neuf), en précisant bien que c’est exceptionnel, que cela fait un trou dans le budget, et que nous devons apprécier comme il se doit cette attention inattendue. Ce ne sera que la première fois qu’il usera de cette ironie à l’envers qui prend les gens à rebours et le dessert plutôt. Le cidre bio du coin racle plutôt les intestins et fait aller rapidement aux toilettes ; il est heureux que nous n’en ayons eu qu’un demi-verre. Maniant toujours le paradoxe, il nous parle du séjour. Pour le situer, il déplie une grande carte… de l’Europe. Il présente l’essaimage viking puis explique les fortes marées par le plateau continental augmenté de la barre du Cotentin qui resserre les eaux dans la Manche. Il n’y aurait qu’un seul autre endroit dans le monde où les marées seraient aussi fortes. Notre marche se fera « selon les astres », ce qui signifie moins les étoiles que la lune et le soleil qui influent sur les marées. Le guide insiste sur la lumière changeante et toujours vive du Cotentin qui a inspiré les peintres. Il n’y a pas de peintre parmi nous, la race des amateurs se perd.

Sur ces hautes considérations, nous allons dîner. Il suffit de faire cinq mètres et de passer une porte pour nous retrouver dans le restaurant de l’hôtel. Le menu est mi-normand, mi-international, chacun peut choisir un plat parmi trois ou quatre. Je choisis la version locale : saumon fumé, cabillaud à la crème, les trois fromages de Normandie sur salade (camembert, pont l’évêque, livarot).

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Claudie Gallay, Les Déferlantes

Le roman populaire a ses lettres de noblesse, que l’on pense aux ‘Misérables’ du ViH ou aux ‘Mystères de Paris’ du père Eugène. ‘Les Déferlantes’ sont de cette veine : il s’agit d’un bon roman populaire d’aujourd’hui dans lignée de Bernard Clavel.

Les ingrédients d’un tel succès sont :

• la longueur du livre qui permet d’apprivoiser les personnages ;

• les chapitres courts qui apportent chacun quelque chose comme dans une intrigue policière ;

• un mystère qui peu à peu se dévoile (on comprend avant la fin mais ce n’est pas grave) ;

• un décor intemporel qui fait peur : au XIXè siècle « la ville », aujourd’hui « la campagne » – on n’a plus l’habitude de ce désert sentimental et relationnel ;

• les instincts, les passions et les idées qui surgissent comme toujours – mais se débattent dans les pauvres crânes limités des êtres.

‘Les Déferlantes’ commence un jour de tempête où une tôle frôle la narratrice, se contentant de lui écorcher la joue. La crise fait surgir un mystérieux Lambert venu d’ailleurs qui erre sur la digue et interroge les gens, est-il déjà venu ? La narratrice est appelée la Griffue parce qu’elle habite une masure au bord des déferlantes – pas normale, donc. Elle compte les oiseaux, vient de la ville mais s’est fondue dans le paysage, bien que couve en elle ce manque de Lui, amant aimé trop tôt disparu. Raphaël, le sculpteur possédé du manque, cherche à le combler pour en saisir la jouissance dans des œuvres torturées qui vous prennent à la gorge, il sera bientôt reconnu. Sa sœur Morgane, désormais trente ans, erre de garçon en garçon sans jamais se fixer, hébétée du manque parental lié à son enfance de fonctionnaires bobos. Lili la tenancière de bar a manqué de père, lui-même marié sans amour alors qu’une autre avait son cœur mais que la pression sociale a empêché d’épouser. Nan, son élue, a vu sa famille sombrer d’un coup lors d’un naufrage quand elle avait huit ans, elle a toujours manqué d’amour, vide d’enfants, esseulée.

Le Cotentin des villages est un monde d’entre-deux, terre/mer, passé/présent, réel/fantastique. Les personnages de ‘La Déferlante’ sont des gens du vide, accrochés à nulle part, un trou perpétuel en eux qui les fait se mouvoir, s’attirer et se haïr.

Durant la cicatrisation de l’écorchure de tôle, les événements vont bouleverser l’existence de tous avant de guérir eux aussi. L’auteur observe en éthologue la vie des bêtes, sa narratrice erre sur les falaises de la Hague en Cotentin pour compter les oiseaux. Cette position de base lui permet de voir la vie des sales bêtes que sont les humains, hommes, femmes et enfants. Car nous sommes loin de l’idéalisme bobo du tout le monde il est beau et gentil :

  • la campagne, c’est dur ; la mer, ça tue ;
  • la nature c’est baiser, se haïr, s’aimer;
  • les oiseaux, tous d’instinct, sont parfois plus humains que ces animaux que sont les hommes; les chats donnent plus d’affection que les femmes ; les vaches vêlent mieux que les travailleuses et s’occupent mieux de leurs petits que les hommes…

Heureusement, les humains interagissent les uns sur les autres dans l’engrenage du mal comme du bien. C’est toute la société superstitieuse des campagnes qui a isolé Nan dans le deuil perpétuel, regardant d’un sale œil ses velléités de se lier ou de se marier. La société des campagnes, païenne, bêtasse et accrochée au qu’en-dira-t-on, a forgé un destin… Un jour de grand vent jadis, le phare s’est éteint et un voilier à chaviré. Seuls deux corps ont été repêchés, le dernier enfant du couple de plaisanciers a disparu.

Tout le monde sait pourquoi le phare s’est éteint et personne ne dit rien. Pas plus au frère survivant qui n’était pas parti en mer. La société est un destin, donc un non-dit. Personne ne réfléchit sur les conséquences, préférant se garder du regard des autres. Dès lors, le drame devient tragédie, écrite depuis les premiers temps du monde. La bêtise, l’inconscience, créent des événements qui s’enchaînent jusqu’à ce qu’une « crise » – ici la tempête – ne viennent dénouer les fils tendus au paroxysme. Nan la folle qui cherche toujours ses disparus reconnaît quelqu’un. Est-ce vraiment folie ? Et de fil en aiguille, la tapisserie s’anime. Jusqu’à l’apothéose finale, lentement mais habilement amenée.

Il y aura un dénouement. Il sera moral, il apaisera les malades et élèvera les gens vers une certaine spiritualité. C’est cela aussi qui fait un roman populaire, cette leçon que le destin peut se renverser sur l’initiative de quelques plus curieux ou plus courageux, ceux qui n’acceptent pas les choses telles qu’elles sont.

Chapitres courts, très courts, langage direct et familier, très familier, sentiments au ras des tripes sans jamais s’étendre par peur de lasser ou par limitation intellectuelle des personnages – le roman est très bien fait. Réussi. Un bon roman populaire dont je me suis délecté !

Claudie Gallay, Les Déferlantes, 2008, poche J’ai lu mai 2010, 539 pages, 7.60€ – Grand prix des lectrices de ‘Elle’ !

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