Articles tagués : euphémismes

Noir

Ne m’en veuillez pas si je piétine quelques hypersensibilités inaccessibles à toute raison, mais il faut bien parler de quelque chose, notamment de ce qui survient. Ni le silence, ni le déni n’ont jamais aidés à penser les problèmes, donc à panser les plaies. Un arbitre roumain, un joueur noir, un match Turquie-France, tout était en place pour une explosion.

La Turquie n’aime pas la France depuis que Sarkozy a refusé qu’elle entre dans l’Union européenne, reflétant l’opinion d’une majorité des Français (dont la mienne) ; depuis, Erdogan le vaniteux président qui voit la main d’Allah dans l’échec d’un coup d’Etat militaire mal préparé par des incapables, ne se sent plus lorsqu’il revendique le grand empire ottoman jusque dans les eaux territoriales de la moitié de Chypre qui ne lui appartient pas ; ses mots avec Emmanuel Macron qui suivent sa menace militaire sur une frégate française de l’OTAN, organisation à laquelle il continue à faire semblant d’appartenir, sont aussi frappés et injurieux que les tweets de Trump (qui vient d’être viré).

Les Noirs se sentent persécutés depuis que la police tire à balles réelles dans les Etats-Unis de Donald sur ceux qui n’obéissent pas au doigt et à l’œil, même s’ils n’ont pas d’arme et qu’ils tournent le dos. Black live matters ! Encore faudrait-il voter… Les citoyens américains noirs ont autant de droit de vote que les citoyens américains blancs pour élire juges, shérifs, députés, sénateurs et président. Il semble que cette fois ci les « minorités » ont voté plus qu’avant malgré les obstacles administratifs augmentés. Il serait temps. Mais il faut noter aussi qu’une partie des Noirs a voté en faveur de Trump le Blanc qui les hait – allez savoir pourquoi. La victimisation noire s’est répandue suivant la mode des réseaux sociaux et par la soumission coloniale des esprits européens à tout ce qui vient d’Amérique, le pire plus vite que le meilleur. Comme la police française ne tabasse pas plus les Noirs que les Arabes ou (même !) les « racailles » blanches qui se déguisent en noir et se font appeler Black bloc, la victimisation s’est transportée sur tous ceux qui manifestent, qui regimbent, qui s’opposent à la police. Manipulation habituelle de la gauche dès que la droite est au pouvoir. Entre les deux guerres puis après la dernière, les Américains traités de « négros » aux Etats-Unis se sentaient mieux en France. Aujourd’hui, avec l’immigration importante venue d’Afrique, la population noire est moins bien accueillie et probablement plus discriminée que les Blancs de même niveau de compétences ou de statut social. Encore que… La « discrimination » mériterait d’être précisée : les variables de l’adresse, des habitus de « quartier » et du langage ont quelque importance pour certains postes de représentation.

La Roumanie est un pays resté trop longtemps sous la botte du soviétisme. Déjà économiquement en retard avant-guerre, l’économie à la sauce Marx n’a pas arrangé les choses, pas plus que l’inféodation au Grand frère moscovite et à sa propagande plutôt nationaliste axée sur « le communisme dans un seul pays ». L’internationalisme affiché par le Komintern n’était qu’un instrument de guerre comme un autre, pas un « droit de l’Homme », concept honni par Poutine et ses séides. Sans vouloir blesser personne, disons que les pays de l’Est n’ont pas connu la même ouverture sociale et culturelle envers les « autres », qu’ils soient libéraux ou « étrangers ». Un Noir se voit dans une population très majoritairement blanche, il se fait remarquer. On le désigne par sa couleur parce que c’est facile et que cela marque la distance, tout comme les Blancs sont appelés Blancs en Afrique noire où ils sont minoritaires et se repèrent de loin. En faire une insulte est peut-être tirer un peu vite la couverture à soi. L’arbitre roumain, 46 ans, est né sous Ceausescu et avait 15 ans à sa chute ; il a vécu dans un régime peu réputé pour son ouverture dans tous les sens du terme. Ce n’est pas l’excuser s’il a des préjugés aujourd’hui inacceptables mais tenter de le comprendre. Il a dit « negrou » (le u se prononce ou) – qui signifie « noir » et pas « negro » comme le joueur noir a peut-être cru l’interpréter.

Dans le contexte électrique d’un match important entre équipes de pays quasi ennemis arbitrées par des Européens moins multiculturels que la moyenne et dans un contexte de persécution des Noirs par la police de Trump, il est compréhensible que tout cela explose.

Mais ne faut-il pas raison garder ?

Il faut bien désigner, donc user de mots. Les modifier sans cesse pour des euphémismes ne change rien : de bamboula on est passé à nègre, plus neutre puisque venant du latin nigra qui signifie la couleur noire (« l’art nègre » était valorisé par Picasso et son époque et la « négritude » par nombre d’écrivains français de couleur, jusqu’à Christiane Taubira), puis à noir à égalité avec blanc ou jaune, puis à « black » en français qui semble mettre des guillemets en usant du mot colonial anglo-saxon courant, puis à afro-américain qui dans notre langue sonne mal parce qu’on entend « affreux »… Non-blanc serait rejeter l’autre, faut-il dire « pas clair » comme le policier soupçonneux ou encore « de couleur » pour noyer encore un peu plus le poisson ? Accepter les différences n’est pas du racisme, c’est décrire la réalité dans laquelle on vit. Certes, l’arbitre aurait dû désigner le joueur par son numéro, puisqu’il est arboré sur le maillot, mais faut-il crier au « racisme » à toute interprétation qui n’engage que son auteur ?

D’ailleurs, Anglo-saxons qui faites la leçon de vertu au monde via vos réseaux coloniaux d’asservissement GAFAM (tout en faisant le contraire via vos politiciens « républicains » et votre flicaille de base), le mot race existe dans votre vocabulaire : il signifie « faire la course », avec une origine douteuse, n’en doutez pas, une supériorité affichée carrément dans The Bell Curve – un livre comme par hasard américain. Que le meilleur gagne, n’était-ce pas la devise du « darwinisme » social (qui était plutôt le fait de Spencer) ? Chez nous, le Racing est-il un club raciste ? Faut-il le changer en Neutral ou en Nemo ?

Peut-être devrait-on éclaircir ces sombres désignations qui virent vite au complot dans les circonstances électriques chez les esprits peu rationnels… Ce serait éviter les méprises comme les mépris et cesser d’inciter les exaspérés du politiquement correct à voter de plus en plus extrémiste, ravivant le racisme et le rejet de tout ce qui n’est pas le plus ressemblant à soi possible.

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Rachel Guichard, Le plan de Lucien

rachel guichard le plan de lucien
Lucien est un petit garçon parisien, il vient d’avoir sept ans. Sa maman lui manque, morte d’un cancer quand il avait deux ans. Il lui reste son papa, très aimant mais musicien et souvent absent, et sa mamie, bonne cuisinière mais ancien style. Pour ses sept ans, maman lui a laissé une lettre qu’il peut lire son jour anniversaire. Elle ne lui écrit que de bonnes choses et qu’elle l’aime, mais elle ne peut le lui dire.

Lucien, alors, décide d’un plan : il ne parlera plus et mettra même des boules Quiès lorsque les conversations des autres l’ennuieront.

De chapitre en chapitre, le petit bonhomme très aimé et très intelligent découvre que l’on n’est pas tout seul à souffrir, ni le centre du monde. Que si l’on ne parle pas, les autres, ceux qui vous aiment, en sont peinés.

C’est un pédopsy qui va faire découvrir à Lucien son « énigme ». Mais c’est son papa qui va virilement le faire parler lors d’une escalade de falaise au Croisic, alors que la marée monte et que les baskets dérapent…

Voici donc une belle histoire – un peu trop belle et aimante avec happy end pour qu’on y croie vraiment. Mais pourquoi bouder les belles histoires ?

En revanche, la construction du roman n’est pas réussie. L’histoire de Sam le pédopsy, qui entrelarde celle de Lucien le gamin, n’est ni du même niveau d’intérêt, ni du même style. Les deux premiers chapitres, qui ouvrent le roman, ne donnent pas envie de poursuivre (ce qui est dommage). La façon de parler branchouille « pour faire vrai » ajoute un clin d’œil plutôt vulgaire sur un drame de conscience qui aurait au contraire gagné aux euphémismes du grand style. En quoi écrire « Putain, fait chier, j’ai merdé, suis trop con, pas aujourd’hui merde ! » (p.104) séduit-il le lecteur ou fait-il avancer l’histoire ? Sans parler des « au niveau », « échanger » (sans rien après), « poto », « ça roule » et autres « amène ton petit cul ». L’inepte « ou pas » achève le lecteur lettré juste après le mot « fin ». La grossièreté « familière » peut entrer dans un style personnel – encore faut-il en avoir le génie : n’imite pas Céline qui veut !

Le lecteur qui délaisse son Smartphone pour un livre a-t-il envie de retrouver l’ambiance bobo-à-la-mode des messages mails ou Tweets dans sa lecture ? D’autant que cette façon de parler sera incompréhensible dans dix ans. « Écrire un livre » exige une haute conscience du travail fait pour la durée, ce que ne réclame pas par exemple la parution en blog (éphémère).

Une nouvelle, centrée uniquement sur les chapitres Lucien, aurait été mieux réussie, à mon sens, toute emplie d’un message que l’amour réciproque est ce qui peut nous arriver de mieux dans ce monde. Les chapitres Sam, intercalés pour faire bouffer le texte en roman, sont de trop. Mais le petit Lucien mérite qu’un lecteur s’intéresse au livre.

Rachel Guichard, Le plan de Lucien, 2015, Les éditions du net, 134 pages, €14.00 – Format Kindle €9.79

Attachée de presse Guilaine Depis, 06 84 36 31 85 guilaine_depis@yahoo.com

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Réactionnaires

Article repris par Medium4You.

Qu’est-ce qu’être « réactionnaire » ? C’est celui qui réagit à une action ; en politique, celui qui est contre ce qui arrive et veut soit le rétablissement de ce qui était avant (conservatisme) soit l’établissement d’un idéal imaginé (gauchisme) ou d’un équilibre éternel (écologistes). La réaction est une action qui tend à provoquer l’effet contraire à celui qui l’occasionne. Sont donc réactionnaires tous ceux qui refusent le présent au nom d’un âge d’or, d’un ailleurs ou d’une « autre » politique.

Contrairement aux idées reçues, le terme de « réactionnaire » en politique n’est pas réservé aux conservateurs qui veulent retrouver un âge d’or (droite) ou protéger les zacquis (gauche) ; il est aussi applicable à ceux qui prônent le durable, autre nom de l’éternel. Cet âge de stabilité à (re)trouver peut être soit très ancien, soit plus récent.

  1. Ainsi, les contre-révolutionnaires n’ont jamais accepté la révolution libérale des Lumières en 1789 ; ils rêvent au retour du roi de droit divin, de la tradition établie, des féodaux.
  2. Certains écologistes remontent même plus loin, à l’époque néolithique où l’homme a cessé d’être chasseur-cueilleur respectueux de mère nature pour tenter de la maîtriser par l’élevage et la culture, bâtissant des villes pour y entasser les récoltes, créant l’État pour lever l’impôt et entreprendre de grands travaux pour dompter les fleuves, le vent, la matière.
  3. Les nostalgiques des Trente glorieuses rêvent de retrouver l’élan démographique, économique et moral des années de Gaulle, où le parti Communiste et la CGT allaient dans le même sens productiviste et progressiste.

Il y a donc des réactionnaires de droite, des réactionnaires écolos et des réactionnaires de gauche. Mais tous ont un point commun. Ils se ressemblent par leur itinéraire mental, toujours le même, obéissant à un schéma de causalité identique. La séquence commune est : refus du présent, sentiment de déclin, recherche d’un coupable, ressentiment anti-élites, désignation d’un bouc émissaire, rassemblement autour d’un État fort servi par un sauveur.

Extrême droite, extrême gauche et gauche écolo agissent de cette même façon. Toujours au nom du « peuple », bien sûr, à qui l’on inculque que célafôta et yaka. Selon cet archétype politique, peu importe le prétexte, le résultat sera le même. Inutile de prétexter qu’il y a « gauche » dans le titre, il s’agit là de pure idéologie, dont Marx, Nietzsche et Freud ont montré qu’elle n’est que le voile de bonne conscience sur les instincts refoulés.

Il suffit d’examiner point par point l’itinéraire de cet archétype.

1-      Refus du présent : il s’agit de montrer qu’aujourd’hui est pire qu’hier ou que l’équilibre abstrait (Dieu, l’Histoire ou Gaïa même combat). Pas difficile car rien ne va jamais comme on veut. C’est le sens du temps que de changer sans cesse. Le mouvement a deux sens, revenir à l’avant ou anticiper l’après – mais il s’agit, à droite comme à gauche, de quitter ce mouvement pour établir une éternité. De quitter l’histoire qui se fait pour fonder un équilibre perpétuel indépendant des hommes.

  1. L’extrême droite veut retrouver un âge d’or où la culture ne remettait pas en cause la nature, où tout était « naturel » : l’identité, l’état social, la hiérarchie du pouvoir, la croyance, les mœurs.
  2. L’extrême gauche veut retrouver une époque révolue en rétablissant ce qui était alors : État jacobin, politique industrielle, crédit largement nationalisé, franc géré par le gouvernement via la Banque de France, frontières, diplomatie armée indépendante dotée de la bombe nucléaire (en bref un capitalisme monopoliste d’État).
  3. La gauche écologiste veut un avenir sur le thème de l’équilibre, toujours hors de l’histoire, par un nouveau pacte écologique pour effacer l’humain des rythmes naturels et des ressources de la nature, en devenant « renouvelable » ou « durable ». Effacer l’homme des êtres prédateurs au nom d’un « équilibre » du vivant mythique.

2-      Sentiment de déclin : non seulement ça ne va pas, mais ça va de mal en pis. Vite, jetons le bébé avec l’eau du bain ! Pour les réactionnaires, de droite, de gauche ou écolos, il n’y a rien de bon à garder du présent. La nature se dégrade comme le climat, les ressources se raréfient et sont l’objet de compétition mondiale, la population nationale est envahie d’immigrés, l’économie s’effondre à cause des émergents et de la rentabilité marchande, la devise est laissée à un lobby de technocrates apatrides asservi au capital étranger, l’emploi se délite à cause des patrons avides qui vont produire ailleurs et déclarer des bénéfices où il y a le moins d’impôts, la diplomatie et l’éducation n’ont plus « les moyens », le français recule comme langue parlée dans le monde comme le bon français dans nos banlieues. Nous sommes en décadence, rien ne va plus, c’était mieux avant ; il n’y a plus de bons produits, plus de sécurité, plus de jeunesse, plus de morale…

3-      Recherche d’un coupable : il s’agit de démontrer la causalité diabolique, souvent assimilée au libéralisme économique, laisser faire et laisser passer. La différence entre les extrêmes, droite et gauche (avec les écolos), est que la première refuse tout laisser passer au nom de l’autorité réhabilitée contre le laxisme, alors que la seconde distingue soigneusement le laisser faire économique (c’est mal) et le laisser faire des mœurs (c’est bien). Il faut y voir un écart de clientèle, les bobos sont des bourgeois acquis à la gauche qu’il s’agit de garder alors que leur pente naturelle, fonction de leur position sociale et de leur statut de richesse, les mènerait volontiers au conservatisme (si je suis heureux dans la société telle qu’elle est, pourquoi vouloir qu’elle change ?). Or le mouvement historique montre l’affinité des libertés : de la liberté d’expression à celle de voter, de la liberté de faire à celle d’être. La liberté réclame la liberté, voyez l’Iran, la Chine, l’Égypte de Moubarak… Le coupable une fois désigné, pourquoi ne se passe-t-il rien ? Parce qu’il y a Complot, évidemment ! Complot planétaire, fomenté par tous ceux qui ont intérêt à préserver leur pouvoir financier, social et moral et qui empêchent « le peuple » de réaliser ce qu’il veut.

4-      Ressentiment anti élite : qui a donc intérêt à préserver ce qui est ? Ceux qui ont actuellement le pouvoir, les élites sociales, politiques, énarques et grandes écoles, des affaires. Elles sont mondialisées, libérales, riches, urbaines, bourgeoises, parlementaires, attirées par les États-Unis et à l’aise en anglais. Vous avez là tous les ingrédients de ce « qu’il faut » haïr : la société du contrat au profit du retour à la société patriarcale, la culture de la négociation au profit de celle de l’autorité imposée, la société ouverte au profit du protectionnisme et du corporatisme, la population multiculturelle au profit de la xénophobie, le bon français et la loi française contre la presse poubelle et l’instruction à l’américaine (déferlement de franchouillardise sur l’affaire DSK), la campagne contre la ville, le terroir contre l’Europe technocrate, le jacobinisme contre les organisations internationales, le nationalisme contre le cosmopolitisme, la pureté ethnique contre le mélange métèque…

5-      Bouc émissaire : il est tout trouvé, il s’agit du capitalisme libéral anglo-saxon mené par l’Amérique selon l’éternel Complot financier qui dépossède chacun de sa terre, de ses origines, de ses pratiques ancestrales ppour tout rendre négociable et marchand. Un classique qui touche l’extrême droite comme l’extrême gauche et les écologistes, malgré les euphémismes et les dénis. Il s’agit de remettre en cause tout le mouvement de libération de l’individu depuis les démocrates Grecs jusqu’à la révolution des mœurs de mai 1968, en passant par la Renaissance (lire les classiques païens au-delà de la Bible) et les Lumières (esprit critique, égalité en droit et dignité, sortie par l’éducation des obscurantismes et contraintes). Cela au profit du collectif qui commande et exige le fusionnel. Tous les droits au collectif, aucun droit à l’individu : telle est la vulgate de ceux qui savent mieux que vous ce qui est bon pour vous. Evidemment, le collectif, c’est eux : le parti, l’avant-garde, les spécialistes autoproclamés, la technocratie d’Etat…

L’intérêt de désigner un bouc émissaire est que le ressentiment individuel peut prendre une forme physique collective manipulée et canalisée : la violence de « la rue » est orientée vers des ennemis clairement désignés. Tous ceux qui ne sont pas avec vous sont contre vous : c’est simple à comprendre ! Tu discutes ? Tu es donc l’ennemi, le Diable, le sous-humain, le malade. J’ai le droit moral de te haïr, le droit juridique de t’accuser de n’importe quoi, le droit médical de te faire soigner malgré toi dans des camps spécialisés de rééducation, le droit physique de te taper dessus (et plus si crise politique comme sous Hitler, Staline, Castro, Pol Pot ou Milosevic).

6-      Rassemblement autour d’un État fort servi par un sauveur : à cette anarchie apparente des intérêts particuliers qui semble faire de la société une jungle, le remède refuge est l’État national et social. Il s’agit de la nostalgie de la monarchie, état « organique » où tout le monde est à sa place selon l’ordre divin ou « naturel », ou de l’Etat « intrument de la lutte des classes » pour retrouver l’équilibre de la société d’avant les classes, l’état définitif de la fin de l’Histoire, ou encore de l’empeinte humaine minimum dans l’état de Nature. C’est une constante des programmes de gauche comme de droite extrêmes que ce social nationalisme (ou national socialisme) dans un seul pays. Repli sur soi, sur ses origines, ses traditions, son « modèle social », ses frontières. Contre l’étranger, les traités négociés, les classes privilégiées, les lobbies, vive le peuple sain, rural et premier ! Local contre global : la terre seule ne ment pas, bon sang ne saurait mentir, vox populi vox dei.

  1. Pourquoi l’État ? Parce qu’il est réputé au-dessus des classes et des partis, des intérêts personnels – même s’il est manipulé par une caste étroite au nom du « peuple ». Parce que seules les frontières définissent le domaine d’intervention d’un État.
  2. Pourquoi un sauveur ? Parce que nul groupe ne peut seul être le maître en démocratie, enclin plutôt à négocier, à faire de la petite « politique ». « Yaka imposer car célafôta l’élite établie », est le slogan populiste.
  3. Pourquoi populiste ? Parce que le populaire est toujours en retard d’une génération sur les mœurs – depuis tous temps. Resté autoritaire malgré 1968, patriarcal machiste malgré le droit de vote de 1945 et l’égalité dans le mariage 1975, partisan des solutions de force malgré l’éducation (nationale).

Toute époque de crise engendre ressentiment social et repli sur soi, crispation et intolérance. Malgré l’écart affiché des idéologies, le schéma de réponse politique est le même : il s’agit d’arrêter le temps, de trouver l’équilibre qui rendra immobile le système. Il s’agit là d’un rituel archétypal où peu importent les prétextes – de gauche, de droite ou écolo : l’avenir espéré est résolument réactionnaire.

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