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Retour à San Cristobal

Le bus Chevrolet, au moteur V8, finit quand même par crever l’un de ses pneus sur les caillasses aigües de la piste. C’est l’occasion pour Thomas, Christophe et moi, de tester les trois VTT pour rejoindre la ville par la piste – en descente – puis la route – vallonnée. Nous parcourons près de 20 km jusqu’à San Cristobal. Mon VTT a le cadre trop bas pour mes jambes et je l’ai réglé au maximum de sa hauteur. Aussi, le bus me rattrape-t-il dans la dernière côte où je suis à la traîne. Le sous-gonflage peut être utile sur la piste en raison des cailloux mais adhère trop sur le bitume de la route et oblige à peiner un peu plus. Christophe et Thomas continuent, ils n’ont plus que de la descente. Ignorant ce détail, je remonte dans le bus pour aller jusqu’à l’hôtel. Je ne regrette pas cette parenthèse en VTT. Cet engin de plain pied change les relations avec les gens. Nous sommes à leur niveau, sans vitre de séparation ni moteur agressif, nous ne leur faisons pas peur comme lorsque nous sommes enfermés dans une grosse machine et ils n’hésitent pas à nous adresser la parole.

L’hôtel de San Cristobal est l’annexe de celui de l’aller. Il n’a pas un aussi joli patio qu’El Rincon (qui accueille un groupe de 50 personnes ce soir) mais il est placé plus près du centre-ville, à l’enseigne de Don Quijote. Le reste de l’après-midi est libre pour visiter la ville à nouveau, écrire ou téléphoner, effectuer nos achats. Il est déjà 17h et la nuit tombe vite pour les photos. A 17h45, la lumière devient insuffisante, à 18h il fait carrément nuit.

Je retrouve sans peine le Zocalo et j’en profite pour revisiter, seul et à fond, l’église et les chapelles. Le temple saint Nicolas, accolé au chevet de la cathédrale, a été construit en 1613 et sa façade est flanquée de deux tourelles de style mujédar. Le Mozarabe est le chrétien de culture arabe, le Mujédar est le musulman converti au christianisme.

Alphonse X le sage est le modèle des souverains d’Espagne qui a permis la cohabitation entre les trois types de population. Rodrigue de Bivar, dit le Cid, vient de l’arabe sidi qui signifie seigneur. Il y a eu acculturation entre les trois civilisations chrétienne, juive et musulmane dans l’Espagne médiévale qui explique la « réaction » intégriste du catholicisme espagnol, une fois réussie la Reconquista. A trop s’acculturer, on ne sait plus qui l’on est.

Une famille locale est en visite. L’adolescent de douze ans, très petit mâle déjà, vêtu d’une chemise chic, est chargé de prendre les photos souvenirs pour le couple et la sœur. Il les fait poser devant la façade de la cathédrale au soleil couchant, devant les saints.

Je photographie pour ma part des couples d’amoureux, des femmes, des enfants, des policiers en tenue. Les amoureux dans le parc sont jeunes et isolés du reste de l’univers comme partout. « Je prévois un homme-soleil et une femme-lune, lui libre de son pouvoir, elle libre de son esclavage, et des amours implacables rayant l’espace noir. Tout doit céder à ces aigles incandescents. » Le prix Nobel de Littérature 1990 Octavio Paz, parle si bien des amoureux dans Liberté sur parole (p.113).

Une campagne pour le port de la ceinture de sécurité en voiture mobilise des jeunes volontaires de la Croix Rouge. Je prends en photo un cire-bottes (« limpiabotas ») et son client, des journaux à l’étal, anciens, évoquant la révolte du Chiapas. Je me fonds dans la ville et parviens à me faire oublier, seule façon d’être photographe selon la leçon des maîtres.

J’entre au supermarché afin d’acheter une babiole pour faire de la monnaie et rendre ainsi à qui je dois. Je tente une bouteille de « brandy » de marque « Don Pedro » de 40 cl. Je le goûte une fois revenu à l’hôtel avec un sachet de tacos secs pimentés. Il s’agit d’un rhum doux, presque liquoreux, titrant 38°. Le supermarché propose aussi toute une série de sauces de piment du plus doux (bouteille verte) à l’extra-fort (bouteille orange) en passant par le fort habituel (bouteille rouge).

A l’hôtel, je me plonge dans un livre pour attendre 20h, l’heure du rendez-vous pour le dîner. Le restaurant s’ouvre en face de la « Casa del Jade » et appartient, comme de juste, au beau-frère d’Herberto ! Nous y retrouvons Freddy buvant une bière. Comme ce repas est à notre charge, chacun choisit selon son goût. Ce sera une grillade et une salade pour moi, et nous partageons à trois une bouteille de vin rouge Califia. Les prix sont devenus « touristiques », l’ensemble coûtant 200 pesos.

Thomas ne veut pas terminer la soirée comme cela et propose d’aller « boire un verre » dans un bar à musique non loin de là. Nous ne sommes que trois à l’y suivre pour une demi-heure. Marie-Abel et Thomas tentent une piñacolada, Gilles et moi restons à la bière. Nous parlons de choses et d’autres mais l’on s’entend peu avec la musique forte. La clientèle est peu touristique, surtout composée de jeunesse locale venus s’évader du quotidien.

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