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Elémentaire, mon cher… Lock Holmes de Tom Eberhardt

Le célèbre détective à la casquette, à la pipe et à la loupe est ici tourné en dérision. C’est l’époque qui voulait cela, « déconstruisant » tout ce qui avait été construit. Mais à l’anglaise, avec cet humour qui fait chaud au cœur et qui se résout en tendresse pour les personnages.

C’est le docteur Watson (Ben Kingsley) qui est ici le vrai détective. Lui qui raconte les enquêtes. Mais, pour les journalistes et pour le public, il a besoin d’incarner son détective tout en préservant sa réputation de médecin. Il embauche alors un acteur raté, alcoolique, joueur et coureur de filles, Sherlock Holmes (Michael Caine). L’acteur tient le devant de la scène, mais le cerveau qui résout les énigmes est celui de Watson. C’est lui qui donne à Holmes ces petits détails d’observation qui font le succès de ses déductions.

Mais Holmes boit trop, il devient gênant. Watson le vire mais, lorsqu’il veut enquêter seul sur l’incendie d’une usine de papier qui fournit la Couronne pour les billets, il s’aperçoit qu’il n’est pas crédible aux yeux des policiers, ni des témoins. Un médecin ? C’est un détective qu’il faut ! Il rappelle donc Holmes, déjà sans le sou, pour enquêter avec lui.

Car le gouvernement britannique contacte Holmes au 221b Baker Street pour résoudre une affaire délicate : le vol dans un coffre, dont seulement trois personnes ont la clé, des matrices d’impression des billets de 5£. De quoi inonder le marché de faux billets, imités parfaitement, et faire s’écrouler l’économie de l’empire. L’imprimeur (John Warner) a disparu en même temps que les plaques, c’est donc lui qui est en cause. Mais sa fille Leslie (Lysette Anthony) ne sait rien, elle veut savoir, elle suit l’enquête de près.

L’inspecteur Lestrade (Jeffrey Jones), toujours jaloux des talents supposés de Holmes, le marque à la culotte, ce qui oblige Watson à utiliser les gamins des rues, qui sont les moineaux de Londres à l’époque, pour espionner et rendre compte. Wiggins, 12 ans (Matthew Savage), en est le chef malin et débrouillard. Il découvre rapidement que l’usine à papier n’a pas brûlé par hasard, que des mouvements suspects sur les Docks font débarquer des tonneaux d‘encre d’imprimerie entre deux cartons de chaussures italiennes. Justement les mêmes que celle qu’Holmes a arraché du pied d’un malfrat qui a tenté de l’agresser chez l’imprimeur. Watson reconnaît, à la nuit tombée, Moriarty (Paul Freeman), l’esprit du Mal, qui est derrière tout cela. Il tente de s’agripper à un cordage pour suivre la chaloupe à moteur de Moriarty sur la Tamise, mais ce balourd de Holmes crie et le fait remarquer. Il doit alors lâcher prise et essuyer une grêle de balles. On ne retrouve pas son corps.

Holmes doit alors se débrouiller tout seul, avec la fille et le gamin. Il comprend que le chiffre 234, trouvés par Wiggins sur un billet de 5£ imprimé d’un côté seulement, fait référence à la Bible et le Psaume lui indique le nom d’une pièce de théâtre, les Ombres de la nuit. En effet, sur les vrais billets, la suite de chiffres est bien plus longue. Il se rend à l’endroit indiqué avec Leslie et le gamin. De fait, les malfrats ont entreposé leur presse et débitent déjà des billets. Holmes demande à la fille de faire venir la police et à Wiggins de faire le guet pour les guider lorsqu’ils arriveront.

Coup de théâtre, Leslie n’est pas Leslie, mais une espionne de Moriarty. La vraie Leslie a été ligotée et bâillonnée, enlevée en même temps que son père pour faire pression sur lui. Holmes est effaré. D’autant que la vraie Leslie ne s’avère pas Leslie mais… un garçon déguisé (Matthew Sim). Autre coup de théâtre, Watson n’est pas mort et débarque parmi les malfrats. Échanges de coups de feu, poursuite dans les sous-sols du théâtre. Holmes, comme acteur, connaît bien les coulisses. Quant à Wiggins, il comprend vite que, si la police n’arrive pas, c’est que personne ne l’a prévenue. Il court alors le faire lui-même – et les malfrats sont arrêtés, sauf Moriarty qui saute avec le gaz dans les sous-sols en feu.

Devant les journalistes, Holmes assure que c’était sa dernière enquête. Mais Watson assure que non, tant le public tient à lui. Ces aventures ont en tout cas permis la naissance d’une véritable amitié entre les deux hommes, prêts pour de nouveaux exploits. Gentillet, familial, une bonne comédie où les acteurs s’amusent dans un Londres victorien.

Prix spécial du jury 1989 au Festival du Film Policier de Cognac

DVD Elémentaire, mon cher… Lock Holmes (Without a Clue), Tom Eberhardt, 1988, avec Ben Kingsley, Jeffrey Jones, Lysette Anthony, Michael Caine, Paul Freeman, Elephant Films 2014, doublé anglais, français, 1h47, €16,99, Blu-ray €19,99

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Arthur Conan Doyle, Étude en rouge

Arthur Doyle, qui ajoute le nom de son grand-père maternel Conan pour se différencier de son propre père, et devient « sir » par anoblissement du roi Édouard VII en 1902, après ses loyaux services sanitaires et historiques durant la guerre des Boers, accouche à 27 ans de son fils spirituel : Sherlock Holmes. Il apparaît pour la première fois dans cette « étude en rouge », où le sang autour de la victime égare l’enquête, alors que la vengeance du sang en est le mobile profond.

Ce court roman permet en quelques pages de faire la connaissance du Docteur Watson, le fidèle ami et associé, narrateur des exploits du « détective consultant », comme Holmes se fait appeler. Watson est médecin, retour d’Afghanistan où il a été sévèrement blessé, et en convalescence sans le sous à Londres. Il saute sur l’occasion que lui présente un ancien collègue de partager un appartement avec un excentrique, au 221b Baker Street, un salon et deux chambres à l’étage, cuisine et ménage faits par Mrs Hudson, la logeuse.

Quant à Sherlock, c’est un grand personnage émacié, 1m83, dont la raison est hypertrophiée, étouffant l’émotion. Laquelle affleure parfois, mais rarement, et sous contrôle. La fin XIXe est en effet à la Science et à ses excès rationnels du scientisme. Tout doit être explicable, il suffit de remonter aux causes pour en déduire les effets. Holmes a une méthode originale : faire l’inverse. Ce « raisonnement analytique », comme dit le détective, consiste à partir des faits bien observés, pour remonter leurs causes. C’est ainsi qu’il déduit que le Dr Watson est médecin, à cause du titre de docteur, ancien militaire blessé revenu d’Afghanistan par son maintien un peu raide, son bronzage des mains et du cou, son bras gauche maladroit et son teint émacié. Conan Doyle, lui-même docteur en médecine dès 1885, a gardé le souvenir de son maître de chirurgie à l’université d’Édimbourg le Dr Joseph Bell, qui prônait l’observation aiguë des indices et des symptômes.

Holmes est appelé par les détectives de Scotland Yard Lestrade et Gregson, qui sèchent sur un meurtre mystérieux commis sur un personnage bien mis dans une maison vide d’un sordide quartier de Londres, et pour lequel ils n’ont aucune piste. Le cadavre d’un Américain d’origine allemande, Enoch Drebber, est retrouvé mort sans blessure apparente, mais du sang autour de lui, avec le mot RACHE écrit au sang en capitales sur un mur. Querelle d’amour avec une certaine Rachel pour enjeu ? C’est ce que pense la police, avide de sauter sur la piste la plus simple. Pas du tout, raisonne Holmes, Rache veut dire en allemand « vengeance ». C’est donc un peu plus compliqué que cela.

Bien que peu lettré – il dit ne pas vouloir encombrer son cerveau, forcément limité, de connaissances qui ne lui sont pas utiles – Sherlock Holmes sait ouvrir son esprit à la culture et au monde. C’est ainsi que la seconde partie nous propulse en Amérique, où les Mormons commencent à faire parler d’eux. C’est une secte chrétienne guidée par un gourou machiste qui a un fil direct avec Dieu le Père (ainsi le fait-il croire à ses adeptes). Il prône la polygamie pour croître et multiplier, et ainsi affirmer sa puissance. Les femmes ne sont pour lui que des « génisses », et elles doivent prendre mari dès leur puberté. Une pièce rapportée à la tribu, découvert affamé et assoiffé dans le désert du Lac Salé, n’est pas de cet avis. Bien que réussissant en ses cultures, et respectant le culte, il n’envisage pas de confier sa fille adoptive Lucy, sauvée par lui tout enfant, à n’importe quel godelureau issu du patriarche. D’où rébellion, fuite et châtiment, mariage forcé, mort et vengeance. L’amoureux extérieur, Jefferson Hope que Lucy voulait épouser, mineur vigoureux et obstiné, traquera Drebber et son acolyte Strangerson dans les forêts et les villes de l’Amérique, les suivant jusqu’en Europe et à cet abouti du monde qu’est à cette époque la cité de Londres.

Au final, le criminel est un vengeur, justifié par Dieu lui-même qui fera sa propre justice. Holmes n’a fait que débrouiller l’écheveau. Quant aux Mormons, ils sont la préfiguration du monde futur de 1984 d’Orwell, ou de la Russie et de la Chine d’aujourd’hui, par leurs mœurs de surveillance généralisée et d’obéissance aveugle à la Norme, énoncée par un seul gourou. L’intolérance masque l’appétit de jouissance et de pouvoir. Staline, Xi, Poutine : même ligne. Ce pourquoi ce roman policier va bien au-delà de son intrigue : il met en scène une sociologie des hommes et les prémisses d’une police scientifique.

Sir Arthur Conan Doyle, Étude en rouge (A Study in Scarlet), 1886, Livre de poche 1995, 147 pages, €5,30, e-book Kindle €1,99

Sir Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes coffret tome I et II, Gallimard Pléiade 2025, 2320 pages, €124,00

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