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Little Buddha de Bernardo Bertolucci

De belles images reconstituent la vie de l’Eveillé. Keanu Reeves à 29 ans fait un beau prince Siddhârta, magnifique de jeunesse dans ses parures barbares. Les moines du Bhoutan ont la placidité d’une sagesse plus de deux fois millénaire qui fait ressortir, par contraste, le prosaïsme insignifiant de la vie quotidienne américaine. Les problèmes d’affaires de l’architecte de Seattle (Chris Isaak), les états sentimentaux de sa prof de maths de femme (Bridget Fonda), les egos hypertrophiés évidents de ces Américains moyens englués dans le matériel, paraissent artificiels et même ridicules face à la vivacité des moinillons, à la richesse humaine des moines bouddhistes, à la spiritualité des actes simples de la vie telle que naître, jouer, apprendre, se nourrir, mourir… Tout le film se joue sur ce contraste.

L’enfant américain Jesse est banal, spontané et sans éducation (Alex Wiesendanger) – le parfait kid contemporain de 9 ans, son âge au tournage. Il n’a même pas la beauté ni la curiosité pleine de vie de ses pareils. À côté de Raju, le petit vif-argent de Katmandou (Raju Lal), combien il apparaît conventionnel et mollasson !

Des moines bouddhistes venus tout droit du Bhoutan annoncent à l’American kid qu’il est la réincarnation d’un grand lama, leur chef, récemment décédé – le spectateur n’y croit pas. Mais ils le veulent pour eux, dans l’Himalaya et lui donnent à étudier la vie du prince Siddhartha qui deviendra Bouddha – tout comme ils espèrent que le kid s’éveillera lui aussi. Après tout, « la voie » s’apprend, elle est une expérience. Le film alterne donc la banalité du petit mâle avec la somptuosité du prince mythique – au détriment de l’existence matérielle contemporaine.

Mais sa fin est mièvre. La réincarnation ne choisit pas, dans un ô-cul-bénisme fort peu bouddhique mais bien américain et bien commercial. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, acceptable, même la chipie indienne qui se croit l’intelligence suprême (Greishma Makar Singh). Que passe un souffle d’esprit ? il est considéré avec « respect », on « tente cette expérience » – et puis retour à la case départ : la petite vie banale et sans perspective reprend comme avant.

Ce film dédié à Francis Bouygues apparaît comme un CD-Rom pédagogique sur Bouddha aidé des conseils techniques de Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoché. Il est à l’usage de téléspectateurs ignares et surtout yankees. Et c’est dommage, on a le sentiment confus que le réalisateur est passé à côté de quelque chose, d’une histoire humaine, d’un mystère transcendant.

Mais la préoccupation de ce colonisé culturel était de gagner de l’argent, pas de s’ouvrir au spirituel. Et, dans notre système, son film a tout à fait réussi. On savait les Ricains portés à tout accaparer mais là, le bouddhisme au pays du gros bâton machiste et de la dévotion à la Bible, c’est un peu gros. La sagesse millénaire qui se prosterne aux pieds de l’Amérique a quelque chose de bouffon – encore plus une génération après !

A voir pour le somptueux Keanu Reeves en pleine jeunesse et pour la poésie des atmosphères himalayennes qui portent plus à la spiritualité que les centres commerciaux de Seattle.

DVD Little Buddha, Bernardo Bertolucci, 1993, avec Keanu Reeves, Ruocheng Ying, Chris Isaak, Bridget Fonda, Alex Wiesendanger, Raju Lal, Greishma Makar Singh, Sogyal Rinpoché, TF1 2003, 2h10, €29.90

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