
Quinze nouvelles du genre policier sans police, écrites durant le confinement Covid pour dire la vengeance individuelle issue de la solitude sociale. L’Acte gratuit, ce fantasme gidien, est un acte manqué. Ne pas voir les autres donne des envies de meurtre. Peut-on transgresser toutes les valeurs sociales et n’en faire qu’à sa tête ? L’homme est-il un loup pour l’homme ? Surtout si ledit loup est une femme ? L’autrice se lâche, avec quelque jubilation sadique, sur ce qui pourrait arriver si… Chacun a un soi possible de psychopathe, surtout lorsque le confinement autoritaire vous enferme dans votre petit moi qui tourne en rond dans votre petit surmoi.
Dans la première nouvelle, et la plus longue, Maxime – nom ambigu, qui s’applique ici à une fille – ne trouve rien de mieux que de jouer à la tueuse experte. Elle choisit ses victimes au hasard, seulement des mecs, de tous âges à partir de la majorité, pas les adolescents ni les enfants, on ne sait pourquoi. Un psychopathe de n’importe quel genre n’a aucune empathie, alors ce n’est pas la vulnérabilité pubertaire ni le mignon de l’enfance qui devraient l’arrêter. Comme quoi l’autrice, glaçante, n’est pas tout à fait convertie. Toujours est-il que Maxime joue à la parfaite espionne meurtrière : déguisement, coiffure, déménagements, aucune trace, diverses armes dont le poison, changement d’identité… Un manuel du parfait pas vu-pas pris. A la lire, on ne rencontrerait pas Dominique Dudan au coin d’un bistrot.
Les autres nouvelles sont aussi noires, certaines très courtes, comme Le pont du Diable en une page, ou La Fontaine Médicis en deux pages, dont on ne voit d’ailleurs guère pourquoi elle illustrerait l’acte gratuit.
Les histoires ne sont pas contées sans humour, comme cette question toute bête : mais où trouver le Diable, aujourd’hui ? Ou ce raccourci de Maxime, après l’accident de voiture qui a coûté la vie à ses parents et à son petit frère : « Ils étaient bien contents de ne pas m’avoir emmenée et moi j’ai été ravie qu’ils ne reviennent pas. »
Les esprits des psychopathes errent parfois en peinture, avec surtout Jérôme Bosch, dont les représentations ironiques des péchés donnent envie de vivre l’enfer jusque sur cette terre. Les gosiers des mêmes apprécient les crus de café et s’en régalent sans s’énerver.
En bref, le lecteur passe un court, mais bon moment.
Dominique Dudan, Actes gratuits et autres rêveries (nouvelles), 2021, Librinova, 106 pages, €12,90, e-book Kindle €7,99
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