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Agatha Christie, Miss Marple au Club du Mardi

St Mary Mead est un petit village paisible de la campagne anglaise où il ne se passe rien, sauf la disparition mystérieuse (mais pas létale) d’un paquet de crevettes décortiquées. Miss Marple y tricote et discute avec ses amis, son neveu Raymond West, la jeune artiste Joyce Lemprière, l’ex-commissaire de Scotland Yard Sir Henry Clithering, le vieux pasteur Dr Pender et l’avoué Mr. Petherick. La jeune Joyce propose un jeu : que chacun raconte un mystère inexpliqué et que l’assemblée essaie de le résoudre. Un par mardi.

Voici donc les sept premiers. Ils sont variés. Un antique sanctuaire à Astarté tue… à moins que le site ne camoufle des intentions bien trop humaines. Le mythe de lingots d’or coulés avec les navires espagnols de l’Invincible armada persiste… et offre une couverture unique aux contrebandiers. Noël est la fête de la famille… mais lorsqu’un mari veut tuer sa compagne, naïve et récemment épousée, il en profite. Certaines herbes peuvent causer la mort… mais les doses sont tout et l’on peut en ingérer sans dommage, sauf si l’on est atteint d’une maladie, par exemple du cœur. Une artiste peut « voir » des choses que le commun des mortels ne voit pas, comme cette tache sanglante sur le perron d’une vieille auberge où court une légende… sauf qu’il s’agit de sang frais, donc d’un crime récemment commis. Un jeune homme ambitieusement littéraire peut se faire piéger par une femme sans scrupules, qui l’invite dans un bungalow, le drogue au whisky… et le fait accuser de cambriolage.

Comme on le voit, Agatha Christie ne met pas en scène que les hommes ; les femmes aussi sont à l’honneur. Tout aussi criminelles et sans scrupules. Mais tout aussi futées par exemple, comme Miss Marple, qui ne rate pas une maille tout en réfléchissant aux petits détails des affaires. Sa « grande expérience des caractères », acquise dans le petit village paisible de St Mary Mead, lui permet de juger de l’universelle gent humaine. Et de démêler les ressorts des combinaisons criminelles : cupidité, jalousie, ressentiment.

Agatha Christie, Miss Marple au Club du Mardi (volume 1), 1932, Livre de poche 2023 nouvelle traduction, 187 pages, €7,40

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Les romans d’Agatha Christie déjà chroniqués sur ce blog

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Le miroir se brisa de Guy Hamilton

Voici une version filmée et aménagée du roman policier d’Agatha Christie portant le même nom. Miss Marple (Angela Lansbury) séjourne en 1953 dans le bourg de son enfance, St Mary Mead où le châtelain loue son manoir de Gossington Hall à une équipe de cinéma d’Hollywood venue tourner l’histoire d’Elisabeth 1ère contre Marie Stuart. La fête traditionnelle du village se déroule sur les pelouses et dans les salons. C’est l’occasion d’une course en sac pour les gamins, d’un parcours du risque pour les jeunes scouts en uniforme et de commérages sans fin pour les provinciales du cru. Marple en profite pour se faire une entorse en tombant à cause d’un chien.

A l’intérieur, la belle et vieillissante Marina Gregg (Elizabeth Taylor) daigne se présenter au bon peuple, tout sourire figé sur son visage ; elle sort d’une dépression pour avoir eu un garçon mongolien à cause d’une rubéole attrapée durant sa grossesse. Heather Babcock (Maureen Bennett), jeune femme du village, entreprend l’actrice pour l’avoir rencontrée une première fois durant la guerre lorsqu’elle était venue chanter pour les GI. Heather se souvient qu’elle était malade mais s’était levée pour cette soirée exceptionnelle et, en fan obstinée, était parvenue à entrer dans les coulisses où elle avait obtenu un autographe de Marina ; elle l’avait même embrassée de joie. Pendant son discours un brin longuet, le visage de l’actrice se fige soudain et son regard fixe un point derrière l’épaule de la bavarde ; c’est pour elle comme si le temps s’était suspendu. Puis, à l’arrivée de sa rivale plus jeune et outrée, la Lola Brewster (Kim Novak) qui va jouer Elisabeth, flanquée de son producteur un brin vulgaire (Tony Curtis), elle se reprend. Puis propose que son mari réalisateur Jason Rudd (Rock Hudson) leur prépare des cocktails comme il sait si bien le faire.

Un peu plus tard, Heather est morte dans un fauteuil – empoisonnée. Scandale dans le Landerneau anglais. Qui l’a fait ? Pour quel mobile ? Avec quel poison ? L’inspecteur Dermot Craddock de Scotland Yard, « neveu préféré » de Miss Marple (Edward Fox), est chargé de l’enquête. Il va soupçonner tour à tour tout le monde, de la secrétaire de Marina et Jason (Geraldine Chaplin) à l’actrice rivale qui ne peut pas la blairer et au producteur un brin véreux, jusqu’au retournement final comme toujours improbable et bien pensé.

Malgré les rebondissements, l’intrigue compte moins que le duel des actrices dans cet opus filmé. Le casting est prestigieux mais éclipse l’action policière. En revanche, l’ambiance du petit village anglais avec ses cottages ouverts sur le jardin fleuri mais meublés confortable avec leurs profonds canapés devant la cheminée, les rumeurs et commérages, le médecin de campagne et les petits commerces, le ciné-club bricolé où le film se casse avant la fin, est bien rendu. Dans cet endroit paisible pour la retraite d’une vieille fille peuvent se passer de drôles de choses venues de l’autre côté de l’océan et du passé.

DVD Le miroir se brisa (The Mirror Crack’d), Guy Hamilton, 1980, avec Angela Lansbury, Geraldine Chaplin, Tony Curtis, Edward Fox, Rock Hudson, StudioCanal 2018, 1h05, €2.99 blu-ray €10.99

DVD coffret Agatha Christie : Le Miroir Se Brisa + Meurtre au Soleil + Mort sur Le Nil + Le Crime de l’Orient Express, StudioCanal 2020, 8h06, €19.99

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