Bain en cascade d’Asuncion

Le déjeuner de l’hôtel est sommaire, à la mexicaine. Il est composé de trois tortillas, ces galettes sèches de maïs, fourrées d’une mayonnaise de champignons et de quelques rondelles de tomate et concombre. Nous prenons le bus pour deux heures de route vers le pays des Lacandons.

L’étape est ponctuée d’un détour vers les cascades d’Asuncion, à 7 km à l’écart de la grand-route. Il fait très chaud dans les collines. Thomas prend « un guide » à la communauté du village, plus pour faire vivre les gens que pour trouver le chemin, et nous voilà en route à pied vers les cascades. Il y a près d’une heure de marche dans le cagnard, en descente, en montée, avant d’entendre la rivière du haut d’une forte pente sous les bois. Il fait chaud et ça monte. Heureusement qu’une partie du chemin est sous les arbres. Outre le guide adulte, nous accompagnent deux petits garçons pieds nus et en polo déchiré. Le plus jeune, José Diaz, est le fils du guide Mateo ; il peut avoir 8 ans. L’autre garçon est un cousin de 10 ans portant une chemise blanche, Antonio. L’eau bruissante se fait entendre de plus en plus fort. La rivière bouillonnante est là.

Plus haut, en amont, se dresse la grande cascade qui barre le paysage de son déversement écumeux. La rivière se jette du haut de la barre rocheuse en arc de cercle, à près de 40 m de hauteur. C’est plus brutal qu’à Agua Azul.

Mateo me dit qu’il y a une grotte derrière le rideau d’eau. Peut-être même un trésor… Je n’y crois pas une seconde, cela fait partie des mythes de toutes les cascades, chez nous les ondines y cachent tout ce qui brille qu’elles ne peuvent résister à dérober. Nous nageons dans les bassins successifs créés par les remous de l’eau. Il faut éviter le courant central qui est très fort et qui entraîne rapidement vers le bassin aval très remuant. Rien de grave, Thomas en fait l’expérience, mais il vaut mieux être prévenu.

Seul Antonio a ôté sa chemise pour nous suivre à la nage ; le petit José semble ne pas savoir nager. Antonio est robuste pour ses dix ans, il a déjà l’air réservé et presque triste des adultes face aux étrangers que nous sommes. Mais il reste enfant : il sourit parfois à mes imitations d’oiseaux, tout comme il prend une attitude gamine, les bras serrés sur sa poitrine lorsque l’eau issue de la cascade tombe en pluie fine sur sa peau nue, glacée par l’air déplacé.

Nous allons sur un rocher plat, surélevé, face à la chute. Nous prenons en pleine face les embruns serrés de la cascade, au point qu’il est difficile de garder les yeux ouverts. Antonio a froid et tremble, sa peau se hérisse comme celle d’une poule, ses muscles se tendent, il raidit son maintien. Mais il ne dira rien, il sera comme les adultes. Il ne se relâchera qu’un peu plus tard, dans l’eau plus tiède d’un bassin. S’agrippant aux pierres et aux racines, il longera la forte pente hors de l’eau pour rejoindre José qui, resté habillé, l’attend. Ils se racontent des histoires tous les deux, ils rient.

Une fois séchés, les deux petits accompagnent les premiers du groupe qui repartent jusqu’au village. Ils sont très consciencieux, se retournant pour nous attendre. Ils marchent régulièrement de leurs pieds nus infatigables, tout en transpirant comme nous, ce qui colle leur chemise à leurs dos.

Une fois chez eux, leur mission accomplie, ils consentent à bien vouloir comprendre l’espagnol. Leur réserve initiale était de la timidité. Ils se laissent même prendre en photo, ce qui ne leur était jamais arrivé de leur vie au vu de leurs têtes lorsqu’ils se sont vus sur les écrans des numériques. Jacques leur montre les prises et tout le village s’agglutine, ou presque, pour découvrir cette « télé » portative. Nous quittons ces petits avec quelque regret mais la beauté d’une rencontre est dans son éphémère.

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