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Les humains doivent s’élever au-dessus du bétail, chez les Grecs

Pour les dieux, les humains sont un troupeau régenté par des pasteurs bienveillants. Le christianisme reprendra cette aubaine pour assurer son pouvoir, les évêques portant la crosse de berger, signe de pouvoir sur les bêtes moutonnières qui doivent bêler leur croyance et quémander protection.

Sous Kronos, l’humanité originelle est proche de la bestialité. Selon Platon, Kronos sait qu’aucun homme ne peut, de par sa nature, régler en maître absolu toutes les affaires humaines sans se gonfler de démesure et d’injustice. Socrate en tire la conséquence que le suicide est condamné parce que les humains sont la propriété des dieux.

Mais les humains sont surtout incapables de prévoyance et ignorants. Cette animalité autorise la plus extrême violence sur eux. Théognis a comparé la révolution populaire de Mégare en -575 à un retour à la vie bestiale des origines Les individus extérieurs au monde de la cité, à son mode de vie et à ses valeurs, occupent désormais le pouvoir. La sauvagerie fait irruption au cœur de la cité. Nous le voyons aujourd’hui avec les Trump, Poutine, Xi, Erdogan et autres dictateurs qui remplacent le droit par la force et la loi débattue par le pouvoir discrétionnaire, voire le bon plaisir.

L’humanité-bétail est, chez les Grecs antiques, celle qui n’a plus la parole. C’est le cas des citoyens devenus sujets, qui doivent se prosterner devant un roi perse – ou le diktat d’un caprice de président ; c’est le cas des femmes dans la tradition misogyne grecque ; c’est le cas des prisonniers de guerre, déchus en esclaves. Tout ce bétail humain est propriété non plus des dieux, mais des vainqueurs ou des plus forts.

Les esclaves sont ainsi le bétail des humains dominants, tout comme l’humanité est le bétail des dieux. Ils sont incapables de gérer par eux mêmes leur condition, et il leur faut des maîtres. C’est ce qu’affirment trop volontiers les socialistes, ou les écologistes : nous savons mieux que vous ce qui est bon pour vous. C’est prendre le citoyen des pays démocratiques pour des enfants, des mineurs incapables. C’est au fond les considérer comme des esclaves. Car l’esclave est l’homme imparfait, bloqué au stade de la forme sensitive et animale de l’âme. Il peut obéir mais non décider en sagesse. Incapables de philosopher, selon Platon, ces gens sont du bétail inapte à se donner un genre de vie puisant dans la sagesse. Ce genre d’humains asservis à leur animalité ignare est celui dont l’âme n’a pas encore atteint le stade de l’intellect. Il en est resté à celui de bête.

Quant à la domination d’un Grec sur un autre Grec, elle est illégitime – sauf lorsqu’une cité a été défaite, ce qui est la preuve de son infériorité naturelle, politique et morale. Alors le droit du plus fort s’impose. D’où le devoir de résistance, que les Européens apprennent à peine à exercer, face aux deux tyrans qui voudraient les asservir en étau, Trompe le trompeur et Poutine le barine.

Reynal Sorel, Dictionnaire du paganisme grec, Les Belles lettres 2015, 513 pages, €35.50

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