Manuel Vasquez Montalbán, Les thermes

A force de bouffer et de picoler le détective Pepe Carvalho, à la fin de la quarantaine, a le foie en surcharge et des triglycérides affolés. A la fin de l’enquête précédente il annonçait déjà partir en cure. Voilà qui est fait. Il se retrouve – volontairement – enfermé trois semaines dans un centre de remise en forme au sud de l’Espagne, un lieu clos où les grands souvent gros de la planète viennent se ressourcer dans l’infusion de persil et le jus de carotte.

La seule recette retenue par le gastronome en cure est celle d’aubergines coupées en morceaux avec des tomates, cuites une heure à l’étouffée sur feu très doux avec quelques olives noires coupées en morceaux et un brin de romarin haché, sans rien d’autre – surtout pas d’huile.

C’est plutôt l’occasion de brosser un portrait ironique de ces PDG allemands, entrepreneurs français, chefs d’entreprise basque, général belge, colonel ou écrivain espagnols qui prennent les eaux (sulfureuses) et les bains de jouvence (internes) des lavements et autres ingestions diététiques. Le centre est une filiale d’une maison suisse fondée par les frères Faber et Faber, d’après les géniales idées en avance sur leur temps de leur père médecin végétarien, et avec l’aide efficace d’une ex-polonaise, d’un tennisman allemand vieillissant et d’un médecin suisse.

Dans ce huis clos social auront lieu pas moins de sept meurtres. Dès le premier, Faber et Faber, arrivés en catastrophe, mandateront Carvalho en parallèle avec la police parce qu’il est immergé parmi les clients. Qui a tué et pourquoi ? On accuse une jalousie sexuelle, puis la convoitise du petit personnel, puis un tueur à gage venu d’ailleurs, puis un client… L’enquête sera longue, tortueuse, et la reductio at hitlerum finira par éclairer l’affaire – manière d’opérer quand on ne sait plus sur quel sein se dévouer, comme me disait il y a une quarantaine d’année un patron de banque autodidacte qui interprétait à sa manière les dictons célèbres qu’il entendait chez ceux qui savent. Des seins, il y en a toute une page de description savoureuse, minutieusement observés autour de la piscine avant les bides mâles (p.68 édition 10-18, 1993).

Mais nous sommes indulgent comme le détective : « Carvalho possédait encore cette pudeur prolétaire qui consistait à ne pas juger trop durement les perdants, mais il vivait dans un monde d’enfants gâtés où l’on jouait plusieurs fois par jour à demander à César de ne pas avoir pitié des gladiateurs vaincus » p.120. Sauf pour les Catalans, contre lesquels l’auteur a une certaine dent, bien que son détective – Galicien – vive à Barcelone : « catalans, c’est-à-dire très égoïstes et peu fiables dans un projet » p.74. L’actualité, 33 ans après, ne le dément pas.

La seule aventure érotique qu’il aura sera avec une Suissesse, ou du moins désignée telle, qui disparaîtra mystérieusement après que son mari ou compagnon ait fait une crise de démence épileptique. Le jeûne accentue le désir sexuel et l’épure, semble-t-il.

Plus sociologique que policier, largement ironique et jubilatoire, ce roman à la Agatha Christie se termine cependant moins logiquement que chez l’ancêtre anglaise. Il subsiste un mystère tragique tout espagnol…

Manuel Vasquez Montalbán, Les thermes (El Balneario), 1986, Points policier 2008, 320 pages, €7.10

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