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La Compagnie Française des Phosphates d’Océanie à Makatea

La mécanisation était impossible vu la nature du gisement, des pelles, des brouettes et des seaux étaient les outils des travailleurs. Les ouvriers couraient sur des planches de 30 cm de large au-dessus du vide entre les feo. Les ouvriers étaient payés au rendement.

MAKATEA PLAN INCLINE

On peut s’étonner aujourd’hui que malgré ces méthodes rudimentaires, les résultats étaient étonnants. Une équipe extrait 5 tonnes/jour. En 1911 = 12 000 tonnes, en 1929 = 251 000 tonnes ; en 1960 = 400 000 tonnes. De 1908 à 1966 = 11 279 436 tonnes auront été extraites !

Makatea (7)

Il fallait des bras, l’île comptait peu d’habitants, 25 sur les 300 nécessaires furent recrutés sur l’île. Les cadres et spécialistes sont des Métropolitains sous contrat.

En 2014, la Société des Études Océaniennes a publié dans son numéro 331 le journal d’un médecin à Makatea au temps de la C.F.P.O, Docteur Claude Barbier. Il y demeura 4 ans avec femme et enfants.Témoignage intéressant d’un métropolitain débarquant à Makatea. La compagnie fit appel aux Asiatiques : Japonais, puis Chinois, puis Annamites jusqu’en 1920. Pour la main d’œuvre locale il y avait une multitude de problèmes : difficulté de s’adapter à un travail suivi, absentéisme au travail, mobilité du travail, caractère discontinu de l’effort, désir de changer de pays, d’occupation, lassitude…

Le grand-père de J. J. (Anglais) était comptable à Makatea avant de rencontrer sa femme polynésienne.

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Au moment de la guerre, il fallut avoir recours aux Polynésiens des Cook. Après la guerre, les Polynésiens français furent plus nombreux à venir travailler à Makatea. La société recruta aux Australes, à Raivavae surtout, cela donna de bons résultats. Les « Australiens » sont courageux, forts – dit-on. Les groupes de travailleurs étaient constitués selon l’origine et les affinités insulaires et formaient alors des équipes homogènes que l’on reconnaissait à des détails vestimentaires. Durant les dernières années d’exploitation, il y avait 800 travailleurs, tous Polynésiens.

1960 Makatea comptait 3 000 habitants avec leur famille, en 1962 on en comptait 3 071 – ils avaient faits des petits. Tout le personnel était logé par la compagnie.

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Makatea vit aussi la naissance du syndicalisme. L’île était un monde autonome : fourniture d’électricité 24 heures sur 24, 100 postes de téléphone automatiques, une station TSF, eau courante, l’électricité dans toutes les maisons. Les personnes qui, à la fermeture de l’exploitation, sont retournées dans leur île ou se sont installées à Papeete avaient réussi à se construire une maison et à vivre décemment.

MAKATEA MAISON DE FONCTION

Auparavant, les ouvriers signaient pour un contrat d’un an, renouvelable. Ceux qui optaient pour un an préféraient regagner leur île et, avec l’argent gagné s’offraient une « Vicky », vélomoteur très répandu dans l’archipel et leur permettant de circuler même sur les mauvais chemins. Le must, quoi !

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Quelques statistiques qui en diront plus long : la CFPO versait 28% des salaires du secteur privé et assurait ¼ des recettes budgétaires du Territoire en 1960. Les impôts payés et les taxes diverses représentait 24,5% du budget du territoire. La CFPO apportait plus des ¾ des devises reçues par le Territoire.

En 1966, la CFPO plie bagages, tout est abandonné, 1/3 de la surface de l’île est creusée d’excavations. Elle laisse, à titre gracieux, toutes les installations au Territoire qui les donne… à la commune !

Hiata de Tahiti

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Makatea et les phosphates

Un regain d’intérêt en ce début du 20e siècle, Les phosphates entrent dans la production d’engrais azotés indispensables aux terres pauvres en minéraux : Japon, Australie, Nouvelle-Zélande. Une autre utilisation et non des moindres, les phosphates servent de base de production pour des explosifs nitrés.

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1908 : création de la Compagnie Française des Phosphates d’Océanie, CFPO.

1917 : concession de l’exploitation.

Avant l’exploitation, le phosphate affleurait à la surface, ensuite apparaissent les feo (colonne calcaire dur, stérile, de composition magnésienne). Entre les feo, mais en profondeur il y a la prolongation du gisement de phosphate.

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L’origine du phosphate est différente selon les lieux géographiques. Au Chili et au Pérou, le phosphate est d’origine aviaire, c’est le guano. Makatea lui est lié au fonctionnement des atolls par endo-upwelling. Le phosphate se serait développé au sein de sédiments organiques lagunaires, comme à Mataiva, ensuite porté à l’air libre lors du soulèvement.

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Mataiva, autre atoll des Tuamotu, a fait l’objet d’une surrection de3 à 4 m. Son sous-sol recèle un important gisement de phosphate évalué à 15 millions de tonnes. Il est recouvert de quelques mètres de sable corallien. Les habitants se sont toujours opposés à l’exploitation de ce gisement qui défigurerait leur petit paradis. Ils ont sous les yeux l’exemple de leur voisine Makatea.

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C’est l’île la plus productive car la terre phosphatée est riche d’engrais naturel et produit nombre de légumes : tomates, concombres, pastèques, salades, melons, le lagon regorge de poisson. Qu’espérer de mieux ?

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Impossible aux bateaux de s’approcher de Makatea pour charger le phosphate, la géographie de l’île empêchait l’établissement d’un port. Il a fallu entreprendre des travaux considérables. Créer une passe artificielle pour établir le bassin Temao pour des petites unités (1m50 de profondeur). Les cargos devaient attendre au large assurés par 4 bouées d’amarrage. Le chalandage se faisait par paniers.

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1927 : Une jetée métallique portait le minerai à 50 m de la déferlante du platier.

1954 : Un pont transbordeur long de 106 m, un tapis roulant 550t/h, 3 piles le long du récif augmentaient le chargement des cargos. Sur le flanc de la falaise avait été installé le transformateur du minerai. Un train desservait l’île sur plusieurs kilomètres qui amenait le sable phosphaté à l’usine de séchage. Le stockage se faisait dans 3 silos de plus de 30 000 tonnes. À l’arrivée sur l’île, il fallait prendre un monte-charge qui menait sur le plateau.

Une ville-champignon s’est élevée, Vaitepaua, avec des logements pour le directeur, ingénieurs, médecin, travailleurs, un hôpital, une maternité, un cabinet dentaire, une école, une poste, une coopérative, une boulangerie, une boucherie, une blanchisserie, une bibliothèque, un cinéma, un cercle de réunion, un terrain de basket, un tennis, etc. Un problème, l’eau. En 1933, la nappe phréatique est atteinte à 50 m de profondeur.

Après les habitations, on trouvait les ateliers mécaniques, la menuiserie, l’usine électrique, la forge, la fonderie sur 1 500 m de long, au centre la gare, au-delà du village les zones d’extraction reliées aux silos de Temao par 7 km de voies.

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