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Ramayana d’Angkor Vat

Le Ramayana, dont il existe autant de versions que de peuples, raconte l’histoire d’un prince promis au trône et les querelles entre demi-frères. Rama est l’aîné et devrait avoir la préséance, mais la plus jeune reine, la mieux aimée du roi, tient à ce que son propre fils Bharata devienne roi à la place de Rama. Le roi l’a promis et il ne peut se déjuger. Rama s’exile donc pendant 14 ans et le trône reste vacant. Bharata règne au nom de Rama, devant ses sandales qu’il a déposées sur le trône. Mais l’épouse de Rama, Sita, rencontre le beau prince des démons Ravana. Rama n’est jamais là, toujours à la chasse, sa passion. Ravana enlève Sita et veut la violer puis l’épouser. Sita résiste dans la cité de Lanka. Rama marche donc pour retrouver sa femme avec une armée d’habitants de la forêt, les ours et les singes (ou les tribus forestières) sous la direction d’Hanuman, le roi des singes. L’affrontement est cosmique, à la mesure des dieux, Rama tue Ravana et retrouve Sita – mais pour la répudier car il la croit impure après que son corps ait été touché par les pattes du démon. Il faudra une ordalie pour prouver la pureté intacte de Sita. Rama et Sita enceinte rentrent au palais mais le peuple reste soupçonneux et Sita est de nouveau répudiée. Elle disparaît dans la terre, d’où son nom, Sita signifiant le sillon. Rama règne alors dix mille ans (c’est-à-dire beaucoup). Chaque roi khmer tient à montrer comment il a imité Rama et refondé son royaume toujours menacé par les divisions.

Nous passons de la lumière à l’obscurité, puis à la semi-pénombre propice aux contes dans les galeries sculptées de scènes de légendes. Nous alternons le plein et le vide dans le labyrinthe géométrique de l’intérieur, sans ordre apparent. La partie sud de la galerie ouest présente l’épisode final du Mahabharata, la bataille de Kurukshetra où les Pandava et les Kauravas s’affrontent à mort. Les Pandavas gagnent et montent au ciel tandis que meurt Krishna. C’est le triomphe du dharma (la vertu) sur l’adharma (le vice).

La parade militaire du roi Suryavarman II s’étend sur 94 m de long sous une galerie. Sur la montagne de Shiva, les troupes du roi descendent et le roi commande à ses officiers. Dans le bas, des dames attendent le résultat en écoutant de la musique. Vingt capitaines chevauchent des éléphants, le roi sur un éléphant surmonté de quinze parasols. L’infanterie marche en rang, armée d’épées, de lances, d’arcs et de flèches. A la tête de la parades, des brahmanes exécutent un rite religieux pour les troupes et la procession du dieu du feu.

J’avais dans l’idée que le temple d’Angkor était plus élevé et beaucoup plus entouré de végétation. Reste peut-être à l’esprit des gravures touristiques des voyageurs du XIXe siècle, dont Henri Mouhot dont j’ai lu récemment le carnet de voyage. Henri Mouhot fut un explorateur, naturaliste et archéologue, né en 1826 à Montbéliard et qui est tombé amoureux de la Cochinchine encore sauvage. Il part en Indochine dès 1858 pour collecter des insectes et des reptiles autour de Bangkok, puis va explorer vers le Vietnam via le Cambodge, enfin va (re)découvrir Angkor, qu’il écrit Ongkor, l’écriture n’étant pas encore fixée. Il en est ébloui. En 1860, il s’attarde sur le site d’Angkor, encore enseveli sous la jungle. Seuls quelques temples en ruines émergent. Mais c’est un enchantement, « des ruines si imposantes, fruit d’un travail tellement prodigieux, qu’à leur aspect on est saisi de la plus profonde admiration, et que l’on se demande ce qu’est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces œuvres gigantesques » p.183.

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Angkor Vat

Nous avons tout le temps pour visiter l’après-midi entière Angkor Vat, la cité de Suryavarman II (1113-1150). Nous entrons par l’ouest. Un naga à sept têtes brandit sa capuche finement sculptée et la roue de la vie sur sa gorge. Il domine le visiteur.

Le temple principal est célèbre, avec ses trois tours caractéristiques dont la rondeur est due aux réductions d’angles, comme le dit Tom, ce qui fait tiquer l’ingénieur des Ponts et chaussées. Il se demande ce que c’est. Ce sont de petites tours posées sur les degrés des grandes tours, ce qui permet, par le jeu de la perspective, de voir une tour arrondie de loin alors que les pierres sont posées en encorbellement.

Outre l’aspect général du site, et les trois tours qui se reflètent dans le lac selon les photos célèbres que tout le monde prend pour les publier sur les réseaux sociaux, l’intérêt du temple d’Angkor réside dans ses bas-reliefs sous galerie. Ils représentent des épisodes du Mahabharata et du Ramayana de façon très vivante.

Le Ramayana est la marche de Rama. On peut y voir des princes expressifs, des soldats sérieux, des mercenaires thaïs en désordre, des dieux agissants et des singes facétieux. Avec comme grand moment le barattage de la mer de lait où dieux et démons tirent le Naga autour du mont Méru, centre du monde, afin de lui faire baratter le lait primordial pour qu’il en sorte la liqueur d’immortalité. Les apsaras innombrables égayent de leurs seins rondement pommés les murs austères de latérite. L’une d’elle rit même en montrant les dents. La latérite est une argile séchée riche en hydroxydes de fer ou d’aluminium. Une fois exposée à l’air libre, elle durcit rapidement et résiste alors aux agents météorologiques comme la brique cuite.

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