Michel de Grèce, Le palais des larmes

Une biographie romancée de l’impératrice romaine de Byzance Théodora, épouse de Justinien. Née vers 500 à Chypre, elle est d’abord fille des rues, pute, mime, ermite, nonne, puis couseuse à Byzance, avant d’être remarquée par le neveu de l’empereur, qui en fait sa compagne. Ils règnent de concert de 527 à sa mort, le 29 juin 548, probablement d’un cancer du sein. Sa sépulture, dans l’église des Saints-Apôtres qu’elle avait fait bâtir, a été pillée par les croisés chrétiens en 1204 (vive le christianisme !), puis détruite par les musulmans en 1461 pour y bâtir une mosquée (vive l’islam !). Les religions sot vraiment la pire des choses humaines. Son mari empereur régnera encore dix-sept ans, mais sans volonté. C’était sa femme qui portait la culotte. Théodora veut dire « don de Dieu » et l’empereur en avait bien besoin.

Les sources citées par l’auteur sont rares, et viennent surtout de Procope, historien contesté qui a noirci et amplifié volontairement l’appétit sexuel de Théodora par haine de sa position publique éminente pour une femme. L’émancipation féminine était réprouvée par la morale méditerranéenne, romaine et chrétienne, tandis que la promotion d’une traînée des rues au poste suprême choquait l’aristocratie. Même si Justinien lui-même, l’empereur, était à sa naissance un paysan. Enfin, les catholiques haïssaient, comme seuls des religieux fanatiques (pléonasme !) peuvent haïr, le monophysisme, doctrine répandue dans l’empire romain d’Orient et que protégeait Théodora. Réalistes, ils croyaient que le Christ n’a qu’une seule nature, divine, tandis que les catholiques prêchaient la consubstantialité du Père, du Fils incarné et de l’Esprit. Cela fait beaucoup de reproches à faire à la chèvre émissaire idéale (une femme !). Attaquer sa vertu via son sexe était le plus facile.

Théodora a eu une fille à 15 ans, et Justinien ne lui a pas fait d’enfant, pas plus que les nombreux amants qu’on lui prête. Selon Michel de Grèce, l’impératrice favorise son petit-fils Anastase dès ses 14 ans râblés et bien faits, mais c’est la fille de sa sœur Comito, Sophie, qui deviendra impératrice à son tour en épousant le neveu de Justinien, futur empereur Justin II.

Comme Justinien, Théodora est devenu sainte de l’Église orthodoxe, fêtée le 14 novembre. Elle a inspiré la peinture, la littérature, le théâtre, le cinéma, les séries télé.

L’auteur, prince de Grèce et du Danemark, issu des Romanov et des Orléans, cousin d’un duc d’Édimbourg, est décédé à 85 ans en 2024. Il a fait Science Po Paris avant d’écrire des romans historiques et d’élever deux filles. Il brosse ici un portrait sage et convenu d’une femme impériale, impérieuse et impérissable. Une lecture de vacances.

Michel de Grèce, Le palais des larmes, 1988, Presses Pocket 1990, 344 pages, €9,99

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