Voter Juppé en primaire

Voter Juppé ne signifie pas élire Juppé mais déblayer le terrain.

Chacun peut évidemment choisir Juppé comme président mais, dans le billard à trois bandes qu’est désormais l’élection présidentielle depuis la calamiteuse réforme Jospin-Chirac du mandat de 5 ans et des législatives dans la foulée, celui qui est élu à la fonction suprême tient tout. Il n’a aucun contrepouvoir comme ce peut être le cas dans un régime parlementaire (comme au Royaume-Uni ou en Allemagne) où les électeurs peuvent renverser le gouvernement via leurs députés. Ni comme ce peut être le cas aux Etats-Unis, régime présidentiel, où le Congrès peut passer outre un veto du président (ce qui vient d’être fait sur l’éventuelle responsabilité saoudienne dans les attentats du 11-Septembre).

Si, en France, le président tient tout, il faut choisir un homme plutôt qu’une fonction. On l’a vu avec Sarkozy, puis Hollande, la personnalité fait la présidence. La fonction n’élève pas, elle révèle : surtout les travers – la versatilité agressive chez l’un, la lâcheté mollassonne chez l’autre.

Or, depuis l’instauration des primaires par la gauche post-Jospin (toujours encline à « réformer » ces institutions de la Ve République qu’elle n’a jamais accepté, préférant de loin les petits jeux parlementaires entre notables de la IVe République), la mode des primaires atteint la droite. Chacun pourra noter que ni l’extrême-gauche, ni l’extrême-droite n’ont besoin de primaires, même si les enjeux de pouvoirs entre les ego sont tout aussi forts.

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Tactiquement, pour 2017, il est fort probable que Marine Le Pen se retrouve au second tour. Je ne retiens pas l’hypothèse d’une victoire dès le premier tour, mais… il suffirait d’un nouvel attentat spectaculaire à quelques semaines du premier tour pour peut-être exaspérer suffisamment les Français et les inciter à renverser la table.

Si Marine Le Pen se retrouve normalement au second tour, le candidat face à elle sera quasiment certain de l’emporter. La « légitimité républicaine » jouera contre l’aventurisme souverainiste de la sortie de l’euro, des traités et autres fantasmes de toute-puissance à la Poutine. La France n’est pas la Russie, elle n’a ni son immensité, ni la même taille de population, ni les matières premières ; la France, sans l’Europe, n’est qu’un tout petit pays, trop agricole, trop désindustrialisé, trop fonctionnaire pour rester l’un de ceux qui continuent de compter encore dans le monde qui vient.

Or, qu’avons-nous comme défi face à Marine ? Pour le moment Hollande et Sarkozy. Les deux sont usés et la popularité exceptionnelle du président actuel, qui se maintient dans les niveaux les plus nuls qui puissent exister malgré tout ce qu’il tente aussi maladroitement qu’obstinément, ne peut le qualifier éventuellement pour le second tour que si Sarkozy émerge comme candidat de la droite et du centre. Sauf que Sarkozy n’a qu’un noyau dur de militants droitisés comme soutien, il n’a probablement pas la minorité suffisante à gauche et au centre pour l’emporter, avec les malgré-nous de la droite, face à la candidate du Front national. Un duel Sarkozy-Le Pen friserait dangereusement la qualification Le Pen comme présidente (l’effet femme, l’effet neuf, l’effet dédiabolisation, l’effet je-vous-l’avais-bien-dit, l’effet tout-sauf-Sarkozy). L’abstention serait probablement plus forte, accentuant – comme toujours – l’extrémisme.

Si Juppé l’emporte à la primaire à droite sur Sarkozy, il est possible (sinon probable) que Hollande renonce à se présenter à gauche, laissant soit les caciques se pousser pour la bonne place (et être battus parce que trop peu aimés ou trop peu légitimes dans l’opinion), soit un « poulain » adoubé par lui renverser le jeu de quilles sur le thème de la jeunesse et du renouveau (pourquoi pas Macron ?). Auquel cas, le duel serait à nouveau entre la droite (modérée avec Juppé) et la gauche (refaite avec Macron, Valls ou équivalent) – et il ne serait alors pas sûr que Marine Le Pen puisse figurer au second tour.

Si elle y figure, Juppé sera élu. Ce serait le « moins pire » pour la gauche comme pour la droite modérée et le centre.

Je laisse de côté les cinq autres candidats à la primaire de la droite, non qu’ils soient sans intérêt pour leur camp, mais ils semblent avoir très peu de chance de l’emporter face aux deux leaders historiques, Sarkozy et Juppé.

Si vous avez suivi le raisonnement, vous conviendrez que dans tous les cas, que vous soyez de droite, du centre ou de gauche, vous avez intérêt à aller voter à la primaire de la droite pour qualifier Juppé :

  1. Ce serait éviter Sarkozy et ses façons imprévisibles, à la limite dangereuses, à la Trump
  2. Ce serait forcer Hollande à passer la main sous peine que la gauche soit nettement battue
  3. Ce serait un moindre mal pour tous face à Marine Le Pen au second tour.

La raison, le projet politique pour la France, comme la tactique politicienne du billard à trois bandes, exige donc d’aller voter Juppé à la primaire de la droite. CQFD.

Liste des bureaux de vote près de chez vous http://www.primaire2016.org/ou-voter/

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7 réflexions sur “Voter Juppé en primaire

  1. Vous aviez de l’intuition : c’est Fillon.
    Mais le principal reste d’avoir éliminé Sarkozy aux primaires, donc à la présidentielle. Il avait certaines qualités (durant ses 2 ou 3 premières années), il les a gâchées ensuite.
    Désormais, tout est ouvert – et c’est tant mieux ! Les électeurs vont pouvoir voter POUR un programme ou une personnalité et pas CONTRE un personnage.
    Quant aux « commentaires » épouvantés de ceux qui font une « horreur économique » de François Fillon, il faut noter que le programme de Juppé est vraiment TRES proche… Mais les médias sont incorrigibles et la « gôch » en mal de programme elle-même adore taper sur l’ennemi ; elle a ainsi l’impression d’exister encore.

  2. Cher jeune sanglier (si j’en crois votre probable pseudo), vous semblez vivre la politique de façon aussi directe et fervente que le surnom que vous vous êtes choisi (ou que les anciens ont accolé à votre ancêtre au temps où les noms s’établissaient). L’instauration de la « primaire » montre que l’expression du peuple n’est pas – hélas ! – aussi directe. Les partis veulent la compliquer afin que vive le système représentatif sans aucune dose de direct…
    Voter François Fillon (homme qui a un vrai programme, ce qui est rare, tout comme Bruno Le Maire) pourrait se concevoir s’il ne s’agissait pas AVANT TOUT de faire barrage au duo de bras cassés qui veulent s’accrocher : Sarkozy et Hollande. Si le premier gagne la primaire, le second se représentera « pour faire barrage ».
    Si l’on désire, au contraire VIRER les deux, il est nécessaire, en primaire, de voter pour le plus à même d’éliminer Sarkozy. Au vu des sondages, le choix est évident. Même si chacun peut garder ses convictions sur les autres.

  3. Dommage. J’aurais préféré Fillon qui a davantage la carrure du poste.

  4. Je n’appelle pas à voter Juppé comme président. J’appelle à user de la tactique offerte par cette mode des primaires, usine à gaz bien dans le ton des énarques qui tentent à tout prix de sauver leur pouvoir, pour EVITER de retrouver Hollande ou Sarkozy comme président.
    Je répète, je l’ai pourtant écrit en première phrase de l’article, il s’agit de tactique, pas de conviction, ni de vote final (qui n’aura lieu qu’en mai prochain) : SI Sarkozy est investi à la primaire, alors nous aurons inévitablement Hollande à gauche et l’on rejouera le duo des bras cassés de 2012 que l’on a assez vus.
    Le SEUL moyen d’éviter d’avoir Hollande est de désigner Juppé comme vainqueur des PRIMAIRES à droite. Nous éviterons par la même occasion Sarkozy.
    Il y aura alors un choix possible plus vaste, puisque Hollande pourrait ne pas se représenter, n’ayant aucune chance face à Juppé.
    Mais si Hollande ne se représente pas, il y aura quelqu’un d’autre à gauche, peut-être du neuf (mais il ne faut trop rêver).
    Donc pour enfin changer, il est nécessaire de désigner Juppé à la primaire, sinon le jeu reste figé en Sarkollande.
    Au vu de l’offre politique post-primaires, plus tard, au premier tour, chacun pourra choisir son projet et sa personnalité, puis voter pour le moins pire au second tour.
    C’est un effet de plus que n’ont pas prévu les sorciers en com’ des politiciens : l’instauration d’une primaire casse les clivages droite et gauche en les poussant aux extrêmes. Les électeurs en ont ras le bol des promesses de raser gratis et des surenchères de « social » (toujours pour les autres) ou de « sécuritaire » (sans aucun moyens). Seuls les partisans sont convaincus – et ils sont TRES peu nombreux : pourquoi devraient-ils confisquer la décision des électeurs par leurs outrances ?

  5. Lassé de la politique belge fragmentée à l’image de la découpe institutionnelle du pays plat, je suis les campagnes américaine et française. Ce sont effectivement les affrontements de personnalités qui dominent. L’émotion plutôt que la raison. Mais la raison l’emportera, heureusement dans ces deux grands pays : Hilary et Alain on stage. Un peu étonné par l’appel franc et engagé d’Argoul en faveur de Juppé, je souscris néanmoins au vote utile et nécessaire pour la France et le monde. Donc, je vote virtuellement pour le maire de Bordeaux aux quatre tours prochains,quels que soient ses adversaires. La publication des coups de sang d’Hollande est indigne de la fonction qu’il incarne. Valls est estampillé partenaire du président et Macron, c’est trop tôt, trop vite. Et si Hollande devait adouber un successeur, comme le conseille Argoul à François: qui ? Je suis curieux. Ah oui, je crois aussi que le faux brûlot d’Hollande, collationné étonnamment par deux journalistes de l’avenue Pierre Mendès-France (2017) signe son chant du cygne.

  6. Je souscris à chacune de vos affirmations – hélas !
    Mais avec les 3 tours désormais, il nous faut en primaire déblayer, au premier tour orienter, au second tour éliminer.
    Ce n’est pas aussi simple et clair qu’un régime parlementaire où la majorité emporte le gouvernement, puisque notre tempérament « latin » pousse au césarisme et exige de choisir non pas un programme mais un projet, non pas un gouvernement mais une personnalité.
    Merci de vos commentaires et appréciations, avançons dans la bonne direction en pensant par nous-mêmes.

  7. J’ai bien suivi votre raisonnement, et il est, hélas, implacable.

    Je dis hélas, car si Juppé ne manque pas de qualités : expérience, modération, un certain bon sens et (pas toujours) du jugement, il manque cruellement, à mon goût, de cette amplitude d’esprit que possédaient De Gaulle ou Mitterrand due à leur culture, à leur hauteur d’esprit et à leur expérience de la vie et des hommes appliquée à la politique. C’est ce qui leur donnait la  »majestas » qu’aucun autre président, à mon sens, n’a possédé.

    Et puis je ne le vois pas faire rêver les Français.

    Et enfin, même si ce n’est pas ce qui contribuera à relever notre pays ou à le faire basculer dans le néant, je le trouve d’une bien coupable candeur face à l’islam  »modéré » avec lequel il se dit en phase, et confiant.

    Alors oui,  »par raison », faute de mieux (mais on a les hommes politiques qu’on mérite ou que nos concitoyens nous imposent), mais que c’est triste d’en être réduit à çà.

    Encore merci pour vos billets quotidiens, toujours très riches d’idées et de découvertes littéraires. Mais comment faites-vous !

    Alain Gout

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