Le con promis

Le socialiste militant, croyant indéfectible, ravi de fusionner avec les camarades dans l’enthousiasme des luttes électorales du printemps apparaît lorsque la bise fut venue… comme un con. Le con « promis » par son dirigeant. François Hollande est un bon politicien, donc machiavélien : il promet en gros caractères de répondre aux fantasmes de sa base partisane ; il ajoute en petits caractères ce qu’il va vraiment faire. Tous les politiciens font ça, Chirac ayant théorisé la formule selon son vocabulaire de salle de garde : « les promesses n’engagent que ceux qui les croient ». François Mitterrand laissait dire, François Hollande est plus honnête puisqu’il l’a écrit – mais en petit. L’archaïsme de la culture socialiste française exige de ménager l’idéologie, faute de quoi on n’est pas élu. Quitte à faire l’inverse par la suite, donc « trahir » selon la mentalité stalinienne encore en vogue chez les vieux soixantuitards réfugiés en fonction publique, qui forment le gros des militants.

  • Promesse la « non-signature » du traité européen corrigé ; la réalité est qu’on l’a signé en l’état, on l’a simplement justifié en disant qu’on avait ajouté la croissance… qui existait déjà dans les textes.
  • Promesse le « faire payer les riches » ; la réalité est que toute la classe moyenne et populaire paye avec la CSG et la TVA (même les chômeurs !) parce que les riches ne sont jamais assez nombreux pour le tonneau des Danaïdes de la dépense publique, et que les « 75% » ne touchent que quelques centaines de personnes… qui vont sans doute adapter leur rémunération.
  • Promesse le « dialogue social » ; la réalité est qu’il est contraint par la loi en cas d’échec, et que les syndicats sont très peu représentatifs : voir les médecins, voir le temps de travail.
  • Promesse l’écologie ; la réalité est que la France n’a pas les moyens de se priver du nucléaire tout de suite, ni les moyens de subventionner l’éolien et le solaire à guichet ouvert, ni même les entreprises pour produire à coûts assez bas pour qu’on ne doive pas importer tout le matériel. Reste l’isolation des logements, probablement le principal gisement d’économies d’énergie : mais a-t-on les moyens pour l’instant de créer une nouvelle niche fiscale ou de subventionner les logements modestes ?

Eh oui, gouverner est bien autre chose que promettre. Le socialiste de base apparaît donc comme un con, promis au désenchantement comme d’habitude. Cela parce que le parti n’a jamais su s’adapter.

  • Il reste nostalgique des révolutions du XIXème, sans voir qu’on est passé au XXIème.
  • Il ne veut pas se couper du mythe marxiste selon laquelle l’Histoire a une loi qui s’accomplit quoiqu’on fasse, donc que « le capitalisme » est condamné.
  • Il ne voit pas que son concept de « capitalisme » est bien flou, en gros tout ce qui ne va pas dans le monde : l’argent, l’effort, la compétition, la domination, la marchandisation, la mondialisation, la dictature (ouverte ou des lobbies), la guerre. Alors que « le capitalisme » est une technique, pas une idéologie (l’idéologie est l’ultralibéralisme uniquement financier). Le capitalisme est une technique d’efficacité économique pour produire le plus et le mieux avec le moins de capital, de matières et d’hommes. Le capitalisme est donc « écologique » : il économise au maximum la planète et le travail pour la meilleure productivité des facteurs…

Le socialiste ne voit rien de tout ça, il reste dans sa bulle imaginaire où, comme chez Disney, les petits cochons roses danseront dans le soleil dès que le Grand Méchant loup aura disparu. Les militants « espèrent toujours, de manière floue et non argumentée, qu’un jour,  le capitalisme sera remplacé par autre chose. En attendant, l’économie française perd des parts de marché et notre commerce extérieur est de plus en plus gravement déficitaire », dit très justement Gérard Grumberg, observateur CNRS de la gauche politique, dans un article de Telos du 6 novembre.

La hantise socialiste est de se couper de l’extrême-gauche, sorte de Surmoi vigilant du dogme marxiste. Mais on ne peut gouverner en disant je quitte l’Europe, je quitte l’euro, je taxe à 100% tout ce qui est au-dessus du SMIC, je fonctionnarise les dirigeants des entreprises et je nationalise tous les moyens de production, je change les institutions au profit d’une Assemblée élue et surveillée par les citoyens en armes, et ainsi de suite. La France n’est pas toute seule, ni phare des nations. Elle a décidé depuis les années 1950 de bâtir une Europe unie, ce qui ne se fait pas sans compromis ni convergences. Gouverner, c’est accepter cet état de fait dû à l’histoire et à la volonté générale qui s’est à maintes reprise exprimée.

François Hollande se met donc à gouverner. Il choisit – enfin ! – la politique de l’offre, comme toute la gauche de gouvernement partout dans le reste de l’Europe. Finie l’incantation au « keynésianisme » (caricaturé d’ailleurs uniquement en dépense publique permanente, ce que Keynes n’a JAMAIS dit). Place à la politique favorable aux entreprises : moins de charges, plus de souplesse, un meilleur financement. Pourquoi les entreprises ? Parce que seules elles créent des emplois. Et que, insérées dans un système surtout européen (leur principal bassin d’exportation), elles doivent se mesurer aux autres. Eh oui, il faut produire avant de redistribuer : grave question qui n’est jamais débattue dans les instances du PS. Le sera-t-elle à l’avenir ? On n’ose le croire… Surtout que 59% des Français se reconnaissent nuls en économie et considèrent l’information économique à 60% comme incompréhensible (sondage TNS octobre 2012). Merci les fonctionnaires (majoritairement socialistes) de l’Éducation nationale !

Mais non, il ne s’agit pas d’un virage social-démocrate ou social-libéral.

  • La gauche française ne peut être sociale-démocrate puisque ce type de régime exige des syndicats puissants et représentatifs – ce qui est bien loin d’être le cas chez nous !
  • La gauche française ne peut pas être sociale-libérale, puisque ce serait « accepter » le capitalisme et faire avec la mondialisation – ce que refuse bec et ongle la base militante PS principalement de fonctionnaires assurés de leur emploi, couverts pour leur santé et sans problème de retraite.

Alors, qu’est-il donc, le parti socialiste français ? La énième version du jacobinisme, oscillant entre Robespierre et Danton, révérant l’État centralisé qui sait mieux que tout le monde ce qui est bon pour chacun. Où tout se décide entre soi, énarques sortis des mêmes écoles, loin des cons de base à qui l’on chante l’air qu’ils veulent entendre.

Il faudrait au PS un vrai débat sur la réalité des choses. L’observateur s’amuse (et s’attriste) de voir qu’il est bien loin.

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2 réflexions sur “Le con promis

  1. Évidemment, le titre est volontairement provocateur, je ne fais pas un mémoire universitaire. Mais ce qui est écrit est mesuré.
    Et non, tu m’as mal lu, je trouve les récentes mesures Hollande courageuses (bien qu’un peu molles, comme s’il ne fallait quand même pas faire de peine à la gauche « archaïque »…). Mais Hollande est devenu président de tous les Français, pas celui des socialistes.
    Ce sont les militants du parti que je trouve dindons de la farce. Ils se sont répandus dans les médias pour refaire la révolution (de 1981…) et ils trouvent des mesures quasi Mendès-Rocard-Delors + une crise dont ils n’avaient jamais voulu VOIR l’ampleur (peut-être parce qu’ils sont en majorité fonctionnaires, donc protégés).
    Sans même parler des ministres qui en rajoutaient et qui sont obligés d’avaler les couleuvres : Moscovici, Montebourg, Dufflot, et Fabius qu’on n’entend plus que sur Israël.
    L’art du compromis fait des cons, évidemment promis puisque Hollande avait en effet dit (mais tout bas) qu’il n’allait pas être radical.
    Quant à l’UMP, leurs élections sont risibles, comme si ces cumulards qui sortent à peine de diriger le pays n’avaient jamais entendu parler d’élections. Ils ne savent pas organiser une consultation populaire, leur culture est celle des « chefs » qui décident entre eux, on le voit bien. Comme au PS, mais le cercle est plus restreint encore.
    Le problème est probablement français : révérence pour la hiérarchie, culte du chef malgré tout, hantise de la parole sans contrôle. Pourquoi dans tous les autres pays européens (et aux États-Unis…) ça se passe bien et que chez nous c’est toujours le drame, la désorganisation, la guerre civile ?
    Reste que les militants UMP ne sont en rien floués, le programme est surtout fait de « grandes orientations » qui, d’ailleurs, ne sont pas figées. La droite suit un « leader », contrairement à la gauche qui réclame des « mesures ».
    Cela évite probablement de se retrouver le dindon de la farce – même avec Chirac, puisqu’il est si « populaire » malgré toutes les conneries qu’il a faites !
    Quant à faire une note sur la droite, peut-être, mais attendons qu’elle se recompose. A mon avis, le grand gagnant du ratage Copé est le centre, qui va enfin trouver une place entre droitisation et radicalisme de gauche. Hollande, s’il était habile tacticien (contrairement à Royal) pourrait attirer à lui le centre en 2017 pour ne plus dépendre du Front de gauche. Fillon, s’il n’est pas élu président de l’UMP, devrait faire les yeux doux au centre pour disposer d’une majorité plus large que celle des militants droitisés.
    On n’a pas fini de rire.

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  2. Daniel

     » Alors, qu’est-il donc, le parti socialiste français ? La énième version du jacobinisme, oscillant entre Robespierre et Danton…..  » Certes le PS en tant que parti politique n’est pas exempt de reproches, loin de là, mais ne trouves tu pas que ton propos est un peu lourdingue notamment vis à vis des dernières mesures économiques courageuses qui attestent d’un virage que je qualifie de mendesistes, des mesures nécessaires pour le pays après 10 années de laisser faire, d’annonces fumeuses ou tardives d’endettement et de décrochage des échanges. Des mesures nécessaires mais aussi très probablement suicidaires pour le pouvoir en place (Tu as sans doute raison les français dans leur majorité ne comprennent pas l’économie)….. mais on s’en fout si le pays va mieux.
    Il vaudrait mieux actuellement, et même si on n’aime pas les socialistes ce qui est parfaitement respectable, s’intéresser aussi à l’état de l’opposition, la future alternance.
    Alors à quand un billet con plaisant sur l’UMP ? Ou sur le droit d’inventaire du Sarkozysme. C’est vraiment je crois le moment……. Sinon si tu ne peux pas équilibrer avec modération tes critiques politiques restes en à nous donner des conseils de lectures, ils sont généralement, très judicieux ou à nous régaler avec tes récits de voyages comme celui au Maroc.
    Désolé pour ce coup de gueule mais je trouve ce billet épidermique injuste, du moins aujord’hui, alors que je n’aurai pas bronché s’il était paru fin aout alors qu’on était en attente de mesures ….

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