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Frances Fyfield, Le fantôme de la plage

Un roman au tiers policier et aux deux-tiers psychologique. L’autrice anglaise de son vrai nom Frances Hegarty met en scène une version idéalisée d’elle-même en la personne de Sarah Fortune, avocate et rousse libre, qui fait l’amour quand ça lui chante et avec qui elle veut. Elle est envoyée par son cabinet dans le village de Merton-sur-Mer assister la famille Pardoe qui ne parvient pas à se décider sur son héritage.

Tout est brume, marée qui monte et qui descend, touristes saisonniers et pêcheurs invétérés, petite vie tranquille sous laquelle sourdent les querelles et des rancœurs. Un village aux profondeurs insoupçonnées, dont la famille Pardoe est propriétaire majoritaire. Le père avait en effet accumulé l’immobilier comme un avare, louant les bicoques et les locaux aux gens du coin qui avaient vendu. Reste son épouse, Mouse, qui joue la folle pour éviter les ennuis, et trois enfants : Julian l’aîné, médecin généraliste mais perdu dans un amour passé, Jo la blonde un peu ronde qui fait la cuisine et qui fréquente le beau Rick, colosse battu par son vieux père, et Edward le petit dernier immature, violent, amoureux incestueux de sa sœur et qui s’efforce de se viriliser par la pêche comme son père. Flotte entre eux le jeune Stonewall de 11 ans, orphelin dont Rick est le seul ami.

Tous les personnages du roman sont peints de nature profondément égoïste, que ce soit pour le bien ou le mal. Le gamin Stonewall veut qu’on l’aime, Rick son ami ne veut pas d’ennuis, son père alcoolo violent veut que la salle de jeux tourne, Mouse la mère ne veut pas que ses enfants adultes la quittent, ni les fâcher entre eux, chacun des enfants en question poursuit son propre rêve inaccessible.

Sarah Fortune surgit dans ce petit monde glauque comme une apparition. Rousse flamboyante, elle a l’art de faire parler les gens et de sidérer les jeunes hommes. Compatissante, elle leur fait l’amour en thérapie, si cela lui sied. Elle ressemble à une femme rousse qui s’est noyée quelques années plus tôt, endormie sous sédatifs prescrits par Julian dans une vasque à la marée montante. Son corps avait été retrouvé par Stonewall et son grand-père. Son mari Charles, venu voir le lieu du drame, avait lui-même disparu et un corps retrouvé est probablement le sien.

Mais Sarah connaissait Elisabeth la rousse ; elle connaissait aussi Charles, le mari. Bel homme athlétique, c’était aussi un pervers obsédé de la pureté des femmes (d’où le titre anglais du roman). Au moindre soupçon de déviance morale, il les torturait. Il a ainsi roulé sadiquement Sarah nue dans le verre du miroir brisé de sa chambre, lui occasionnant des cicatrices à vie. L’avocate se demande si son cabinet ne l’a pas envoyée ici pour une autre raison que celle de l’héritage.

De fait, Stonewall a « vu un fantôme », un grand homme sévère aux cheveux blancs qui erre sur les terres sans jamais se faire voir. Il squatte des cabanons vides, vole de la nourriture, et même la canne à pommeau de la vieille demoiselle qui ne ferme jamais sa porte. Edward, mystérieusement, le rencontre ; il a pour projet de lui demander de faire disparaître sa mère et son frère pour pouvoir abuser légitimement de sa sœur, qui l’a ému sexuellement en se roulant avec lui sur le lit dès la puberté.

Mais le fantôme va trop loin. Un matin, il casse la tête du gamin Stonewall qu’il rencontre dans les dunes avec la canne de la vieille. Il s’en faut de peu que le garçon y passe. C’est alors la chasse à l’homme mauvais qu’entreprend tout le village. Sans succès. Et c’est Mouse qui va l’avoir, sans le vouloir, en le laissant prendre une pile de scones qu’elle a confectionnés pour ses enfants et qu’ils ne mangent jamais. Pour faire une niche à Edward, qui laisse traîner exprès ses cannes à pêche, ses hameçons et ses vers de terre partout dans la maison, elle a fourré les scones d’hameçons laissés sur la table de la cuisine. Le vieux pervers Charles – car c’est bien de lui qu’il s’agit – va périr de l’intérieur, vengeance immanente contre tout ce qu’il a fait aux femmes. C’est Sarah qui va le trouver, agonisant, et l’assister humainement, malgré ce qu’il lui a fait subir.

Une atmosphère sensuelle et cruelle, dans laquelle l’autrice se plonge avec délices, tout en résolvant l’affaire de l’héritage comme en passant. Mouse n’est pas folle et une discussion raisonnable en famille, après que chacun ait parlé (et baisé) avec l’avocate, s’impose. Le tout est un peu confus au début, plus d’atmosphère que d’action, mais somme toute assez prenant.

Frances Fyfield, Le fantôme de la plage (Perfectly pure and good), 1994, Pocket 2000, 273 pages, occasion €0,90

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