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Temples du site d’Angkor 1

Le régime est de deux douches par jour, ce qui n’est pas très écologique. Ce voyage, d’ailleurs, n’a d’ailleurs rien d’écologique avec son vol long-courrier depuis la France, ses trois vols intérieurs en avion, ses doubles douches quotidiennes et sa climatisation constante, sans parler de la débauche d’ampoules allumées dans la chambre d’hôtel lorsqu’il s’agit d’un quatre étoiles. Et, naturellement, des quatre bouteilles d’eau de 30 cl que nous buvons chaque jour. Une seule d’un litre et demi serait quand même plus écologique. L’adaptation au durable n’a pas été seulement pensée. Il est probable que, lorsque j’aurai 80 ans à mon tour, ce genre de grands voyages internationaux très énergivores pourraient n’être plus possibles. C’est la triste rançon de l’explosion humaine : il n’y avait que 2,5 milliards d’habitants lorsque je suis né au milieu des années 1950, nous en sommes à 8,5 milliards aujourd’hui, tous avides de vivre décemment et donc de consommer des ressources. Quant aux imbéciles qui ne voient pas pourquoi nous demanderions aux pays pauvres de limiter leurs naissances s’ils veulent se développer, ils ne savent pas ce qu’ils disent. Ils confondent le rejet du colonialisme avec le simple bon sens.

La grande journée de 7 heures à 17 heures sous la chaleur va être éprouvante. C’est la rançon d’un programme serré.

Au premier monument, le temple Banteay Srei en grès rose de la fin du 10e siècle, un couple de Français en fin de trentaine avec deux gosses, une fille de 13 ans aux seins nus qui pointent déjà sous le T-shirt, et un échalas maigre à lunettes de 11 ans qui a l’air de s’ennuyer comme un rat mort. Les parents discutent entre eux, comparant maniaquement les bas-reliefs du site avec les photocopies annotées qu’ils tiennent en main dans un dossier. Il est vrai que les sculptures sont fines et nombreuses, les jeunes femmes bien roulées et les jeunes hommes graciles. Ils observent aux jumelles les détails. Ils donnent l’apparence de cultureux plus que de chercheurs, ou même de simple professeurs d’histoire.

Le matin, nous commençons par trois temples, Peah Ko aux ancêtres du vizir, Lolei dédié à l’hydraulique, et Bakong le temple montagne. Ce sont les trois temples de Roluos, à une quinzaine de kilomètres d’Angkor Vat. Ils sont en briques avec des portes de grès. Les sculptures décoratives en forme de figures humaines sont protectrices. La porte voûtée qui mène aux cours s’appelle un gopura et des pavillons flanquent les cours des bibliothèques ; elles étaient destinées à conserver les manuscrits sacrés.

Dans le sens inverse des aiguilles d’une montre – c’est ainsi qu’on visite les temples ici – on peut voir le démon à dix têtes Ravana secouer le mont Kailash, le palais de Shiva et d’Uma, ce qui rend le roi furieux et il presse la tête du démon sur la terre avec son orteil. Il n’est délivré que lorsque Ravana offre cent ans de prières à Shiva. Puis Indra, chevauchant son éléphant à trois têtes Airavata aidé de son ami le serpent naga Tatsaka, crée la pluie pour éteindre l’incendie de la forêt des Khandava, allumé par Agni, le dieu du feu, pour tuer le naga. Krishna et son frère Balarama interviennent pour arrêter la pluie en tirant leurs flèches. Ensuite, Krishna tue son oncle Kamsa, le roi de Mudhura. Un devin lui avait annoncé qu’il serait tué par son neveu, aussi, le roi avait ordonné de tuer tous les enfants mâles de ses sœurs dès leur naissance, mais Krishna et son frère Balarama avaient échappé au massacre, d’autres bébés leurs avaient été substitués. Lorsque Kamsa l’a su, il a cherché à les éradiquer mais Krishna l’a tué. Dans un autre cartouche, divers dieux sont gravés comme gardiens des quatre directions : à l’est Indra, le dieu du ciel sur son éléphant tricéphale ; à l’ouest Varuna, le dieu de la pluie sur son oie ; au sud Yama, le dieu de la mort sur son buffle ; au nord Kubera, le dieu de la santé et de la prospérité. Puis c’est le combat des deux frères singes Valin et Sougriva dans le Ramayana. Rama tire une flèche qui tue Valin, et Sougriva devient roi. Autre scène de pierre : Shiva réduit Kama en cendres d’un trait de son troisième œil, après que Kama l’ait blessé d’une flèche de sucre durant sa méditation. Mais le trait de Kama, qui est dieu de l’amour, fait tomber Shiva amoureux de Uma, qui met au monde un fils, Skanta, le dieu de la guerre, le seul apte à défaire le démon Taraka qui met la zizanie entre les dieux.

J’offre pour un dollar une noix de coco fraîche à N., qui n’en avait jamais goûté. Elle me promet en contre-don la bière ce soir, elle y tient. Nous déjeunons dans un restaurant classique à la salle climatisée classique avec un menu classique : nems, soupe potiron lait de coco, poisson tom yum, bœuf en sauce avec frites, légumes sautés, riz, pastèque et ananas en dessert. Le tout expédié en une heure.

Dans certains temples, des singes gibbons sont audacieux et vite agacés. L’un d’eux a couru et volé d’un seul geste la bouteille d’eau que l’un de nous tenait à la main ; un peu plus loin, il l’a ouverte en tournant le bouchon, a bu et l’a jetée encore à demi pleine. Ils apprennent vite. Pas de chapeau ni de nourriture nous avait dit Tom avant d’entrer.

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