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Jorgen Brekke, Mélodie pour une insomnie

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Roman policier un peu décevant car trop tiraillé entre aujourd’hui et hier, 2011 et 1767. Le lecteur ne parvient pas à faire le lien entre les époques, les personnages et les circonstances, il a l’impression de chapitre en chapitre que deux histoires se juxtaposent en parallèle, sans que l’explication finale ne lève ce malaise. Pour le reste, la partie contemporaine est une enquête classique, qui met en scène des personnages de policiers typés, en Norvège.

Ce roman est la suite du Livre de Johannes, chroniqué le 9 avril. Il reprend les mêmes personnages.

Odd Singsaker est enquêteur mais opéré du cerveau, amoureux d’une Felicia américaine mais père d’un grand fils et amant d’une amie commune plus jeune que lui, Siri. Dans la neige d’une nuit de Trondheim, une jeune femme qui chante est retrouvée non seulement assassinée (ce qui est banal en roman policier) mais égorgée d’une oreille à l’autre et les cordes vocales ôtées (ce qui donne un indice). Mais le lecteur, même futé, sera baladé d’un coin à l’autre de la ville, d’un suspect à l’autre, d’une époque à l’autre, sans trouver plus qu’une chatte ses petits.

Car le névrosé obsessionnel paranoïaque (cette combinaison est-elle possible en psychiatrie ?) qui au final est le coupable reste tout à fait insignifiant dans la vie quotidienne. Il est rusé en plus, et habile ès nouvelles technologies (Internet, mails, mobiles). De quoi dérouter la vieille génération flicarde qui en est toujours à prendre des leçons auprès de la jeunesse. Pour le plus grand mal de ladite jeunesse, lorsque le coupable s’en aperçoit…

C’est une boite à musique qui met sur la piste, car la mélodie n’existe pas en référence. Une adolescente de 15 ans est enlevée parce qu’elle chantait fort bien à la chorale. Y a-t-il un lien ? L’enquêteur suit la piste des proches, la mère qui ne s’entendait pas avec sa fille en plein âge révolté, le petit copain de 15 ans fluet mais amoureux – et qui a mis la fille enceinte… -, le chef de chorale qui aime un peu trop peloter sans vergogne la jeune chair.

Tout le suspense réside en cet enlèvement : les policiers norvégiens, aussi lents que méticuleux, vont-ils arriver à temps pour libérer l’ado et son fœtus des griffes délirantes qui veulent la faire chanter ? Un chien y passe, une jeune policière, et rien n’avance. Que le roman qui, péniblement, entrecroise l’époque ancienne pour faire volume, sans que cela apporte vraiment à l’histoire. Jusqu’à un gros tas de neige sous lequel tout le monde se retrouve.

Tout se dénoue après quelques palpitations. Bon roman mais sans plus, trop découpé et trop digressif pour être vraiment efficace. Mais on ne s’ennuie pas et l’on se dépayse dans le nord européen, c’est déjà ça.

Jorgen Brekke, Mélodie pour une insomnie, 2013, traduit du norvégien par Catherine Bruy, Livre de poche 2014, 432 pages, €7.60

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Jorgen Brekke, Le livre de Johannes

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L’attrait de ce thriller norvégien réside moins dans l’action ou la psychologie que dans la construction. Les nordiques ont souvent une réputation de tempérament froid, introverti, s’intéressant peu aux autres. C’est probablement le cas de l’auteur, ex-prof devenu freelance en journalisme ; c’est le cas de nombre de ses personnages.

L’intrigue est menée en jeu de construction alternant les époques, le XVIe et le XXIe siècle, les lieux, Richmond en Virginie et Trondheim en Norvège – sans parler de Venise jadis, et les personnages (il y a foule). Le suspense est ciselé adroitement, mais l’ensemble ressemble plus à un Rubik’s cube qu’il s’agirait de remettre en ordre que d’une enquête policière où le facteur humain domine.

C’est original, bien documenté, excentré en des endroits excentriques (le musée Edgar Allan Poe, la bibliothèque Gunnerus), faisant surgir d’improbables caractères tels, en notre siècle, la grosse bibliothécaire décapitée et dégraissée en chambre forte, le taciturne qui a perdu femme et fils jamais retrouvés, l’universitaire pervers, la suceuse souvent à poil à la sexualité libérée mais experte en taekwondo – et l’inspecteur Odd, récemment opéré d’une tumeur cérébrale.

Et cinq siècles avant, le gamin empli de curiosité qui deviendra prêtre et écrira son livre sur un parchemin de peau humaine, son mentor barbier fasciné par la dissection du corps humain (et accessoirement amateur de jeunes garçons), le riche érudit médecin Alessandro dissecteur de cadavres.

Aucun n’est attachant, affublé surtout de traits anecdotiques, même si se noue une intrigue entre l’inspecteur et une fliquesse de Richmond, Felicia – elle-même suceuse à 18 ans, mais forcée par un beau jeune homme riche de son âge… qu’elle avait allumée sans assumer. C’est compliqué à souhait, mais sans profondeur qui permette d’adhérer.

En tant que lecteur, j’ai l’impression que l’auteur a passé beaucoup de temps à manipuler des cubes pour les placer au bon endroit, presque rigoureusement, puis à assaisonner le tout de sexe, d’exotisme et crimes. Mais c’est trop découpé pour attacher, trop peu enlevé pour une lecture fluide. Comme si la dissection de l’intrigue était passée dans le roman : écrit-on mieux au scalpel qu’à la plume ? Reste un bon roman, à ne surtout pas délaisser plus d’un jour – au risque de perdre le fil de l’histoire.

Jorgen Brekke, Le livre de Johannes, 2011, Livre de poche 2013, 477 pages, €7.60

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