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Minette Walters, Cuisine sanglante

Olive Martin a été condamnée à la réclusion à perpétuité en Angleterre pour le meurtre et le dépeçage de sa mère et de sa sœur dans la cuisine familiale. Elle a avoué devant les policiers et son avocat. C’est énorme, comme elle, 1m55 pour 120 kg, un monstre. Mais comme souvent, les « évidences » ne sont pas des vérités. Rosalind Leigh, écrivaine d’un premier roman à succès se voit tannée par son éditeur de lui rendre un autre manuscrit dans les six mois. Elle ne sait quoi écrire, prise entre un divorce douloureux après l’accident de son ex avec leur fille Alice – tuée sur le coup – et ses problèmes personnels non résolus.

Son éditrice implacable et cynique Iris, néanmoins la seule « amie » qu’elle ait, lui ordonne de sortir un livre sur l’histoire du monstre qui passionne les foules. Elle y répugne, demande à voir Olive en prison, écœurée de la fascination qu’elle exerce. Elle y découvre une grosse moche aux colères irrépressibles et terribles, mais attachante. Elle ne parle quasiment pas mais, curieusement, Rosalind ne la croit pas coupable.

Elle va donc enquêter pour en savoir plus et s’embrouiller dans les faits qui se contredisent. Les témoignages vont tous dans le même sens : aussi bien les amis, les voisins et les cinq psychiatres qui ont examiné Olive déclarent qu’elle n’est absolument pas psychopathe mais en général gentille, intelligente, adorant sa sœur. Dès lors, pourquoi la massacrer avec autant de sauvagerie préméditée ? Bien qu’elle ait plaidé coupable, ce n’est pas cohérent. Qui protège-t-elle donc ?

De fil en aiguille, en remontant à l’enfance dans l’école catholique puis à la jeunesse sous la coupe de sa sœur Alison dite Ambre, trop jolie pour être aimable, elle va découvrir les dessous d’une famille délétère. Un père homosexuel qui s’ébat avec le voisin et s’échappe sans que personne ne le voie au bar gay du coin, une mère frigide et frustrée alcoolique qui se repose entièrement sur Olive pour tenir les comptes et les papiers, une jeune sœur enceinte à 13 ans d’un voyou du quartier qui en a 15 et dont l’enfant est confié aussitôt à l’adoption, un amant mystérieux pour Olive qui tombe enceinte elle aussi et que sa génitrice jalouse oblige à avorter…

Rosalind, bordélique mais fonceuse et obstinée, va se battre pour mettre à jour la vérité – et sortir son livre de réhabilitation d’Olive. Se greffe à cette quête les malversations de l’avocat en recherche de l’héritier du père décédé, le petit-fils adopté, et les tribulations du restaurant ouvert par un ancien policier en charge de l’affaire Martin que des malfrats viennent tabasser régulièrement pour qu’il vende. Mais tout est lié. Olive serait-elle derrière les barreaux sinon ?

Second miaulement de Minette après Chambre froide, Cuisine sanglante a été lauréat du Edgar Allan Poe Awards aux USA.

Minette Walters, Cuisine sanglante (The Sculptress), 1993, Pocket policier 2012, 480 pages, €7.95 e-book Kindle €7.99

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Maxime Chattam, La patience du diable

Rendu à l’éditeur le 6 mars 2014, ce thriller policier français hume l’air du temps avec une rare intuition. A peine un an plus tard, les attentats islamistes des psychopathes de banlieue vont ensanglanter la France. Pour Maxime, c’est normal, le pays se délite et la société ne tient plus qu’à de moins en moins de fils. Le bonasse Hollande, socialiste par métier comme on est boulanger, n’a rien fait, rien changé, laissant la réalité en marche comme devant.

Tout commence dans le livre par un attentat en TGV. Deux adolescents blancs, l’un blond, l’autre brun, ont acquis des armes de mains intéressées à propager le chaos et décident de massacrer tous ceux qui se présentent entre deux wagons : 53 morts. Pour rien, juste pour apaiser l’esprit tourmenté du leader et le cœur solidaire d’amitié du second. Un désespéré par l’accident d’auto qui a coûté la vie à sa femme et sa fille descend tout ce qui bouge dans le restaurant où ils avaient l’habitude d’aller dîner. Un autre fait sauter les cinémas à la bombe artisanale, recette trouvée sur Internet, faisant plus de morts que dans le film hollywoodien qui passe sur l’écran. Cela se poursuit dans un supermarché où un tordu organisé lance des ballons remplis d’acide sulfurique qui explosent sur la tête des acheteurs en semant la panique, tandis que des pistolets à eau sont complaisamment mis à disposition des jeunes garçons pour s’asperger… d’acide mortel ! Maxime Chattam a tendance à supplicier ceux qui sont les plus vulnérables, les plus mignons, ceux que l’on a envie de protéger au mieux. Un marginal poussé à bout prend en otage un car scolaire avec 42 enfants de 7 à 9 ans et leur demande de se foutre à poil avant qu’il jouisse de les faire sauter. Un boucher de supermarché enlève et dépèce ses victimes vivantes, notamment une jeune fille de 16 ans, leur arrachant la peau soigneusement avant de la vendre à des réseaux d’amateurs qui en font des coques de téléphone ou des reliures de livres ; quant à la viande, il la conditionne sous vide comme du bœuf à la vente dans son centre commercial.

Ludivine, lieutenante de gendarmerie à la section de recherches de Paris a fort à faire pour coordonner les enquêtes dans ce qui semble un chaos organisé. Par qui ? Pour quoi ? Nul ne sait. Les témoins invoquent le diable. Certaines victimes sont en effet mortes de peur, littéralement, sans antécédents cardiaques ni blessures apparentes. Le diable de nos jours ? C’est l’autre nom du Mal, ce repoussoir protestant qui sévit surtout dans les mentalités étroitement rigides américaines – et le lecteur sait que Maxime a vécu son adolescence à Portland, dans l’Oregon, ce qui lui a inspiré L’âme du Mal. (Chroniqué sur ce blog)

Ce qu’il appelle « le mal » est cette pulsion de mort qui ressurgit des profondeurs de la psyché quand la situation personnelle et sociale se dégrade. « La détresse croissante qui plombait la France comme la plupart des nations industrialisées depuis plusieurs années avait atteint son apogée avec la succession de coups d’éclat criminels sur lesquels Ludivine travaillait. Elle en était convaincue » p.379.

Comment aborder le sujet ? Le particulier sadisme, que l’auteur se complait à détailler, semble le fait de dérangés – mais est-ce si sûr ? Quel est le point commun entre les tueurs, ceux qui se sont tués après leur forfait et ceux qui ont été arrêtés ? C’est le Maître, le diable évidemment, qui n’attend que nos faiblesses pour déstabiliser, imposer le désordre, mettre le chaos, moissonner des âmes à la faux. Mais Ludivine ne croit pas au diable des religions du Livre, et elle a bien raison. Il y a forcément une explication rationnelle. Elle la trouvera, non sans se mettre elle-même en danger pour fuir on ne sait quoi, pour prouver on ne sait quoi. Les procédures elle s’en bat, les horaires elle s’en fout, son équilibre mental elle joue avec. D’où les grosses conneries qu’elle fait en ne verrouillant pas la porte de chez elle ou en allant seule explorer l’antre d’un pervers manipulateur particulièrement doué qu’elle a mis naïvement sur sa piste. On la bafferait avec allégresse si elle ne réussissait in extremis à retomber sur ses pattes comme si elle avait neuf vies – ou comme si elle était dans un roman. Celui-ci fait partie d’un « cycle » avec le même personnage principal, mais l’ordre de lecture est sans importance.

Hormis l’hémoglobine qui coule à flot durant le premier tiers, selon la mode ado sataniste ou vampire, la suite est plus haletante et la fin intéressante, même si le lecteur perspicace devine avant la fin qui est qui. Chacun est quand même pris. La philosophie sociale, trop tendance, est bas de gamme mais l’atmosphère de peur est si bien rendue que l’année 2015 semble révélée avant l’heure. Le nazisme des trop sûrs d’eux-mêmes ressurgit des profondeurs à chaque recul de l’ordre de la civilisation et des principes de l’humain.

Maxime Chattam, La patience du diable, 2014, Pocket 2018, 574 pages, €8.60 e-book Kindle €8.49 CD €19.02

Les thrillers de Maxime Chattam déjà chroniqués sur ce blog

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