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Baie d’Halong

L’intérêt de tous les repas est que le régime des cinq fruits et légumes par jour est respecté à chaque fois, et au-delà. Le petit-déjeuner est à lui seul un véritable repas. Il propose du viet, du chinois, de l’anglais, un zeste de japonais et des trucs sucrés pour Yankees. La France n’y laisse aucune trace. Les « croissants » pain aux raisins ne sont que des formes en pâte levée industrielle, bien loin des originaux. Nous ne sommes pas les seuls au petit-déjeuner dès 6h30. Des Chinois aussi : riches, branchés, téléphone mobile en bandoulière, les femmes aux cheveux courts et en pantalon paradent avant de prendre le bateau pour la baie.

Je suis déçu par cette étape d’une demi-journée en baie d’Halong, formatée pour le tourisme de masse. Déjà, la gare maritime est construite comme un aéroport avec boutiques, salle d’attente et files d’embarquement sur vérification des billets. Un dragon en peluche rouge, grand comme un ours, vous accueille à l’entrée pour fêter le nouvel an. J’ai le souvenir d’une baie encore brute il y a 28 ans, avec ses pêcheurs vivants sur l’eau et sa jonque à voile chinoise aux deux mâts et à voile lattée rouge. Plus rien de tout cela aujourd’hui, mais une multitude de bateaux de croisière, parfois grands comme des immeubles flottants. Notre bateau n’est pas de cette taille, resté à l’ancienne et privatisé. Il nous sort à petite vitesse vers le paysage karstique à la végétation accrochée sur les pentes. Le temps est couvert au matin mais lumineux, il y a de la brume dans les lointains, soulignant la perspective en dégradé. Flottent des odeurs de mer dans un climat tempéré.

La baie d’Halong, dont le nom signifie descente du dragon, est réputée laisser les écailles du dos du dragon émerger de la mer où le monstre s’est enfoncé. Selon la légende, l’Empereur de jade (dieu des dieux des mythologies chinoise et vietnamienne) a envoyé une mère-dragon protectrice (et ses bébés), êtres merveilleux et bénéfiques au Vietnam, pour aider les Vietnamiens à se défendre contre leurs envahisseurs. Cette famille de dragons a craché des perles et du jade dans la baie d’Along, qui se sont transformés en îles et îlots, gênant les navires des envahisseurs. La mère dragon est descendue à Hạlong, et ses bébés dans la Baie Tu Long Bay (« petits dragons s’amusant dans la mer », en vietnamien). Ce labyrinthe a permis à l’armée vietnamienne de stopper l’Empire chinois voisin par trois fois. En 1288, le général Trần Hưng Đạo stoppe l’invasion de l’Empire mongol en coulant leur flotte à la Bataille du Bach Dang (1288). Des pieux ayant servi à l’époque ont été retrouvés dans la « grotte des Bouts de Bois » de l’île des Merveilles, et sont depuis exposés au musée de Haïphong. À la fin du XVIIIe siècle, la baie servait de refuge de piraterie que la Royal Navy a éradiquée à partir de 1810.

La baie, à 170 km d’Hanoï, comprend quelques 1969 îles ou îlots karstiques, pour la plupart inhabités. La géologie s’est formée en haute mer au Paléozoïque (entre 541 et 252 millions d’années). Une épaisse couche de sédiments s’est formée que les mouvements de la croûte terrestre ont fracturée. Le retrait de la mer l’a exposée à l’érosion, la pluie et des rivières souterraines ont creusé de nombreuses grottes.

Dont celle de notre premier arrêt, la grotte de la surprise. La fameuse « surprise » est une autre grotte à la suite, puis une troisième. Il s’agit de cavités à la Padirac avec stalactites en chou-fleur et concrétions qui dessinent des figures pour l’imagination d’ici : un Père Noël, des tortues, un petit cochon, le cobra, et même pourquoi pas Notre-Dame de Paris. Une pancarte arborant un vieux sénile courbé, à lunettes et à canne, dissuade en vietnamien et en anglais les vieillards, hypertendus et cardiaques, de s’aventurer plus avant. Elle vise sans doute les Américains obèses et les gros Chinois, pas nous panou.

L’escalier est à sens unique tout au long, aménagé pour le tourisme chinois en 2014. Il faut en effet imaginer des hordes de Célestes de la classe moyenne, venus du pays voisin par charters entiers, déambulant par milliers l’été dans cette grotte obscure. Nous en avons quelques exemplaires en bande, quelques adolescents, mais quasiment pas un enfant. Ils sont sans doute à l’école en Chine. Un ado encore au teen-age arbore par-dessus son tee-shirt sa chaîne d’acier où pendent quelques petites breloques ; il porte un autre bijou en-dessous, au bout d’un lacet noir, peut-être une rondelle de jade à même la peau. La jade verte est la pierre la plus précieuse, elle symbolise la noblesse, la beauté, la grâce, la pureté et l’immortalité. L’adolescent qui se cherche arbore donc sa beauté au col. Sur la photo que je prends, il me jette un regard interrogatif et suspicieux derrière les verres de ses lunettes.

Des boutiques de souvenirs, de nourriture et de boissons ponctuent évidemment l’itinéraire. Que serait le tourisme sans la bouffe et la soif avide ? La modernité américaine est ici sinisée car le « manger » est compulsif, souvenir atavique des siècles de disette où l’on dévorait jusqu’aux vers de terre (crus) et les scorpions (une fois grillés).

Quelques tours d’hélice, puis nous sommes débarqués de façon autoritaire sur l’île de Ti Top, autrement dit Guerman Titov, un astronaute soviétique de 25 ans qui a effectué le 6 août 1961 le deuxième vol orbital de l’ère spatiale dans le cadre de la mission Vostok 2. Né en 1935, il est mort en 2000.

Outre la plage de sable en croissant de lune et les inévitables bars et boufferies rapides, il existe un vague « point de vue » sur la baie avec un temple au sommet. Mais il faut monter 96 m (et les redescendre) pour accéder à ce que l’on a vu depuis la mer : les écailles du dragon, ces pitons karstiques qui émergent de l’eau. La plupart des gens prenne une boisson ou arpentent les boutiques de souvenirs, la plage de sable n’est occupée que par quelques gamins les pieds dans l’eau, mais nul ne se baigne. Le tourisme n’a pas le temps, c’est une industrie et tout est minuté. La bière ou la noix de coco fraîche sont tous à 50 000 dongs, environ deux dollars ou deux euros. Les palmes dessinent des traits aigus comme au pinceau sur le paysage, soulignant les petits qui se trempent les pieds ou font des cabrioles sur le sable, les bateaux à l’ancre et le fond de pitons karstiques. Près de nous, assises sagement sans rien voir du paysage, deux jeunes filles consultent leur gadget social qui les relie au monde.

Nous retournons sur le bateau pour un déjeuner fort bon durant le retour, avec crevettes grillées, frites à la française, calamars frits, chou étuvé, et poisson sauté à la tomate et aux poivrons. Les repas sont toujours l’occasion de connaître un peu mieux les autres. Nous sommes très vite de retour au port. Cette excursion n’a rien à voir avec la baie d’il y a 28 ans, quasiment plus aucun pêcheur ne vit sur l’eau. Ils sont remplacés par de hauts bateaux de croisière neufs dont certains ressemblent à des immeubles qui se seraient détachés de la côte.

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Phénomènes de société à Tahiti

Mopelia est un atoll situé au sud-ouest de Maupiti. Quatre kilomètres de terres basses entourent un lagon fertile en nacres. Une quinzaine d’habitants vit du coprah. Mopelia possède une passe et est donc accessible par bateau. Aucune structure d’hébergement et aucun magasin toutefois. Il fut un temps, il y avait une rotation toutes les deux semaines depuis Maupiti, c’était, c’était… il y a pas mal de temps. La dizaine de famille vivant à Mopelia est privée de ravitaillement depuis le mois d’avril 2014 et 35 tonnes de coprah attendent de pouvoir être embarquées à bord du navire de la flottille administrative. En théorie, les rotations entre Tahiti et Mopelia s’effectuent tous les 6 mois. Le navire ne peut, compte tenu de son tonnage, emprunter l’unique passe de l’île. Il doit au préalable embarquer la barge de l’île de Maupiti pour effectuer les transferts de marchandises sur Mopelia. Malheureusement, l’état de la mer, l’indisponibilité de la barge pour cause de problème mécanique a empêché le Tahiti Nui 8 de procéder au ravitaillement en vivres des habitants. Depuis avril 2014, Mopelia n’a plus de gaz, d’essence ni de nourriture. Les habitants n’ont que les poissons pêchés dans le lagon et les cocos pour se nourrir. Le Tahiti Nui 8 n’a pu rejoindre Mopelia en novembre, il devrait atteindre l’île le 15 janvier, nous sommes déjà le 25 tandis que j’écris ces lignes… Sœur Anne, ne vois–tu rien venir ?

cascade foret tahiti

Mais ça avance, merci. Des murs gris, pas encore de toit, encore 4 girafes sur le chantier, la prison près de Papeete s’élève. Le palace s’annonce luxueux. Ce chantier financé par l’État coûte la bagatelle de 5,85 milliards de XPF (49 millions d’euros). Une cellule au prix d’un appartement 120 000 € par prisonnier. Nuutania, réputée la prison la plus surpeuplée de France et de Navarre, sera rafraîchie et continuera à servir (pour les femmes et les mineurs) quand celle de Papeari entrera en fonction au 1er semestre 2017. 410 détenus devraient intégrer cette nouvelle geôle. Madame la Directrice de l’Administration pénitentiaire était venue fin septembre 2014 se rendre compte sur place.

En début juillet, le Resort superluxe de Tetiaroa, The Brando, a ouvert ses portes avec deux familles de clients américains. Il aura fallu 5 années de travaux, un investissement annoncé de 11 milliards de XPF (presque 100 millions €, défiscalisés bien sûr pour), qu’enfin les premiers clients profitent de cet endroit paradisiaque. Le séjour minimum, d’après la pub, est de 3 jours en pension complète pour un couple et coûte au bas mot 9 000 € plus 600 € par personne pour l’aller-retour en avion (50 km, 15 minutes de vol). Qu’on se le dise, le refuge pour millionnaires est ouvert. D’après les langues de vipère de Radio Cocotier, cet hôtel serait un leurre pour une vaste opération immobilière. Il resterait à vendre 585 ha des motu de l’atoll. Du calme, il y en aura pour tout le monde !

montagne brume tahiti

« Et si on autorisait les casinos des bateaux de croisière à quai ? » Le Pays réfléchit à ouvrir aux croisiéristes les salles de jeux des navires amarrés à Papeete afin de favoriser des escales plus longues, qui seraient bénéfiques pour l’économie locale. La législation actuelle est ambiguë, mais le permettrait…

48 heures de dérive, deux nuits en mer et 11 vols de recherche effectués par 3 aéronefs différents (le Gardian de la Marine nationale, l’hélicoptère Dauphin de l’Administration et le Casa de l’armée de l’air). Mais ils ont été retrouvés ! Ils ne possédaient pas de balise de détresse. Ces trois naufragés appartenaient à la communauté de l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (Mormons). Le sauvetage a coûté 65 millions de XPF, aux frais de la société.

Hiata de Tahiti

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