Tony Cavanaugh, L’affaire Isobel Vine

Un nouveau commissaire principal doit être nommé à la tête de la police de l’état de Victoria, le poumon économique de l’Australie. L’efficace et froid Nick Racine est tout désigné – sauf qu’une affaire non résolue depuis 25 ans lui pend toujours aux basques. Il a été soupçonné d’avoir eu quelque chose à voir avec la mort d’une jeune fille d’à peine 18 ans, Isobel Vince.

Suicide ? Jeu sexuel qui a mal tourné ? Meurtre ? La jeune Isobel a été retrouvée nue, une cravate bleu marine nouée autour du cou, et pendue à la poignée intérieure en cuivre de la porte de sa chambre après avoir eu un ou plusieurs rapports sexuels – avec préservatif. A peine sortie du lycée, son prof d’anglais littérature qui sortait déjà avec elle lui avait fait obtenir une bourse pour un échange scolaire avec La Paz, et lui avait demandé de lui rapporter un petit « cadeau » d’un de ses amis là-bas, à son retour.

C’était de la cocaïne, elle avait été dénoncée et arrêtée à l’aéroport, mais laissée en liberté car elle ignorait tout du paquet et ne se droguait pas. Depuis lors, les flics fédéraux ne la lâchaient pas ; ils voulaient qu’elle parle, qu’elle dise qui lui avait demandé de prendre le paquet, pour le compte de qui. Elle n’avait rien lâché, ce qui est une erreur car, comme le dit l’ancien flic mandaté pour reprendre l’enquête, avant que vous parliez vous êtes une menace, une fois que vous avez parlé c’est trop tard ; on ne peut que vouloir se venger, mais ce n’est que la mafia qui le fait.

Son ancien patron, le commissaire Copeland Walsh, qui va quitter son poste pour la retraite, est venu quatre ans après sa démission de la police, demander à son ancien inspecteur principal préféré d’enquêter à nouveau sur l’affaire Isobel Vince afin de blanchir définitivement Racine – ou pas. Il a un mois pour le faire, avec une équipe composée à son gré, un appartement et une voiture de fonction. Retiré au bord d’un lac sur la côte de la Nouvelle-Galles du sud, Darian Richards hésite, mais ne peut faire faux bond à son mentor qui lui a appris le métier, presque un père pour lui.

Il engage Maria Chastain, avec qui il a fait équipe dans le temps, et Isosceles, geek surdoué pénétrant tous les systèmes. Mais l’affaire remonte au temps du vieux téléphone à fil et des dossiers papier, avant même l’analyse ADN. Il faut agir à l’ancienne, reconstituer l’emploi du temps, recouper les témoignages, revérifier les alibis. Les dossiers des stups et de l’enquête de police ont soupçonné Dominic Stone, fils de petit juif élevé à la dure et qui s’est fait tout seul, d’avoir commandité la cocaïne pour se lancer sur le marché après les déboires de la crise financière de la fin des années 1980 – mais aucune preuve tangible, aucune dénonciation ; il n’a pas été inculpé. Ses hommes de main étaient quatre jeunes flics, Racine, Monahan, Stolly et Boris, tous frais sortis de l’école de police, gonflés de testostérone et de vanité juvénile. Avec leur pistolet, leur voiture à gyrophare, ils se sentaient les maîtres de la ville, baisant sec, buvant trop, roulant des muscles. Le titre anglais, le Royaume de la Force, le dit bien.

Il est établi qu’ils se sont « invités » tous les quatre à une fête donnée par Isobel chez elle, sur la recommandation d’une amie, « Ruby Jazz », nom de scène d’une danseuse pute d’un cabaret de la ville. Ruby trouvait Isobel coincée, elle qui ouvrait sa chatte aux mâles dès l’âge de 13 ou 14 ans (c’était l’époque) ; mais elle avait noté le petit ami Tyrone, avec qui Isobel était sortie dès ses 15 ans, et surtout Brian Dunn, le prof d’anglais, qui l’avait baisée dès l’année suivante avant de la favoriser pour la bourse. Tous sont suspects, même si rien n’a jamais été établi contre eux.

Ce chaud cold case mêle l’excitation sexuelle, l’ambition politique, les problèmes de couple dans un Melbourne dur à vivre, où chaque maison ou coin de rue rappelle à Richards un meurtre qu’il a connu, l’enfant de 4 ans découpé en huit morceaux et reconstitué en lego sur la table de la cuisine, une famille massacrée avec trois enfants par un délirant halluciné sous emprise de meth, vieille dame étranglée… Darian et Maria vont successivement interroger tous les protagonistes d’il y a 25 ans, les quatre flics, le promoteur, l’ex-petit ami, le prof, le premier flic arrivé sur les lieux, désormais à la tête du syndicat de police. Eli, le père d’Isobel, vieux bijoutier juif dont c’était la fille unique, sait qu’elle ne s’est certainement pas « suicidée ».

Chacun sera tour à tour mis en cause, pour de bonnes raisons, mais sans rien de concluant. Vérité impossible ? Et si le meurtrier était étranger à toute cette bande ? S’il avait agi pour d’autres raisons ? Un indice tiré par les cheveux – 25 ans après – permettra de résoudre enfin l’énigme et de permettre la nomination d’un nouveau sans soupçon de scandale au poste de commissaire. Mais cela n’a pas été sans mal.

Plutôt mal écrit, sauf à certains moments où l’auteur se met au lyrisme sur les gens ou les méthodes, ce thriller est bien construit et nous égare en nous enfermant dans la liste initiale des possibles coupables. La fin est inattendue, ce qui est bien le moins.

Tony Cavanaugh, L’affaire Isobel Vine (Kingdom of the Strong), 2015, Points policier 2018, 474 pages, €8,10, e-book Kindle10,99

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