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Bari cathédrale

En face de la basilique, le portail des pèlerins du XIIIe et à droite la discrète église san Gregorio du XIe. Dans les ruelles, une vieille au balcon vicos an Marco ; une jeune grosse aux seins affalés sur le ventre arbore un tee-shirt moulant Lewis, comme si la mode compensait la laideur.

Après la basilique, la cathédrale, sa tour ronde et son campanile gigogne. Elle se situe non loin de là et a remplacé fin XIIe l’ancien Duomo byzantin, rasé par Guillaume 1er, dit le Mauvais, Normand sans état d’âme à la suite d’une rébellion des habitants contre son pouvoir.

Une rosace s’ouvre au-dessus des trois portails. L’intérieur est à trois nefs, répétant encore et toujours le dogme de la Trinité.

Intérieur comme extérieur sont sobres sauf les plafonds avec arcs-boutants dorés de la crypte. Un éclairage jaune donne à la nef une certaine vie.

Dans la crypte, un couple de gamins de 7 ans, chemise blanche et bermuda pour l’un, veste sombre et pantalon pour l’autre, jouent à se poursuivre en criant. Les parents laissent faire ; c’est une cérémonie d’officiels, que nous retrouvons ensuite sur le parvis. Les Importants sont chez eux et ignorent le recueillement comme le respect. Ils posent. Les gamins sont plein de vie, tels ces anges potelés qui entourent l’autel.

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Bari, basilique Saint-Nicolas

En passant du port sous une arcade qui ouvre le mur d’enceinte, nous allons visiter évidemment la basilique saint Nicolas, « le » saint de Bari, évêque de Myre né en 270 et mort en 345 dont le corps a été enlevé par les marins en 1087 pour obtenir du prestige religieux dans les croisades en cours. Il est le patron des écoliers et des célibataires, en plus des marins et des voyageurs. Les Normands et le Pape après l’intervention de l’abbé Elie construisent la basilique de San Nicola sur les reliques volées aux Turcs en Lycie. La corporation de Saint-Nicolas allait louer ses navires et ses marins aux Croisés, pour un fructueux commerce amené par la religion.

La basilique, élevée dans la cour de l’ancien palais byzantin et dans le style roman, ne sera consacrée qu’en 1197. Mais Nicolas est un saint orthodoxe et Vladimir Poutine, apparatchik communiste des Organes de sécurité qui se veut champion de l’orthodoxie, a fait don d’une statue en bronze qui se trouve dans la ruelle juste à gauche de l’entrée. La façade sobre offre un triangle en trois parties, décoré d’arcades aveugles.

Le portail central, où les gens du cru s’assoient volontiers en famille pour papoter, est décorée d’arabesques, de lions et d’éléphants. Un tympan triangulaire s’appuie sur deux colonnes soutenues par deux massifs taureaux en saillie.

Un petit garçon, fasciné par les cheveux longs de sa grande sœur, les caresse et les tresse, assis derrière elle.

Sur le côté gauche, la porte des Lions expose dans le tympan des scènes de la vie des chevaliers normands. A l’intérieur, comme à Jumièges, alternent 12 colonnes et 2 piliers tandis qu’un plafond à caissons doré par Carlo Rosa en 1662 illumine de vie l’austérité de la pierre en racontant la vie de saint Nicolas.

Le grand ciborium qui surmonte le maître-autel est daté du XIIe siècle. Il s’élève sur 4 colonnes en brèche rouge et violette qui vont en s’amincissant. Derrière, la chaire de l’évêque Elie est du XIe. Des restes de fresques du XIVe ornent l’abside du côté droit, laissant penser que l’austérité romane de la pierre était contrebalancée par la couleur des décors peints et des tentures.

Nous descendons dans la crypte où reposent les reliques, sous l’autel. Trois rangées de colonnes séparent quatre nefs ; elles sont taillées en marbres rares, deux en marbre de Numidie, deux en brèche coralienne, une en marbre cipolin, les autres en marbre grec. Les chapiteaux romans sont sculptés de grotesques et de bêtes. Le pilier miraculeux rouge, veiné de blanc, dans la partie sud de la crypte, est protégé par une cage en fil de fer ; les pèlerins déposent des pièces ou des billets.

Un tableau présente quatre putti nus et potelés relevant le pilier devant l’évêque, attendri par tant d’enfance. Nicolas l’aurait posé de ses mains même en Lycie et il a été rapporté par les deux marchands avec les reliques. Une légende parmi d’autres dit que la colonne aurait flotté sur la mer jusqu’à Bari et que les anges eux-mêmes l’auraient placée. Sous l’autel, les restes du saint, devant lesquels viennent prier les pèlerins. A gauche, une chapelle orthodoxe dans une église catholique, pour la première fois dans l’histoire depuis le schisme de 1054.

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Bari dans les Pouilles

Alitalia vers Bari avec escale à Rome.  La région est le talon et l’éperon de la botte italienne et se habitants ne sont pas les Pouilleux mais les Apuliens. Grecs, Romains, Sarrasins, Byzantins, Normands, Germains, Angevins, Espagnols – avant les Italiens – se succèdent dans la botte, région maritime très bien placée au débouché de l’Adriatique et de la Méditerranée, entre orient et occident.

L’hôtel Adria, Via L. Zupperte 10, est simple et correct, son principal avantage est d’être situé à 500 m de la gare centrale, non loin de la vieille ville, et très facile à trouver.

Nous sommes quatorze dans le groupe dont quatre gars seulement. Deux sous-groupes constitués se sont inscrits chacun à quatre : quatre filles qui travaillent dans l’assistanat social, et deux couples. Enfin deux retraitées d’une ville moyenne et une employée d’hôpital originale, c’est le moins qu’on puisse dire. Très conservatrice, elle a une mentalité frileuse : une hantise des courants d’air par crainte d’une otite, une quasi allergie au soleil avec bob, lunettes, manches longues, une phobie de l’eau du robinet par crainte des amibes, une infusion de faux thé le matin par crainte de la théine, toujours un pantalon par crainte des tiques, des larmes artificielles par crainte du dessèchement de la pupille, une chambre « ultra sécurisée » pour louer son appartement afin de payer les charges trop lourdes, un fils fait je ne sais comment mais surtout pas de mariage, une répartie agressive par peur de se voir contester.

Nous effectuons une promenade de trois heures dans la vieille ville avant le restaurant du soir, la Tana del poulpe – la tanière du poulpe. Le restaurant affiche accueillir tout le monde, même les chiens… « Étrangers bienvenus » est-il même écrit en italien et en anglais. Pour 15 € nous sommes traités au-dessus des chiens avec une assiette d’antipasti végétaux et des orecchiette aux fruits de mer.

Nous avons vu travailler les femmes sur le pas de leur porte, dans la via Belmondo qui part du château : elles roulent le soir venu la pâte à pâtes entre leurs doigts pour en former des rouleaux, les couper et, d’un geste élégant du couteau, les rouler en forme de petites oreilles – les orecchiette ou oreillettes. Certains ont commandé des paquets de 500 g pour 2.50 € à prendre au retour dans une semaine.

Des gamins jouent au foot sur la place devant le château, beaucoup de paroles et peu d’actes, mais l’excitation du jeu leur donne un joli teint. D’autres, plus jeunes, tournent en vélo à grosses roues autour du pilori de la piazza Mercantile ; certains ont ôté leur maillot, la peau cuivrée par le soleil et la mer, le tee-shirt enfoncé dans le bermuda comme des mâles. Des ruelles partent de la mer et sont emplies de terrasses de bar et de restaurants.

La ville s’éveille avec le soir, les gens se promènent avec le souci de leur allure, conviviaux, très famille, sans cet individualisme que l’on sent plus au nord. Une fille passe, les jambes nues très haut sur les cuisses. Un jeune homme passe, entouré de sa sœur et de ses parents, la chemise ouverte jusqu’au sternum. Fille et garçon se sentent bien, la peau offerte à la brise et aux regards, à l’aise dans leur corps et fiers de leur apparence.

Sur la via Cavour se promène une jeune, très jeune donzelle aux seins nus sous son haut blanc qui les souligne outrageusement. Cheveux blond teint, pantalon noir évasé tulipe, chaussures à semelles compensées, elle est ardente et se sent belle, accompagné d’un macho de son âge, méditerranéen type, souple et musclé comme le veut la mode, habillé tout en noir. Les filles portent en général les cheveux longs tandis que les garçons sont rasés sur les tempes ou entièrement, comme s’il fallait donner à chaque sexe ici une apparence diamétralement opposée.

Bari est une ville serrée entre ses remparts contre les pirates et les Turcs dans l’histoire. Le prince napoléonien Murat, en 1813, a fait bâtir la ville neuve au sud, damier de voies rectilignes se coupant à angle droit et bâties d’élégants bâtiments XIXe d’un certain chic aujourd’hui. Certains sont ornés de statues ou de cariatides. Des barques bleues se balancent dans le port, amarrées au quai des pêcheurs. Le club de voile s’avance derrière le théâtre Margherita, laissant voir des dos nus de juvéniles papotant après la sortie du jour.

Enfin le château, ouvrage de pierres massives qui faisait partie d’un système organisé de forteresses qui protégeait la côte du Gargano (où nous allons) à Otrante. Nous ne visitons pas l’intérieur, faute de temps et d’intérêt (il n’y a pas grand-chose sauf une glyptothèque et des peintures restaurées). Le crépuscule met en valeur la forêt d’antennes de télévision sur les toits des maisons, comme un appel individuel vers l’au-delà.

Bari reste de nos jours la seconde ville de l’Italie du sud après Naples. En revenant à l’hôtel, les filles tombent en arrêt devant un marchand glacier du Corso Cavour et se gavent de parfums aux couleurs exotiques.

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