Hervé Bazin, La tête contre les murs

C’est fou… L’auteur, pour le second roman de sa carrière, se lance dans la peinture de la folie. Un garçon qui lui ressemble un peu, Arthur, cambriole son père après avoir fui de chez lui à 18 ans. Il n’a plus le sou, reste instable et en veut à « la famille ». Mais il est le perdant-type, pas plus avisé qu’une taupe. En volant sans permis la voiture de son père (une Peugeot des années trente), il emboutit un arbre qui gisait par hasard sur la route. Plus bête que lui, tu meurs.

Il se retrouve à l’hôpital, mais surtout à l’asile. Car son juge de père ne peut accepter « le scandale » social d’avoir un fils délinquant et jugé. Arthur ne songera dès lors qu’à s’évader. Il le fera trois fois, à chaque fois repris et son aliénation confirmée. Il n’est guère plus « fou » que vous et moi (enfin, pour vous, je crois), mais « la société » se défend contre ses fils rebelles. C’était ainsi dans les années 1930 à 1960.

L’auteur décrit donc le quotidien d’asile, où les gens ne se prennent pas toujours pour Napoléon, ni ne bavent la gueule ouverte mais paraissent tout à fait « normaux » jusqu’à ce qu’un événement déclenche une crise. Un pédéraste renseigne les matons avant de violer un co-enfermé, un ex-chef d’entreprise se prend pour Dieu (est-ce vraiment folie ?), un ancien maire fait des siennes. Arthur, c’est les jambes : elles le démangent de s’enfuir.

Ainsi réussit-il la seconde fois à biaiser les surveillants, à gagner Paris et la turne d’un ex copain de taule, à piquer le fric d’un cambriolage par lui réalisé chez une antiquaire (juive, cible favorite des années 30) et à vivre (ma foi fort bien) jusqu’à épuisement de la somme. Lorsqu’il échoue dans un bled de l’est, sans plus d’essence dans sa moto, il se loue en ferme et épouse une vachère wallonne, belle de corps et obstinément fidèle de cœur. Le mariage, acte officiel, fait débarquer les gendarmes, oh juste pour vérifier que la période militaire a bien été faite. C’est le cas mais l’Arthur panique et il fuit, d’où enquête, d’où récupération du fuyard et internement d’office. Tant qu’un psy assermenté n’a pas jugé que vous être autrement que fou, vous restez à vie dans l’institution.

Verrières près de Nantes, Vaucluse à Sainte-Geneviève-des-Bois, Sainte-Anne, Villejuif, Arthur aura exploré les différentes sortes d’asiles, de la province bon enfant où l’on vous oublie au centre de sécurité renforcé moderne d’où l’on ne s’échappe pas. Et pourtant si : grâce à la guerre de 40 et aux Allemands qui font fuir toute la région parisienne. Profitant de l’effectif réduit des matons et d’une révolte des fous soigneusement orchestrée par lui, Arthur fait le double mur et se retrouve dans le flot de l’exode.

Mais il ne peut s’empêcher de revenir chez sa femme au lieu de tout quitter et de se faire un nom ailleurs. Il ne peut s’empêcher de gueuler et de tout casser dans l’appart, faisant sortir la voisine – qui le dénonce. Les flics vont le cueillir à nouveau et il s’échappe par les toits… jusqu’à ce qu’une bonne crie au secours et le fasse chuter. Il est repris, une fois de plus. Ses droits ? Aucuns – la psychiatrie est toute-puissante, bien plus que la justice !

Ce roman qui se lit bien est un brin obsolète, datant d’avant les médicaments psychotropes et la surpopulation des asiles. La folie aujourd’hui est bien plus dangereuse et étiquetée de noms savants qui font peur : psychose paranoïaque, névrose obsessionnelle, perversion narcissique, psychopathe tueur… Le tort de l’auteur, à mon avis, est d’avoir insisté sur les antécédents d’hérédité d’Arthur : un grand-père fou, une mère internée, une sœur devenue folle. Les gènes expliquent peu, voire rien du tout. Etait-ce l’époque ? Le post-pétainisme voyait la défaite partout et la décadence au sein même des corps.

Hervé Bazin, La tête contre les murs, 1949, Livre de poche 1976, 432 pages, €1.90 e-book Kindle €5.49

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