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Le Loup-garou de Londres de John Landis

Dans le crépuscule d’un paysage de landes au nord de l’Angleterre, deux yeux jaunes trouent l’obscurité. C’est une bétaillère qui s’arrête à un croisement de routes. Le chauffeur descend, va ouvrir l’arrière et laisse descendre deux jeunes Américains en sac à dos, assis parmi les brebis. Une fois leurs études secondaires terminées, David (David Naughton) et Jack (Griffin Dunne) font leur tour d’Europe, du nord de l’Angleterre au sud de l’Italie. Mais la malédiction de l’Ancien monde, d’où sont partis les puritains pour créer la Nouvelle Jérusalem, ne peut que les rattraper. Telle est la vision yankee du monde : nous ou le chaos.

Les deux étudiants amis suivent la route du parc national des North York Moors jusqu’au village d’East Proctor serré autour de son église et de son pub. Lequel a pour enseigne grinçant dans le vent qui se lève L’agneau abattu, curieuse dénomination d’autant plus que la figure est celle d’une tête de loup décapité. Lorsque les jeunes entrent à l’intérieur, il se fait un grand silence. Les consommateurs de bière se figent et les regardent en chiens de faïence. Ils demandent à manger – il n’y en a pas ; du café (à l’américaine) – il n’y en a pas ; alors un thé – il n’y en a pas (mais je peux vous en faire). Déjà le ton est donné, entre frissons et ironie.

Car le loup-garou est peut-être une superstition médiévale que personne ne peut plus croire à la fin du XXe siècle, mais l’étoile à cinq branches peinte sur le mur du pub date d’il y a longtemps et personne n’a repeint dessus. Pour les Yankees c’est l’étoile du Texas car il n’existe rien en dehors de leur propre univers, mais pour les Anglais locaux c’est un pentacle, une protection contre le mal. Ils y croient mais ne veulent pas l’afficher, cela ferait trop plouc devant des jeunes venus d’Outre-Atlantique, mais ils n’en pensent pas moins. Lorsque Jack demande brusquement ce que l’étoile fait là, avec le sans-gêne et l’art des pieds dans le plat propre aux mœurs yankees qui se croient les maîtres du monde, les hommes leurs disent d’une seule voix « partez ! ». Seule la tenancière au comptoir tente de les mettre en garde mais, refroidis, les deux amis s’en vont.

« Restez bien sur la route et méfiez-vous de la pleine lune », dit quand même le patron. Mais les étudiants venus du pays phare de la terre s’en foutent, en bons jeunes, imbéciles et Yankees sûrs d’eux-mêmes de surcroit. Ils dérivent donc hors de la route sans s’en apercevoir, tout en discutant de sujets futiles ou se moquant du chien des Baskerville hululant dans la lande chez Conan Doyle. Et c’est là qu’un hurlement les saisit…

L’obscurité les empêche de voir et ils se sentent cernés par le son, complètement perdus à force de tourner en rond bien que leurs gilets ne soient pas jaunes mais rouge vif ou vert. Un feulement et c’est le drame. L’un d’eux est croqué, c’est Jack, l’autre fuit mais, penaud, se reprend et revient pour sauver son ami mais c’est trop tard. David va lui-même succomber aux griffes monstrueuses du Goliath velu, déjà lacéré à la joue et au torse comme d’une caresse amoureuse avant l’égorgement à pleine mâchoire, quand des coups de feu éclatent. Avant de s’évanouir, le jeune homme a le temps de voir un cadavre étendu, nu, mort, troué de plusieurs balles en pleine poitrine. C’était un loup-garou et les gens du pub, pris de remords d’avoir laissé partir les Américains avec leurs doutes, ont pris leur fusil et leur courage dans leurs deux mains pour mettre fin à la malédiction.

Mais comme chacun sait la malédiction se répand comme une pandémie ; il suffit – comme le sida ou le Covid – d’être touché ou griffé pour être contaminé. David passe trois semaines sans le savoir, sous sédatifs dans un hôpital de Londres. Ses plaies ont été pansées et les villageois ont déclaré à la police locale qu’il avait été attaqué par un vagabond devenu fou. Son premier mot saisi par l’infirmière à son chevet, lorsqu’il se réveille, est « Jack ». Le docteur Hirsh (John Woodvine) qui le soigne vient l’interroger sur ce dont il se souvient. David alors raconte l’histoire du loup-garou qui les a attaqués et le docteur ne le croit évidemment pas. Scotland Yard, mandaté par le consulat américain, vient l’interroger. David alors raconte l’histoire du loup-garou qui les a attaqués et l’inspecteur (Don McKillop) ne le croit évidemment pas. Il n’y a que le sergent (Paul Kember), moins imbu de raison intellectuelle, qui est enclin à le suivre mais son supérieur le fait taire : le jeune homme a subi un choc, il fait des cauchemars et prend ses rêves pour des réalités, l’affaire est classée. Autre moment ironique du film d’horreur.

Sauf que Jack va se manifester dans la chambre de son ami, tout ensanglanté et défiguré. Il va d’ailleurs apparaître trois fois, à chaque fois plus putride et décharné, effets spéciaux une fois de plus ironiques. Jack va rappeler à David la malédiction du loup-garou : il a été infecté par la bête et il va se transformer à la prochaine pleine lune (qui survient une fois par mois comme chacun sait, d’où les trois semaines de sommeil nécessaires à l’histoire alors qu’elles le sont peu du point de vue médical pour quelques égratignures). Le mieux qu’il ait à faire, c’est de se tuer avant de tuer les autres. David le sait au fond de lui mais n’y croit pas ; lorsqu’il raconte sa vision à l’infirmière Alex (Jenny Agutter), elle lui dit qu’il a vraisemblablement halluciné, ce qui est normal après un grand choc psychologique.

David va finir par sortir guéri mais, ne sachant où aller et sa jeunesse désemparée ayant tapé dans l’œil de la nurse, elle l’invite chez elle. « Je n’ai eu que neuf amants », déclare-t-elle dans une autre phase ironique du film, « certains une seule fois, et je ne suis pas de celles qui se font des mecs un peu partout – mais vous me plaisez et je ne vais pas passer à côté ». David baise donc Alex, ce qui est toujours curieux à lire en français dans le résumé avant de voir le film, car les anglo-saxons ont la manie d’invertir les prénoms : ce qui est masculin chez nous est féminin chez eux.

Mais la pleine lune arrive et tout se déchaîne. Jack apparaît encore une fois à son ami avant sa première transformation, un chien lui aboie dessus sans raison tandis qu’un chat roux feule et crache à son approche, mais David est obligé de se sentir brûlant à arracher d’un coup son tee-shirt et d’ôter d’un mouvement son pantalon avant de sentir pousser ses poils et ses os s’allonger comme son mufle aux crocs saillants. Il sort courir dans Londres, à poil évidemment, et hurlant à la lune. Un jeune couple fera son repas puis trois clochards peu ragoutant juste pour le plaisir de tuer. David se retrouvera au matin tout nu dans la bauge des loups du zoo de Londres, sur la paille tel un Jésus nouveau-né. Il se sent très en forme et les fauves viennent lui renifler la main, amicaux ; il est un des leurs. Mais il doit regagner l’appartement d’Alex et ruser pour trouver de quoi être décent – une nouvelle ironie dans le film avec la vieille victorienne puis le gamin aux ballons.

L’infirmière a passé la nuit à l’hôpital, elle ne sait rien. Les journaux se déchaînent cependant sur les cinq crimes de la nuit et le docteur a des doutes. Il est allé rendre visite au pub du village isolé et s’est trouvé confronté aux mêmes villageois taiseux, sauf le plus jeune qui lui a laissé entendre qu’il se passait des choses bizarres dans la lande, un loup-garou dit-on. Il faut retrouver David et l’enfermer pour tenter de le soigner. Mais c’est peine perdue. David ne veut rien savoir en Américain sûr de lui-même et qui sait tout. En taxi en route pour l’hôpital avec Alex, qui l’a retrouvé normal, il le fait stopper. Il se perd dans la foule, entre dans un cinéma porno – autre ironie du film – avant de se transformer à nouveau avec le soir qui tombe, haletant alors que lui viennent les poils comme le couple toujours à poil sur l’écran…

Je vous laisse découvrir la fin, les carambolages à l’américaine côtoyant la ruée de policiers non armés et des badauds qui s’agglutinent sans prendre conscience d’un quelconque danger – toute cette caricature de l’imbécilité humaine qui est une fois de plus ironique. Car les moments de tension alternent avec les moments de détente, l’horreur avec la satire, durant tout le film avec les effets spéciaux réalistes de Rick Baker (qui réalisera les effets spéciaux de Star Wars, Greystoke, Gremlins 2 Men in Black), et les chansons du temps qui évoquent la lune (Moon comme la secte). C’est ce qui fait son charme et depuis sa sortie un film de venu culte.

Il se termine par un encadré félicitant Diana d’être devenue princesse par son mariage avec le prince Charles le 29 juillet 1981. Etait-ce une prophétie ? Un loup-garou américain à Londres ? Une malédiction ? Diana s’affichera vite avec son amant arabe tandis que son fils cadet Harry multipliera les frasques, se déguisera en nazi, avant d’épouser une métisse qui le poussera à l’exil, le Megxit…

DVD Le Loup-garou de Londres (An American Werevolf in London), John Landis, 1981, avec David Naughton, Griffin Dunne, Jenny Agutte, Don McKillop, Paul Kember, Universal Pictures France 2001, 1h37, €14.00

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Chichen Itza

Le site de Chichen Itza est très touristique mais moins impressionnant que Teotihuacan, moins agréable à visiter que Palenque et moins beau qu’Uxmal… Il faut dire que beaucoup d’Américains sont en visite, beaucoup de vendeurs de gadgets soi-disant artisanaux s’étalent le long des allées. Ils n’ont pas encore compris que ce sont les enfants qui sont les prescripteurs et non plus les parents, qui préfèrent de vrais objets à poser sur leur cheminée, achetés dans de vraies boutiques. Bientôt, à l’exemple de Disneyland, des endroits pour ça se multiplieront sur les sites archéologiques. Pourquoi pas, après tout ? A condition qu’ils ne viennent pas polluer le paysage et mêler la marchandise aux vestiges mêmes des cultures. Peu de gens, il faut en être conscient, souhaitent « en savoir plus » ; la plupart ne vient ici que pour l’ambiance.

Le site est bien reconstitué avec un grand terrain de pelote. Les anneaux à 8 m de hauteur sont les originaux. Il s’agit du terrain de pelote principal car le site en compte douze autres ! Celui-ci a 168 m de long pour 37 m de large et apparaît comme le plus grand des terrains de la mésoamérique. Des panneaux sculptés sur le mur de soutènement des banquettes montrent des joueurs en action en deux équipes de sept.

On peut distinguer leur équipement. Ils regardent le capitaine de l’équipe perdante perdre la tête au couteau d’obsidienne (ou l’équipe gagnante selon les sadiques, aucun fait ne vient étayer l’une ou l’autre des deux hypothèses). Sept flots de sang jaillissent du cou tranché sous l’aspect de serpents et, au centre, une plante chargée de fleurs et de maïs, symbole notable de fertilité, est ainsi donnée. Au-dessus des panneaux, une moulure en saillie figure le corps d’un serpent gigantesque dont la tête est sculptée à chaque extrémité des talus.

La ville aurait été fondée par Quetzalcoatl – attention, pas le dieu ! mais un roi qui portait ce nom en 987 de notre ère. Les monuments imposants militent pour une cité-forteresse érigée après conquête par la force des populations environnantes. On dit que ce sont les Itzas, peuple de navigateur venus d’ailleurs par la côte, qui auraient entrepris de se tailler un royaume au 8ème siècle. L’endroit est justifié par la présence de l’eau.

Au fond du site s’ouvre en effet un vaste « cenote », une vasque naturelle à ciel ouvert de 60 m de diamètre dont le nom est le « cenote des sacrifices ». L’on y jetait des vierges à Tchac pour faire venir la pluie, fillettes incluses. Leurs narines et leur bouche étaient enduites de caoutchouc liquide qui se figeait au contact froid de l’eau, étouffant les sacrifiées.

Le guide, compatissant, nous précise que ces « éléments féminins » étaient drogués préalablement et qu’ils ne s’en rendaient pas compte. On jetait aussi des mâles, jeunes hommes égaux aux dieux auxquels ils devaient ainsi « parler » et garçons dont la beauté était une offense pour l’humble vie terrestre. Les offrir aux dieux était un échange de bons procédés : on vous donne ce que nous avons de meilleur, vous nous donnez ce dont nous avons besoin, la pluie et la fertilité. Sous nos yeux un adolescent américain se laisse saisir par sa robuste compagne et crie au-dessus du vide pour avoir l’illusion de ce qui pouvait arriver. Toujours pragmatiques, ces anglo-saxons. En 1904, le consul des Etats-Unis a acheté le site pour y faire des fouilles et surtout draguer le grand cenote à la recherche d’objets de prix.

Des disques d’or montrant des scènes de sacrifice, des grelots, des bijoux de jade, de cristal de roche et d’ambre, des statuettes en os ou en nacre, ont été remonté des eaux. Mais aussi des squelettes : 13 hommes, 8 femmes et 21 enfants de 1 à 12 ans. La datation des ossements permettent de dire que les sacrifices, probablement intenses en périodes de sécheresse, ont été perpétrés du 7ème siècle jusqu’après l’arrivée des Espagnols.

Malheureusement, et je ne sais par quelles circonstances, le guide francophone qui nous parle a un accent allemand à couper au couteau. Un véritable accent de caricature des films si longtemps projetés depuis un demi-siècle qu’il nous fait sourire par automatisme. Tant et si bien que, lorsqu’il évoque « les vierrrges jetées du haut du rrrrrocher – hein ! – on les jetttttait ! », il y a comme un souffle de « Docteur Folamour » dans sa version doublée en français. Mais peut-être est-ce seulement le ton qui nous paraît ainsi obsédé et sadique ? S’est-on posé la question de notre accent français auprès des autres ? Les Anglais, férus de patates chaudes « into the mouth » trouvent notre ton bien catégorique et nous taxent pour cela de vanité. Les Allemands trouvent notre façon de parler trop rapide, avec trop de mots inutiles, et nous taxent pour cela de frivolité. Pour les Italiens, nous utilisons au contraire trop peu de vocabulaire et sans chanter les phrases, ils nous trouvent constipés… Comme chaque peuple, nous croyons notre langue, notre culture, nos pensées, être ce qui se fait de mieux au monde. Et pourtant, les chiffres de l’ONU sont formels : jamais dans le monde entier il n’y a eu autant d’étrangers…

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Teotihuacan 3 pyramide du Soleil

Le rio San Juan est presque à sec et coupe le site est/ouest. Une fois traversé, nous allons explorer les édifices superposés, ainsi appelés parce que le plus ancien a été rasé pour bâtir sur ses soubassements. Selon le guide du site, il s’agissait d’habitations sacerdotales comprenant des chambres et des pièces d’apparat. La cuisine était préparée à l’extérieur.

Un puits profond de 12 m s’ouvre dans le sol. Une douche « purificatrice » sort par un conduit surélevé et se déverse sur un mur enduit de stuc. Les prêtres venaient s’y purifier avant les cérémonies. Quatre personnes pouvaient dormir par pièce.

Un peu plus loin, dans ce qui est appelé le « groupe viking », un « coffre fort » à mica a été découvert. Les publications parlent de 29 m² au sol, recouverts de cette matière naturelle brillante comme la lune. On ne sait pas à quoi cela pouvait servir et l’on évoque alors une « fonction symbolique ». Cela ne veut rien dire mais permet de dire quelque chose, ce que les Anglais appellent finement « parler en émettant de l’air chaud ». Ce mica était placé à égale distance du temple à Quetzalcoatl et de la pyramide de la lune ; peut-être était-ce pour refléter l’astre des nuits ou le soleil du jour, comme un « nombril » du site ? Le mica provient de l’état de Huaraca, situé un peu plus au nord. Il était acheminé à dos d’homme par blocs de 34 kg.

Derrière une éminence se dresse alors la pyramide du Soleil, le point le plus visité du site sans aucun doute. Deux colonnes de fourmis humaines grimpent et redescendent les 242 marches en deux files canalisées. Le tout va lentement car les pas sont hauts et les enfants comme les mémères peinent à la montée ou craignent la descente. Ici, comme il est naturel sauf chez nous, les parents traînent les petits partout ; ils font partie de la famille et c’est la famille qui visite et se déplace, pas les individus.

La pyramide se dresse à 63 m de hauteur sur la plaine, assise sur une base presque carrée de 222 x 225 m. Elle comprend cinq étages et son orientation est précise : sa paroi principale, ouverte vers l’allée des Morts, fait face au soleil couchant. Mais la précision de l’orientation tient à ce que, en des jours particuliers de l’année, le centre exact du soleil à son coucher coïncide avec le centre exact de la pyramide à son sommet. La déviation vers l’est est de 17° par rapport au nord astronomique.

Au sommet, les mystiques ou les superstitieux, notamment américains, pointent l’index sur le sol au centre théorique du monument pour, ensuite, élever les bras vers le ciel. Ils cherchent ainsi à se « charger » en « énergie cosmique ». Ils sont, ce faisant, du plus haut comique pour un archéologue de métier. L’astronomie est une science, l’astrologie de l’époque une politique, mais rien de mystique n’a jamais été attesté par les textes indiens ni par les récits recueillis après la conquête. Ni pouvoirs supranormaux, ni soucoupes volantes, j’en ai peur, ne fournissent une théorie plausible, étayée par les découvertes ou par les textes.

Ce besoin de croire, à défaut d’être fondé, est inoffensif… jusqu’à l’explosion du populisme, fondé sur la « croyance » en un Complot que seul le chef ultime, Grand dirigeant ou Leader maximo, peut déjouer, à la Trump, Bolsonaro, Erdogan, Xinping, Poutine. L’explication la plus plausible tient cependant à la cosmogonie particulière des Aztèques : la pyramide du Soleil n’est pas exactement face à l’ouest mais dirigée vers le lieu où le soleil se couche le jour de son passage au zénith. Le zénith étant considéré comme le « centre du firmament », le Soleil était en ce point perçu comme le véritable « cœur de l’univers ». Teotihuacan était pour les Aztèques le lieu où les dieux s’étaient sacrifiés pour donner la vie aux hommes. Comme on le voit, beaucoup de symboles mais rien de secret ; aucune mystérieuse « puissance » n’irrigue jamais ceux qui se placent au sommet de ce centre – sauf le goût prononcé du pouvoir sur les autres…

Une grotte en forme de fleur à quatre pétales a été découverte en 1973 sous le centre exact de la pyramide du Soleil. Un puits profond de 7 m s’ouvre au pied de l’escalier principal menant à un tunnel naturel réaménagé de 103 m de long conduit à cette grotte utérine. Le bon sens veut que la pyramide se soit élevée au-dessus pour composer un ensemble terre-ciel qui relie les dieux autant que le cosmos. Puits et pyramides se complètent.

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Noir

Ne m’en veuillez pas si je piétine quelques hypersensibilités inaccessibles à toute raison, mais il faut bien parler de quelque chose, notamment de ce qui survient. Ni le silence, ni le déni n’ont jamais aidés à penser les problèmes, donc à panser les plaies. Un arbitre roumain, un joueur noir, un match Turquie-France, tout était en place pour une explosion.

La Turquie n’aime pas la France depuis que Sarkozy a refusé qu’elle entre dans l’Union européenne, reflétant l’opinion d’une majorité des Français (dont la mienne) ; depuis, Erdogan le vaniteux président qui voit la main d’Allah dans l’échec d’un coup d’Etat militaire mal préparé par des incapables, ne se sent plus lorsqu’il revendique le grand empire ottoman jusque dans les eaux territoriales de la moitié de Chypre qui ne lui appartient pas ; ses mots avec Emmanuel Macron qui suivent sa menace militaire sur une frégate française de l’OTAN, organisation à laquelle il continue à faire semblant d’appartenir, sont aussi frappés et injurieux que les tweets de Trump (qui vient d’être viré).

Les Noirs se sentent persécutés depuis que la police tire à balles réelles dans les Etats-Unis de Donald sur ceux qui n’obéissent pas au doigt et à l’œil, même s’ils n’ont pas d’arme et qu’ils tournent le dos. Black live matters ! Encore faudrait-il voter… Les citoyens américains noirs ont autant de droit de vote que les citoyens américains blancs pour élire juges, shérifs, députés, sénateurs et président. Il semble que cette fois ci les « minorités » ont voté plus qu’avant malgré les obstacles administratifs augmentés. Il serait temps. Mais il faut noter aussi qu’une partie des Noirs a voté en faveur de Trump le Blanc qui les hait – allez savoir pourquoi. La victimisation noire s’est répandue suivant la mode des réseaux sociaux et par la soumission coloniale des esprits européens à tout ce qui vient d’Amérique, le pire plus vite que le meilleur. Comme la police française ne tabasse pas plus les Noirs que les Arabes ou (même !) les « racailles » blanches qui se déguisent en noir et se font appeler Black bloc, la victimisation s’est transportée sur tous ceux qui manifestent, qui regimbent, qui s’opposent à la police. Manipulation habituelle de la gauche dès que la droite est au pouvoir. Entre les deux guerres puis après la dernière, les Américains traités de « négros » aux Etats-Unis se sentaient mieux en France. Aujourd’hui, avec l’immigration importante venue d’Afrique, la population noire est moins bien accueillie et probablement plus discriminée que les Blancs de même niveau de compétences ou de statut social. Encore que… La « discrimination » mériterait d’être précisée : les variables de l’adresse, des habitus de « quartier » et du langage ont quelque importance pour certains postes de représentation.

La Roumanie est un pays resté trop longtemps sous la botte du soviétisme. Déjà économiquement en retard avant-guerre, l’économie à la sauce Marx n’a pas arrangé les choses, pas plus que l’inféodation au Grand frère moscovite et à sa propagande plutôt nationaliste axée sur « le communisme dans un seul pays ». L’internationalisme affiché par le Komintern n’était qu’un instrument de guerre comme un autre, pas un « droit de l’Homme », concept honni par Poutine et ses séides. Sans vouloir blesser personne, disons que les pays de l’Est n’ont pas connu la même ouverture sociale et culturelle envers les « autres », qu’ils soient libéraux ou « étrangers ». Un Noir se voit dans une population très majoritairement blanche, il se fait remarquer. On le désigne par sa couleur parce que c’est facile et que cela marque la distance, tout comme les Blancs sont appelés Blancs en Afrique noire où ils sont minoritaires et se repèrent de loin. En faire une insulte est peut-être tirer un peu vite la couverture à soi. L’arbitre roumain, 46 ans, est né sous Ceausescu et avait 15 ans à sa chute ; il a vécu dans un régime peu réputé pour son ouverture dans tous les sens du terme. Ce n’est pas l’excuser s’il a des préjugés aujourd’hui inacceptables mais tenter de le comprendre. Il a dit « negrou » (le u se prononce ou) – qui signifie « noir » et pas « negro » comme le joueur noir a peut-être cru l’interpréter.

Dans le contexte électrique d’un match important entre équipes de pays quasi ennemis arbitrées par des Européens moins multiculturels que la moyenne et dans un contexte de persécution des Noirs par la police de Trump, il est compréhensible que tout cela explose.

Mais ne faut-il pas raison garder ?

Il faut bien désigner, donc user de mots. Les modifier sans cesse pour des euphémismes ne change rien : de bamboula on est passé à nègre, plus neutre puisque venant du latin nigra qui signifie la couleur noire (« l’art nègre » était valorisé par Picasso et son époque et la « négritude » par nombre d’écrivains français de couleur, jusqu’à Christiane Taubira), puis à noir à égalité avec blanc ou jaune, puis à « black » en français qui semble mettre des guillemets en usant du mot colonial anglo-saxon courant, puis à afro-américain qui dans notre langue sonne mal parce qu’on entend « affreux »… Non-blanc serait rejeter l’autre, faut-il dire « pas clair » comme le policier soupçonneux ou encore « de couleur » pour noyer encore un peu plus le poisson ? Accepter les différences n’est pas du racisme, c’est décrire la réalité dans laquelle on vit. Certes, l’arbitre aurait dû désigner le joueur par son numéro, puisqu’il est arboré sur le maillot, mais faut-il crier au « racisme » à toute interprétation qui n’engage que son auteur ?

D’ailleurs, Anglo-saxons qui faites la leçon de vertu au monde via vos réseaux coloniaux d’asservissement GAFAM (tout en faisant le contraire via vos politiciens « républicains » et votre flicaille de base), le mot race existe dans votre vocabulaire : il signifie « faire la course », avec une origine douteuse, n’en doutez pas, une supériorité affichée carrément dans The Bell Curve – un livre comme par hasard américain. Que le meilleur gagne, n’était-ce pas la devise du « darwinisme » social (qui était plutôt le fait de Spencer) ? Chez nous, le Racing est-il un club raciste ? Faut-il le changer en Neutral ou en Nemo ?

Peut-être devrait-on éclaircir ces sombres désignations qui virent vite au complot dans les circonstances électriques chez les esprits peu rationnels… Ce serait éviter les méprises comme les mépris et cesser d’inciter les exaspérés du politiquement correct à voter de plus en plus extrémiste, ravivant le racisme et le rejet de tout ce qui n’est pas le plus ressemblant à soi possible.

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