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Maison de Jacques Prévert

Nous rejoignons le parking sur la baie d’Escalgrain pour des étirements en plein vent devant les spectateurs qui ne cessent de passer sur la route, et un verre de cidre offert par la guide. Le Renault nous ramène à Omonville-la-Petite avant 18 heures, heure de fermeture, pour voir la maison de Jacques Prévert. Nous rentrerons à l’hôtel à pied, il n’est guère qu’à 500 m de là.

Le poète, qui a connu le cap de La Hague dans les années 1930, a passé ici les dernières années de sa vie. Il achète la maison en 1970 et termine son existence par un cancer du fumeur en 1977, à 77 ans. Il effectue les travaux conjointement avec son ami décorateur de cinéma Alexandre Trauner qui n’habite pas très loin. Tout commence par un beau jardin ombragé aux hortensias blancs et roses, aux agapanthes dressées et à la rhubarbe géante gomera du Brésil. Un grand arbre ombrage la pelouse pour les heures chaudes. Trois petits mulâtres excités courent sur la pelouse, régentés par une matrone blanche. La maison est petite, nichée au fond et précédée d’une allée de graviers blancs. La façade est de grès gris de Normandie, courante dans le village.

L’intérieur est en revanche décevant. Il n’y a plus aucun meuble, seulement de rares photos d’enfance avec son frère Pierre, des panneaux d’exposition sur le cinéma, quelques dessins. A l’étage sont des poèmes tapés à la machine que l’on peut voir accumulés dans les tiroirs. Dans les années 1930 et 1940, Jacques Prévert créait les scénarios et Pierre Prévert la mise en scène de films bien oubliés sauf ceux réalisés par Marcel Carné (Drôle de drame, Quai des brumes, Le jour se lève, Les visiteurs du soir, Les enfants du paradis).

Une grande salle au rez-de-chaussée est ouverte sur le jardin fleuri, deux chambres à l’étage dont la chambre d’ami toute petite et celle de Jacques Prévert dont un mur entier est formé de placards. L’une des portes ouvre sur la salle de bain ce que l’on ne peut même pas voir. Un bureau lumineux comprend une longue table sur tréteaux où figurent des dessins tandis qu’autour pendent des décors accrochés au plafond devant une cheminée dessinée par un artiste. Un ange en bois clairement sexué virevolte au-dessus des têtes, niant les débats sur le sexe des anges : il est ici nettement masculin. L’une d’entre nous collectionne les anges et les images de sainte Thérèse de Lisieux.

La cuisine a été rajoutée à l’arrière de la maison dans un ancien chemin. Elle n’est qu’en rez-de-chaussée avec une verrière pour l’éclairage et visible depuis les fenêtres de l’étage. L’entrée est à 5€ et c’est assez trompeur car ne figure ici rien de personnel. Tout ça pour ça… L’intérêt principal du Patrimoine semble être la boutique de vente des œuvres de Prévert et de souvenirs, et les expositions temporaires. Une vidéo d’une dizaine de minutes rappelle la vie et l’œuvre de Jacques Prévert.

Nous sommes trois à aller directement au cimetière, devant l’église Saint-Martin. Cet évêque sanctifié de la ville de Tours, qui a partagé son manteau avec un pauvre, est le patron du lieu et même l’anse face à l’hôtel s’appelle Saint-Martin. La façade de l’hôtel comporte d’ailleurs en référence un panneau de pierre gravée représentant Saint-Martin à cheval, coupant de son épée son manteau en deux devant un pauvre hère entièrement nu.

Jacques Prévert, mort d’un cancer du poumon pour avoir fumé comme un pompier en rut, repose juste à l’entrée du cimetière avec sa femme Janine morte en 1993 et leur fille Michèle, décédée en 1986. Des stèles de pierres dressées sont gravées de leurs noms peints en vert. Au bas est un jardin planté de fleurs. De petits cairns de la superstition à la mode anglo-culcul sont agencés sur les dalles dressées par les touristes qui disent ainsi « je suis passé ». L’église, restaurée en 2012, est lumineuse mais austère. Les vitraux sont modernes. Et le masque obligatoire même quand il n’y a personne.

Nous apprendrons le soir que la mère de la patronne de l’hôtel a connu Nénette, la lavandière devenue bonne à tout faire des Prévert. Des gens célèbres ont fréquenté notre hôtel de La roche du Marais et des affiches dédicacées le rappellent.

La soirée est au restaurant pour manger des « moules–frites », réclamées paraît-il par un groupe une année précédente. Drôle d’idée. Il y a autre chose pour ceux qui n’aiment pas les moules ou ceux qui n’aiment pas les frites, ou ont peur de grossir. Le Renault nous conduit donc sur le parking d’Omonville-la-Rogue au Mar-Bella, restaurant tenu par Gabin Garcia face au port du Hable. Il y a des moules et des frites mais aussi des poissons (du jour ou non) à la plancha. La cuisine est plutôt méditerranéenne bien que l’on propose deux sortes de moules, à la normande avec de la crème, ou marinière classique au vin blanc (on lui a montré la bouteille plutôt que d’en verser dedans). La bassine de moules est bien servie et le saladier de frites de même. Je prends une bière pression Grimbergen avec tout cela, mais pas de dessert. La nourriture et l’alcool mettent en joie les filles. C’est la grosse rigolade avec Miss M. en vedette, toujours à chercher à quelle actrice ressemble Unetelle ; les hommes sont épargnés, faute de références peut-être. Nous sommes assez fatigués et, en ressortant, le froid nous saisit bien qu’il fasse doux pour la saison.

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Prévert vert pré

Hommage au poète populaire dont la gouaille s’est éteinte il y a plusieurs décennies déjà.

Né à Neuilly-sur-Seine en 1900, le poète du siècle révolu l’a quitté le 12 avril 1977, bien avant Mitterrand. Il fut l’un de nos grands « Jacques », Prévert. Mi-breton, mi-auvergnat, élevé à Paris, retraité normand, son identité était celle des vivants. Ses parents lui avaient « appris à vivre comme on rêve et jusqu’à ce que mort s’ensuive. » Accessoirement employé au « Bon Marché », car il n’y a pas de sot métier, voyageur grâce à l’armée qui l’envoya à 18 ans au Proche-Orient, il fréquenta les surréalistes tout en restant à part. Il n’aimait pas les intellos, ceux qui se la jouent et prennent des poses, ceux qu’il appelle les « gens de plume » :

« Dans cette ville, les gens de plume ou oiseaux rares faisaient leur numéro dans une identique volière.
A très peu de chose près, c’était le même numéro.
Les uns écrivaient sur les autres, les autres écrivaient sur les uns. Mais ‘en réalité’ la plupart d’entre eux n’écrivaient que sous eux. » (Gens de plume, Spectacle, 1951)

prevert assis

Poète, il l’était sans qualité et cela suffisait.

« L’enfant de mon vivant
sa voix de pluie et de beau temps
chante toujours son chant lunaire ensoleillé
son chant vulgaire envié et méprisé
son chant terre à terre
étoilé
Non
Je ne serai jamais leur homme… » (L’enfant de mon vivant, La pluie et le beau temps, 1955)

Les critiques, les chers collègues, les embrigadements partisans ? Foutre ! Allergique à toutes sectes, il aimait à dire de lui qu’« il joua un certain temps du luth de classe sous les fenêtres du parti communiste ».

S’il alla voir l’URSS, il fut aussi aux États-Unis. Sans rien en dire. Sauf :

« Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes (…)
Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement. » (Il ne faut pas, Paroles, 1949)

Car il aimait les mots pour eux-mêmes, pour leur sens et leur musique, pour leur liberté. Il préférait l’éthique de la peau à la poétique (et à la peau étique). Il préférait les êtres aux concepts.

« Dans ses deux mains
sous ma jupe relevée
j’étais nue comme jamais
Tout mon jeune corps
était en fête
des cheveux de ma tête
aux ongles de mes pieds
J’étais une source qui guidait
la baguette du sourcier
Nous faisions le mal
Et le mal était bien fait. » (C’était l’été, Fatras 1966)

prevert et fillette

Il initia Devos au jeu des mots ; il se moqua des militants en associant les vocables ; il fit fi des snobs en réduisant les mots. Parce qu’il ne causait point Valéry fut-il pour autant moins poète ? Car être simple ne va jamais sans travail. Il raturait, corrigeait, précisait. Ah, Prévert n’avait rien du Victor Hugo pontifiant qui n’a jamais eu le temps de faire court ! Le poète enflure justement :

« Victor Hugo qui ne se gênait pas pour en faire, disait des jeux de mots que c’était « la fiente de l’esprit ».

Mais quand Jésus-Christ en faisait lui aussi :
« Pierre, tu es pierre et sur cette pierre… »
Victor Hugo ne disait pas que c’était la fiente du Saint-Esprit. » (Jeux de vilains, Choses et autres, 1972)

Lui, le Jacques, avait fait du mot « grand » sa bête noire : qu’aurait-il dit de ces socialistes de Cour qui baptisaient « grand » tout ce qui sortait de leurs œuvres ? Très grande vitesse, Grande Arche, Grande Bibliothèque, Grande ambition… Le populaire croit volontiers, avec les philosophes, que tout ce qui est excessif est insignifiant. Et celui qui gueule le plus fort a les arguments les moins affûtés. « Hommes à tête d’éponge », ils n’étaient pas ses cousins :

« Louis XIV qu’on appelait aussi le Roi Soleil
Était souvent assis sur une chaise percée » (L’éclipse, Paroles, 1949).

Quand à ceux qui se croient parce qu’ils occupent « une position », il avait sur eux l’avis de Brassens :

« Qu’il voyage en Caravelle, en Jaguar, en métro, en bus, en DS ou en LSD, le con est toujours aussi con et quel que soit le trajet. » (Des paradis artificiels, Choses et autres, 1972)

prevert paroles

Sa force est restée son authenticité : peut-être est-ce cela la véritable « identité » ?

« Vous
je ne vous regarde pas
ma vie non plus ne vous regarde pas
J’aime ce que j’aime
Et cela seul me regarde
Et me voit
J’aime ceux que j’aime
Je les regarde
Ils m’en donnent droit. » (Droit de regard, La pluie et le beau temps, 1955)
« Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le cœur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur… » (Le cancre, Paroles, 1949)

Jacques Prévert, Paroles, Folio 1976, 253 pages, €7.50
Jacques Prévert, Œuvres complètes tome 1, Gallimard Pléiade 1992, 1411 pages, €70.50
Les Frères Jacques chantent Jacques Prévert, Mercury Records 2010, €14.99

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Le Clézio, L’inconnu sur la terre

En même temps qu’il écrivait les nouvelles de ‘Mondo’, J.M.G.L.C. (comme il signe la 4ème de couverture) noircissait des cahiers d’écolier italiens d’essais sur la nature et sur les choses, sur la nature des choses et les choses de nature. L’inconnu sur la terre est un petit garçon, celui de Nietzsche, « innocence et oubli, un nouveau commencement et un jeu, une roue qui roule sur elle-même, un premier mouvement, un ‘oui’ sacré » (Ainsi parlait Zarathoustra, Des trois métamorphoses), mais aussi cet élan procréateur qui sourd des hommes lorsque, vers 35 ans, ils n’ont pas enfanté. Jean, Marie, Gustave a cette tendresse absurde pour le gamin de hasard, ses yeux noirs profonds, son corps fragile et sa peau lumineuse. Il appelle son petit prince « le petit garçon inconnu », il en fait ce fils littéraire que Saint-Exupéry, Michel Déon et tant d’autres ont inventé pour combler le manque.

Phénomène d’époque, alchimie de l’auteur, post-modernité : il y a tout cela dans ces essais lecléziens. Bien écrits, malgré l’abus du ‘on’ – cette négation du moi très à la mode après 68 – ces textes montrent l’envers du décor, la trame des romans et nouvelles, l’étonnement qui les fait naître. Ils sont denses, lumineux et font apprécier la démarche de l’auteur.

Le Clézio est un phénomène d’époque. Né en 1940, l’auteur sortait de la jeunesse en 1968 mais il était imbibé des idées du temps, Prix Renaudot à 23 ans pour un premier roman. Mai 68 a marqué la grande révolte contre la société bourgeoise éprise de consommation et prise dans les rets de l’État-providence. Ont été contestés avec vigueur le travail-famille-patrie de l’opinion commune et Le Clézio a bâti sa vie sur ce refus : hédoniste, solitaire, nomade.

Il n’a que mépris pour « notre civilisation moderne (…) Elle qui ose piller les tombes et profaner les lieux saints, elle qui n’a d’autre dieu que son propre savoir, dieu de vanité et de suffisance ; elle qui n’a d’autre foi que celle en sa propre technique, elle qui ne connaît d’autre art que celui de l’intelligence et de l’agression » p.286. Il n’écrit pas pour prouver en logique mais pour communier en sensations. Il n’impose rien, il offre. Il ne crée pas, il rend compte des forces que sont la lumière, les éléments, les astres, la beauté d’un arbre, d’une fleur ou d’un sourire, la vertu d’un être, son élan de vie. Etonnement philosophique qui est le meilleur de mai 68 : « J’aime la lumineuse et pure beauté, celle qui fait voir un monde toujours neuf. Les enfants la portent en eux, dans leurs yeux, sur leur visage, ils la donnent par leur vie, par leurs gestes, leurs paroles. Il y a quelque chose d’inlassable dans leur regard, quelque chose qui ressemble à l’air du matin, après le sommeil. C’est la qualité, la ‘vertu’ » p.241.

A cette ambiance d’époque, l’auteur ajoute son itinéraire personnel de sans-père exilé, nulle part chez lui. Sensible mais rejeté, il se veut neutre, accueillant le monde et les êtres comme ils viennent. S’il voue un culte à la « beauté », ce n’est pas celle, froide et intellectuelle, des savants qui glosent dans les livres et enferment dans les musées. La beauté, pour Le Clézio est immédiate, elle s’impose ici ou là, au hasard. « La beauté est donnée. Il n’y a rien à acquérir. La beauté n’a pas d’histoire, elle n’est pas la solution d’un mystère. Elle est elle, simplement » p.135. « Mais dans la beauté réelle il y a surtout ceci : l’infini interne. Parfois, je regarde des yeux comme cela, deux yeux dans le visage d’un enfant de cinq ans. (…) Ce sont deux yeux profonds, clairs, qui fixent directement votre regard, qui traversent tout droit l’air transparent de leur lumière que rien ne peut troubler. (…) Ils ne veulent pas juger, ni séduire, ni subjuguer. Ils veulent seulement voir ce qu’il y a et, par les pupilles ouvertes, recevoir en retour le rayonnement de la lumière. Alors dans ces yeux, sans qu’on puisse comprendre pourquoi, on aperçoit soudain la profondeur qui est sous toutes les apparences » p.51.

L’auteur veut écrire pour dire cela, rien de plus, rien de moins, à la manière post-moderne. Pour être en accord avec le monde, en harmonie avec les forces de la vie qui à tout moment se manifestent. « Je voudrais faire seulement ceci : de la musique avec les mots. (…) Pour embellir mon langage et lui permettre de rejoindre les autres langages du vent, des insectes, des oiseaux, de l’eau qui coule, du feu qui crisse, des rochers et des cailloux de la mer » p.309. Ecrire comme on vit, simplement : « Celui qui danse ne se demande pas pourquoi il danse. Celui qui nage, celui qui marche ne se demande pas ce qu’il fait. L’eau, la terre le portent. Il suit son mouvement, il va de l’avant, il glisse, il s’éloigne. Pourquoi celui qui écrit se demanderait quelque chose ? Il écrit : il danse, il nage, il marche… » p.148

Nous sommes bien dans le naturel postmoderne, moment où la société sort de la civilisation purement industrielle. « Peuvent-ils vraiment croire que le monde est une leçon à apprendre, ou un jeu dont il suffit de connaître les règles ? Vivre est ailleurs. C’est une aventure qui ne finit pas, qui ne se prévoit pas. (…) C’est comme l’air, comme l’eau, cela entoure, pénètre, illumine (…) Apprendre, sentir, ce n’est pas chercher à s’approprier le monde ; c’est seulement vouloir vibrer, être à chaque seconde le lieu de passage de tout ce qui vient du dehors…(…) Être vide, non pas comme on est absent – le gouffre, le vertige avant la chute – mais en étendant son corps et son âme pour couvrir l’espace » p.133 On reconnaît là le zen, cette pensée orientale redécouverte par les grands physiciens des années 1970 justement, en rapport avec les nouvelles théories du chaos, du fractal et des cordes. Et la vogue écolo, qui est le zen à portée des caniches.

Le lecteur trouvera dans ces réflexions denses, parfois ornées de dessins de l’auteur, des pages d’admiration à la Francis Ponge, d’étonnements à la Antoine de Saint-Exupéry ou d’inventaires poétiques à la Jacques Prévert. Il rencontrera (par ordre d’apparition à l’image) la montagne, l’autobus, la route, les insectes, les nuages, l’infini, les paroles, les fumées, les arbres, l’orage, l’air, les rochers, les visages, les oiseaux, les enfants, le pain, les cargos, l’orange, les coquillages, les fleurs, les légumes, le miel.

Mais surtout la lumière, la mer et les étoiles, ces trois pôles leclézien du monde. « Eclairer, illuminer, révéler : les mots de la lumière. Ce sont donc ceux de la magie, de la religion, de la suprême logique, puisque la vérité et la réalité ne peuvent exister que sous le regard de la lumière. ( …) Ce que le langage veut retrouver, avec urgence, lassé des privilèges et des interprétations, c’est cette marche qui irait selon le mouvement du regard : l’aventure simple et tacite, brève, mais intense, comme aux premiers jours après la naissance » p.35. Le lecteur comprendra mieux, dès lors, combien l’apparente simplicité des nouvelles de ‘Mondo’ demande de disponibilité et de travail – juste pour être vrai.

Le Clézio, L’inconnu sur la terre, 1978, Gallimard l’Imaginaire 2001, 317 pages, €9.50

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