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Chichen Itza

Le site de Chichen Itza est très touristique mais moins impressionnant que Teotihuacan, moins agréable à visiter que Palenque et moins beau qu’Uxmal… Il faut dire que beaucoup d’Américains sont en visite, beaucoup de vendeurs de gadgets soi-disant artisanaux s’étalent le long des allées. Ils n’ont pas encore compris que ce sont les enfants qui sont les prescripteurs et non plus les parents, qui préfèrent de vrais objets à poser sur leur cheminée, achetés dans de vraies boutiques. Bientôt, à l’exemple de Disneyland, des endroits pour ça se multiplieront sur les sites archéologiques. Pourquoi pas, après tout ? A condition qu’ils ne viennent pas polluer le paysage et mêler la marchandise aux vestiges mêmes des cultures. Peu de gens, il faut en être conscient, souhaitent « en savoir plus » ; la plupart ne vient ici que pour l’ambiance.

Le site est bien reconstitué avec un grand terrain de pelote. Les anneaux à 8 m de hauteur sont les originaux. Il s’agit du terrain de pelote principal car le site en compte douze autres ! Celui-ci a 168 m de long pour 37 m de large et apparaît comme le plus grand des terrains de la mésoamérique. Des panneaux sculptés sur le mur de soutènement des banquettes montrent des joueurs en action en deux équipes de sept.

On peut distinguer leur équipement. Ils regardent le capitaine de l’équipe perdante perdre la tête au couteau d’obsidienne (ou l’équipe gagnante selon les sadiques, aucun fait ne vient étayer l’une ou l’autre des deux hypothèses). Sept flots de sang jaillissent du cou tranché sous l’aspect de serpents et, au centre, une plante chargée de fleurs et de maïs, symbole notable de fertilité, est ainsi donnée. Au-dessus des panneaux, une moulure en saillie figure le corps d’un serpent gigantesque dont la tête est sculptée à chaque extrémité des talus.

La ville aurait été fondée par Quetzalcoatl – attention, pas le dieu ! mais un roi qui portait ce nom en 987 de notre ère. Les monuments imposants militent pour une cité-forteresse érigée après conquête par la force des populations environnantes. On dit que ce sont les Itzas, peuple de navigateur venus d’ailleurs par la côte, qui auraient entrepris de se tailler un royaume au 8ème siècle. L’endroit est justifié par la présence de l’eau.

Au fond du site s’ouvre en effet un vaste « cenote », une vasque naturelle à ciel ouvert de 60 m de diamètre dont le nom est le « cenote des sacrifices ». L’on y jetait des vierges à Tchac pour faire venir la pluie, fillettes incluses. Leurs narines et leur bouche étaient enduites de caoutchouc liquide qui se figeait au contact froid de l’eau, étouffant les sacrifiées.

Le guide, compatissant, nous précise que ces « éléments féminins » étaient drogués préalablement et qu’ils ne s’en rendaient pas compte. On jetait aussi des mâles, jeunes hommes égaux aux dieux auxquels ils devaient ainsi « parler » et garçons dont la beauté était une offense pour l’humble vie terrestre. Les offrir aux dieux était un échange de bons procédés : on vous donne ce que nous avons de meilleur, vous nous donnez ce dont nous avons besoin, la pluie et la fertilité. Sous nos yeux un adolescent américain se laisse saisir par sa robuste compagne et crie au-dessus du vide pour avoir l’illusion de ce qui pouvait arriver. Toujours pragmatiques, ces anglo-saxons. En 1904, le consul des Etats-Unis a acheté le site pour y faire des fouilles et surtout draguer le grand cenote à la recherche d’objets de prix.

Des disques d’or montrant des scènes de sacrifice, des grelots, des bijoux de jade, de cristal de roche et d’ambre, des statuettes en os ou en nacre, ont été remonté des eaux. Mais aussi des squelettes : 13 hommes, 8 femmes et 21 enfants de 1 à 12 ans. La datation des ossements permettent de dire que les sacrifices, probablement intenses en périodes de sécheresse, ont été perpétrés du 7ème siècle jusqu’après l’arrivée des Espagnols.

Malheureusement, et je ne sais par quelles circonstances, le guide francophone qui nous parle a un accent allemand à couper au couteau. Un véritable accent de caricature des films si longtemps projetés depuis un demi-siècle qu’il nous fait sourire par automatisme. Tant et si bien que, lorsqu’il évoque « les vierrrges jetées du haut du rrrrrocher – hein ! – on les jetttttait ! », il y a comme un souffle de « Docteur Folamour » dans sa version doublée en français. Mais peut-être est-ce seulement le ton qui nous paraît ainsi obsédé et sadique ? S’est-on posé la question de notre accent français auprès des autres ? Les Anglais, férus de patates chaudes « into the mouth » trouvent notre ton bien catégorique et nous taxent pour cela de vanité. Les Allemands trouvent notre façon de parler trop rapide, avec trop de mots inutiles, et nous taxent pour cela de frivolité. Pour les Italiens, nous utilisons au contraire trop peu de vocabulaire et sans chanter les phrases, ils nous trouvent constipés… Comme chaque peuple, nous croyons notre langue, notre culture, nos pensées, être ce qui se fait de mieux au monde. Et pourtant, les chiffres de l’ONU sont formels : jamais dans le monde entier il n’y a eu autant d’étrangers…

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