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Roger Zelazny, Le sang d’Ambre

Merle, fils de Corwin, est sorcier et expert informaticien. Il vit de nos jours et voyage entre les Ombres, ces facettes de la réalité. Car l’univers est divisé en deux. D’un côté la Grande Marelle d’Ambre, symbole de l’Ordre – de l’autre le Grand Logrus des Cours, signe du Chaos. « Tout ce qui possédait de l’importance semblait résulter de leur affrontement », résume l’auteur. Merle le démiurge, initié aux pouvoirs sorciers du Logrus mais fils de la Marelle que sa famille a créé, jongle entre les deux.

Il peut aller d’un monde à l’autre grâce à des Atouts, des cartes de tarot dessinées qui lui permettent de se figurer mentalement le lieu de destination, ce qui est bien pratique pour une transportation immédiate. Encore faut-il les avoir préparés. Mais tous ces mondes sont des reflets d’un monde unique : Ambre, la cité cachée, centre de l’univers et convoitée. Tous les princes d’Ambre, y compris Merle, doivent traverser la Marelle, un labyrinthe empli de pouvoir où seule la volonté peut permettre d’avancer. Une fois l’initiation accomplie, les princes ont le pouvoir de la Marelle en sus de celui du Chaos. Lequel est un labyrinthe mouvant.

Zelazny reprend l’hypothèse scientifique des multivers qui coexistent depuis toujours. En Ambre, la poudre ne s’enflamme pas, ce qui exige le recours aux armes traditionnelles, épée, dague, arc. Cela donne une atmosphère médiévale au roman de fantaisie et fait l’objet de multiples actions. Merle a créé Frakir, le lacet étrangleur doté des pouvoirs du Logrus, une émanation de son subconscient bien utile comme arme.

Merle est ami, adolescent, avec Luke, de son vrai nom Rinaldo, un être ambigu qui l’aime et le hait à la fois parce que sa mère a juré la perte d’Ambre. Il cherche à l’éliminer rituellement chaque 30 avril, mais le sauve en plusieurs occasions. A chaque fois, Merle est sauvé par l’intervention d’une femme mystère. Luke l’emprisonne ici dans une caverne de cristal durant un long temps, avant de lui demander son aide pour se soigner parce qu’il a été blessé.

Le sang d’Ambre est le second livre de la seconde série qui a pour héros Merle, fils de Corwin. On peut lire les tomes séparément, et celui-ci semble n’être qu’une transition. Le héros fait étalage de tous ses pouvoirs et sortilèges pour échapper à ceux qui veulent sa perte, Luke, dont il finit par sauver la mère Jasra, pétrifiée dans le Donjon, mais aussi un mystérieux masque bleu qui ne cesse de le défier.

Un roman d’aventures dans un univers de fantaisie où l’imagination est reine, tandis que les valeurs humaines demeurent : volonté, famille, trahison. Merle est seul et doit survivre par lui-même pour prouver qu’il est devenu adulte, digne d’être prince.

Roger Zelazny, Le sang d’Ambre (Blood of Amber) – Le Cycle des Princes d’Ambre, tome VII, 1986, Folio SF 2001, 312 pages, €8,60

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Roger Zelazny, Les fusils d’Avalon

Roger Zelazny est un Américain d’origine polonaise et irlandaise féru de fantaisie héroïque et auteur de plusieurs sagas en cycles. Il est mort en 1995. Ce roman est le second du cycle de Corwin, le premier des princes d’Ambre, auquel succèdera son fils Merlin, dix volumes au total. Ambre est un multivers semblable à une Idée de Platon, projection du vouloir des puissants, dans lequel ils peuvent se déplacer par la Marelle. Chaque univers est appelé une Ombre, dont la nôtre, notre terre contemporaine.

Corwin émerge dans une autre Ombre d’Ambre, dirigée par l’un de ses frères, Benedict. Il vient de s’évader de la forteresse où son frère Eric d’Ambre l’a fait enfermer après l’avoir aveuglé à la Michel Strogoff en lui brûlant les yeux au fer rouge. Mais les princes d’Ambre sont plus que des hommes, ils ont le Pouvoir. S’ils sont mortels, lorsqu’ils ne sont que blessés ils peuvent guérir et leurs membres amputés repousser. Ils ont surtout le savoir ancestral de la Marelle et peuvent se transporter d’un point à un autre grâce aux Atouts d’un jeu de carte. Il suffit de regarder le personnage assez longtemps pour communiquer avec lui ; s’il vous tend la main, vous êtes à ses côtés en un instant.

Corwin, armé de son épée d’argent Grayswandir, traverse en solitaire une forêt lorsqu’il aperçoit un guerrier blessé. Il le secourt et le reconnait, c’est Ganelon, un ancien affidé qui s’est révolté et qu’il a exilé loin d’Ambre avant que son frère Eric ne l’évince. Il n’a qu’une idée obstinée : reconquérir le trône d’Ambre.

En attendant, il conduit Ganelon au château de Benedict, un frère aîné qu’il aime bien et qui est expert en combat et art militaire mais qui a perdu un bras durant une bataille contre les forces maléfiques qui menacent de plus en plus son royaume. Un étrange cercle noir s’étend sur la terre et décérèbre les humains pour en faire des guerriers sans âme ; ils sont aidés par des créatures fantastiques et cruelles, dont de gros chats et des oiseaux aux serres acérées. Leur chef est un être cornu qui ressemble fort au diable médiéval, issu des satyres grecs. C’est dire si l’auteur exploite les veines du fantastique et de la sorcellerie.

Corwin parvient à vaincre le bouc, est séduit et baise Dara qui se dit la petite-fille de son frère, va quérir des diamants bruts en passant d’ombre en ombre, puis va acheter dans notre monde contemporain assez de fusils d’assaut qu’il garnit de balles d’argent poussée par une poudre rouge de joailler, la seule qui puisse fonctionner en Ambre. Il embauche des guerriers dans une ombre connue de lui puis arrive aux frontières de son pays au moment où une grande bataille fait rage entre son frère Eric, à la tête des armées d’Ambre, et les forces maléfiques qui se déversent depuis le ciel sur des dragons volants à queue de scorpion et tête humaine. Les balles anti-vampires de ses armes automatiques font merveille et la bataille bascule en faveur d’Ambre. Eric, blessé, meurt et Corwin se retrouve seul prétendant.

Sauf que Dara semble ne pas être Dara, que Benedict n’a jamais eu de descendant à sa connaissance, et qu’elle se métamorphose en bête cornue maléfique sur la Marelle même !

Bien écrit, souvent poétique, ce tome manque de souffle et semble passer d’un univers à l’autre comme en promenade. Il faut probablement lire toute la saga pour apprécier l’imagination chatoyante qui s’y déploie.

Roger Zelazny, Les fusils d’Avalon (The Guns of Avalon), 1972, Folio SF Gallimard 2014, €6.83 e-book Kindle €7.99

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