Tony Vallet, Blue Sky

tony vallet blue sky

Une tentative de polar par un auteur de Grenoble dans la trentaine dont c’est le troisième livre. C’est intéressant mais un peu court, jeune homme, comme on aimait à dire jadis.

Tout commence par une promenade en soirée, plutôt littéraire. La suite opère une rupture de ton en accumulant les poncifs branchés : boite de nuit, cocktails, piercing, bracelet de cheville, épouse juive, psychiatrie, humanitaire en Algérie, corps de rêve, tabassage flic, BAC, secte, « girl power »…

Et puis l’action se traîne, accumulant contre le personnage central suspect, tous les indices d’une enquête sans bavure.

Jusqu’à la fin qui est un retournement inattendu – mais bien court pour ce qui a précédé.

Le lecteur aimerait un peu moins de dialogues rapides et un peu plus d’approfondissement. Disons-le, seul le premier chapitre passe la rampe, la suite apparaît exécutée à la va vite. Ou bien il aurait fallu n’écrire qu’une nouvelle, en élaguant les pages centrales qui s’allongent sans apporter de précisions.

Le personnage est un « il » qui n’a pas de nom jusqu’au dernier chapitre : pas simple de s’y identifier. Il est abordé par un rabatteur dans un parc, qui lui donne une carte, celle du Blue Sky, boite de nuit. Il s’y rend, il ne sait trop pourquoi, et découvre une boisson alcoolisée bleuâtre au même nom que la boite, mais surtout une fille (au corps de rêve évidemment), danseuse nue au nom de scène Amber Rose. Et puis – rien. Il se retrouve au poste de police, menotté, accusé d’avoir assommé les trois gorilles à l’entrée, ligoté tous les employés, violé la belle Amber et plus encore. Un flic « de Paris » lui dit bien le connaître et le surveiller depuis des mois. Il l’accuse d’être membre actif d’une secte – dont on ne sait pas plus. Au lieu de s’étonner, il joue au plus fin – on ne comprend pas pourquoi. Il y a un blanc jusqu’au retournement, ultime chapitre qui « explique » (pas très bien) le fin mot de l’histoire.

Des encouragements à poursuivre, écrire est si rare que l’auteur doit être encouragé – mais conseiller de faire comme Balzac : un canevas style scénario de film en trois pages, puis meubler le canevas en rajoutant descriptions, histoires, anecdotes et dialogues. Cela pourrait donner un récit plus prenant, tout en conservant la logique de l’intrigue.

Attention aussi à la faute de sens : p.43 « les équipages de la CDI sont décimés »… Décimé voulant dire « un sur dix » hors service, les équipages policiers sont-ils donc une armée ?

Tony Vallet, Blue Sky, 2013, éditions Baudelaire, 89 pages, €10.45

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2 réflexions sur “Tony Vallet, Blue Sky

  1. Vous avez eu la bonne réaction. Oui, la vérité blesse souvent, surtout en France où le déni est la manière habituelle d’être. Mais oui, vous teniez « une histoire », il manquait cependant de la consistance romanesque sur la durée – ou le choix de faire court (donc une nouvelle) avec une « chute » spectaculaire. Poursuivez ! Ce n’est qu’en écrivant qu’on devient écrivain.

  2. VALLET Tony

    Cher Argoul,

    Je suis l’auteur de « Blue Sky »…
    Très sensible par nature, la première lecture de votre article m’a blessé, je vous l’assure.
    Passées quelques heures je suis « revenu dessus » en le lisant vraiment, ce qui m’a fait comprendre vos écrits : oui mon style doit être meilleur, oui l’histoire peut paraître brouillonne et oui, je suis sincère dans ma démarche.
    Au final, je suis ravi que vous ayez osé un avis engagé à l’égard de mon bouquin, et par ailleurs, je prends vos encouragements au pied de la lettre pour faire de mon prochain manuscrit une vraie réussite, dans quelques années…

    Bien à vous.

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